La semaine a été marquée par les inquiétudes découlant de la vague de froid dans l’Europe de l’Ouest et la persistance de conditions sèches dans les plaines du nord des États-Unis (USA) et les « prairies » canadiennes.

Cela a soutenu les prix des céréales et du complexe oléagineux, à l’exception notoire des prix des tourteaux et du tournesol.

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Le prix du blé reprend quelques couleurs

Changement de direction cette semaine : le prix du blé s’est arrêté de baisser à la fin de la semaine. Après avoir touché le niveau de 205,75 €/t le 6 avril, l’échéance de mai 2021 du Matif est en train de remonter légèrement, à 213,25 €/t en milieu d’après-midi ce vendredi 9 avril 2021.

Sur le marché physique, le blé s’est apprécié aussi à la fin de la semaine, à 206,25 €/t rendu Rouen en base juillet (+3,5 €/t). La hausse a concerné également les valeurs à La Pallice (+4 €/t) et l’ensemble du marché mondial même les blés russes dont le prix regagne 3,5 $/t, à 255 $/t Fob. La demande adressée à la Russie est pourtant assez basse actuellement, de la part de la Turquie notamment, handicapée par la faiblesse de sa monnaie.

Avec la remontée de l’euro face au dollar à près de 1,19, le blé français se retrouve ainsi à 260 $/t Fob Rouen, plus cher à nouveau que le blé russe.

La progression des prix a même été plus marquée de l’autre côté de l’Atlantique : les prix US ont gagné entre 5 et 8 €/t selon les qualités et les prix argentins l’ont suivi (+7 $/t). Cette légère reprise est due, d’une part, à l’activité mondiale et surtout aux achats de blé US que la Chine vient d’effectuer ; ces achats ont été importants pour la semaine qui se terminait le 1er avril d’une part et des rumeurs circulaient cette semaine d’achats précoces de blé US HRW par les acheteurs chinois pour le début de la nouvelle campagne.

Les inquiétudes climatiques à la manœuvre

Parallèlement, les inquiétudes montent aux USA en ce qui concerne les plaines du nord du pays, trop sèches actuellement pour un bon déroulé des semis de printemps. Cette inquiétude concerne aussi les « prairies » canadiennes, d’autant plus que les modèles à moyen terme indiquent aussi un risque de maintien de situation sèche sur cette région en mai.

Les blés US ont réagi pour refléter cette inquiétude grandissante à un moment où l’Europe vient de traverser une vague de froid et une chute de ses températures, éphémère mais brutale. Les craintes concernant de potentiels dégâts en céréales ne sont pas très élevées mais il se peut quand même que quelques dommages aient eu lieu.

Cette semaine, l’Algérie a acheté un petit volume de blé meunier (entre 30 000 et 48 000 tonnes) pour livraison dans deux ports par petits bateaux en mai. Le prix serait proche de 280 $/t à destination (CAF), en hausse de 1 $/t par rapport à l’achat de la semaine dernière.

La Tunisie aussi a acheté du blé cette semaine, 75 000 tonnes pour livraison sur mai-juin, à 261 $/t CAF.

L’Égypte était aux achats également pour une livraison sur la nouvelle campagne : elle a contracté 345 000 tonnes, la Russie raflant une marge partie de la mise (290 000 tonnes), le reste revenant à l’Ukraine.

Les orges suivent de nouveau le blé

Les orges françaises ont gagné 5 €/t rendu Rouen pour l’ancienne récolte, à 190,5 €/t en base juillet. Cette progression propulse de nouveau les orges françaises à plus de 240 $/t Fob sur le marché mondial, à parité avec les orges ukrainiennes. La hausse a touché presque toutes les origines mondiales (+4 $/t en Australie) sauf les orges russes, handicapées par leur taxe à l’exportation.

Outre l’influence du blé, les orges fourragères subissent aussi l’impact du maïs qui s’est apprécié cette semaine sur le marché US.

En revanche, les orges brassicoles n’ont pas suivi la tendance générale cette semaine : elles perdent 8 €/t à Creil, à 210 €/t pour les variétés d‘hiver, et 6 €/t, à 216 €/t pour les variétés de printemps. Cette chute ne concerne que les orges de la récolte de 2020, pour lesquelles la demande reste terne.

Soutien mitigé en maïs

Les prix du maïs français sont pris entre deux feux actuellement : l’affaissement des valeurs ukrainiennes renforce plutôt la concurrence sur les zones importatrices de l’UE d’une part. Les maïs Fob Rhin perdent ainsi 3 €/t cette semaine, à 222 €/t (base juillet).

Les maïs de la façade atlantique continuent de s’apprécier en revanche, à 222 €/t (+1 €/t). Ils reflètent la tension européenne et le fait que les importations en provenance des pays tiers sont en forte baisse cette campagne d’autre part. Ils reflètent aussi la remontée des prix du maïs US cette semaine, poussés vers le haut par des ventes importantes alors que les inquiétudes pour la récolte du Brésil cet été restent de mise (fort retard à cause du décalage de la récolte de soja et rendements incertains à cause de poches de sécheresse).

Le ministère américain de l’Agriculture (USDA) va publier ce vendredi 9 avril 2021 au soir sa nouvelle estimation du bilan américain : les opérateurs anticipent que l’organisme relèvera sa prévision des exportations de maïs. En effet, le pays a déjà exporté aujourd’hui tout ce que l’USDA prévoyait pour l’ensemble de la campagne (66 millions de tonnes). Nous tablons de notre côté sur une prévision de 69 millions de tonnes pour l’instant.

Le maïs US bénéficie aussi d’un autre facteur de soutien : il s’agit de la tendance à la hausse du prix du pétrole, poussé par le gros plan de relance aux USA et les perspectives d’une nette remontée des transports et donc des besoins en carburants et biocarburants pour les mois d’été.

Le prix du colza remonte violemment avec le froid

Les cours du colza ont évolué une nouvelle fois de manière plutôt erratique cette semaine, ballottés entre la tension du marché mondial du colza et l’arrivée des récoltes de soja en Amérique latine, qui détend sur le court terme les marchés du complexe oléagineux.

C’est toutefois les aléas climatiques affectant la nouvelle récolte qui ont pris le pas sur les autres événements et ont largement influencé les prix sur la fin de la semaine. Le prix du colza à Rouen a rebondi de 18 €/t sur le rapproché, à 509 €/t, et les prix de la nouvelle récolte (échéance de novembre 2021 sur Euronext) ont grimpé de 8,25 €/t sur la semaine, à 449,50 €/t.

Les gels des derniers jours ont en effet sévèrement touché les colzas dans de nombreuses régions de France, alors que les plantes sont en pleine floraison. Il est aujourd’hui difficile d’estimer le rendement qu’atteindra cette nouvelle moisson de 2021, le colza ayant montré par le passé une forte capacité de résilience. Si les conditions sont propices, une seconde floraison pourrait compenser les dégâts occasionnés par les températures extrêmes des derniers jours.

L’état des cultures reste donc à suivre de près sur les prochaines semaines.

Des inquiétudes climatiques aussi pour les canolas canadiens

Par ailleurs, les prix mondiaux ont aussi augmenté, d’une part en raison des gels tardifs ayant touché les colzas français, allemands, polonais et d’Europe centrale. D’autre part, le temps se gâte également pour les canolas canadiens.

Alors que les semis vont démarrer, les pluies sont déficitaires, et l’humidité des sols est bien inférieure à la normale dans le sud de l’Alberta, l’est du Saskatchewan et le Manitoba. Les plaines du nord du Dakota aux USA sont également dangereusement sèches. Des pluies sont attendues sur les 15 prochains jours dans l’est des Prairies canadiennes, mais les régions de l’Ouest pourraient voir leur déficit hydrique se creuser encore plus d’ici à la fin du mois.

Le « weather market » fait également monter les prix du soja

Alors que les récoltes au Brésil progressent et se révèlent conformes, voire supérieures aux prévisions – la moisson dépassera largement les 130 millions de tonnes pour atteindre un nouveau record – la situation en Argentine est toujours inquiétante. La Bourse de Buenos Aires vient de faire état d’une révision en baisse de sa prévision de moisson pour 2021.

Les premiers rendements issus des champs récoltés dans le nord du pays sont bien en dessous des attentes. Les conditions sèches en fin de cycle ont ainsi plus fortement affecté les plantes qu’anticipé. Le prix du soja US sur mai 2021 à Chicago remonte ainsi de 5 $/t cette semaine. Les prix de la nouvelle récolte sont entraînés en hausse, à 468 $/t sur novembre 2021 (+3,25 $/t).

Les cotations des tourteaux s’effondrent

Au contraire des graines, les tourteaux ont vu leur prix chuter fortement départ Montoir (–23 €/t), affecté par l’offre abondante en tourteaux brésiliens qui arrivent sur le marché. Le pois fourrager bénéficie toujours d’une bonne demande, et voit son prix reconduit sur la semaine (à 275 €/t départ Marne) au contraire de son principal concurrent.

Prix de l’ancienne campagne en recul pour le tournesol, progression des prix sur 2021

La demande sur l’ancienne campagne commence à pâtir des prix extrêmement élevés des graines de tournesol. En effet, les industriels préfèrent désormais remplir leurs carnets de commandes sur la nouvelle campagne, pour laquelle les prix d’achat du tournesol sont plus compétitifs et les marges de trituration, rémunératrices.

Ainsi, le prix du tournesol oléique de 2020 à Saint-Nazaire perd 60 €/t sur la semaine, à 500 €/t, tandis que les prix de la nouvelle campagne remontent de 10 €/t (à 450 €/t). L’écart de prix entre les deux campagnes s’est donc en partie comblé. Ce phénomène devrait se poursuivre sur les prochaines semaines.

Avec le retour à des températures printanières et l’arrivée de pluies d’ici à 10 jours sur une très grande partie de l’Union européenne (UE), de l’Ukraine et du sud de la Russie, les semis de tournesol devraient bientôt démarrer.

Tallage

À suivre : état des céréales d’hiver en Europe et mer Noire, achats chinois, semis de tournesol en UE et mer Noire, semis de canola et de blé en Amérique du Nord, état des cultures de colza en Europe et mer Noire, récoltes de soja en Argentine, demande en huiles des pays émergents, production d’huile de palme en Asie du Sud-Est.

Pour l’exergue éventuel : nouveau rebond de presque 20 €/t du colza

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Légère baisse du blé

Les prix du blé reculaient légèrement mardi 27 juillet 2021 en fin d’après-midi, dans un marché attentif à la progression de la moisson en Europe et chez les pays importateurs.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse, soutenu par l’huile de palme

Les prix du colza progressaient mardi 27 juillet 2021 sur le marché européen dans le sillage de l’huile de palme et du soja.