« Les dernières nuits marquées par une chute historique des températures et des gelées destructrices viennent de mettre un coup d’arrêt à la floraison et menacent fortement plusieurs filières de production agricole », a souligné jeudi 8 avril 2021 la FNSEA, dans un communiqué.

Il faudra toutefois « quelques jours pour mesurer précisément l’ampleur des dégâts », a déclaré le même jour, sur Public Sénat, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie.

S’il est effectivement encore trop tôt pour connaître tous les dégâts causés par le gel ces derniers jours, dans de nombreuses régions françaises des agriculteurs commencent à constater les impacts sur leurs cultures.

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Betteraves : des ressemis à envisager

« Impacts dramatiques sur les semis de betteraves : de très nombreux planteurs vont devoir ressemer plus de la moitié de leur surface », déplore la FNSEA. Sur les réseaux sociaux, de nombreux agriculteurs ont ainsi exprimé leur désarroi.

Cependant, les situations peuvent être contrastées entre les régions et même les parcelles. L’Institut technique de la betterave (ITB) explique en effet que « la betterave est théoriquement en capacité de résister à des températures d’environ –5°C mais différents facteurs peuvent influencer le taux de mortalité » :

  • Températures enregistrées,
  • Stade de la culture,
  • Exposition de la parcelle,
  • Présence de neige ou de résidus de culture (effet conducteur du givre) pouvant amplifier les brûlures.

Quant aux symptômes du gel, ils « se manifestent par des nécroses de l’appareil végétatif (cotylédons, premières feuilles et tigelle) mais si le cœur de la betterave (l’apex) n’est pas touché, elle pourra poursuivre sa croissance », poursuit l’ITB.

L’institut propose sur son site internet des fiches techniques déclinées par région productrice afin de conseiller au mieux les betteraviers impactés par le gel. Avant d’envisager un ressemis, l’ITB recommande notamment d’estimer objectivement la population viable en réalisant un état des lieux des dégâts.

Le groupe coopératif Cristal Union a annoncé dans un communiqué du 9 avril 2021 qu’il fournirait « gratuitement les semences de betteraves nécessaires à ses planteurs impactés par la situation climatique ».

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Colza : Terres Inovia tempère

Les impacts sur le colza, en pleine floraison, sont dramatiques, selon la FNSEA. Certains témoignages diffusés sur les réseaux sociaux le confirment :

Terres Inovia, institut technique de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière du chanvre, rassure toutefois sur les dégâts potentiels en Lorraine dans une note diffusée le 9 avril : « Les premières observations réalisées ce mercredi et ce jeudi en Lorraine tendent à nous rassurer quant à l’intensité des dégâts de gel, même si localement il est toujours possible qu’une parcelle soit fortement impactée. »

« Le plus souvent, les colzas ont la tête penchée sans pour autant afficher des cols-de-cygne comme en 2020 », poursuit l’institut. Cependant, des « zones douteuses » peuvent être repérées sur les tiges. C’est pourquoi il convient « de surveiller l’évolution de l’état général des colzas ».

« Au-delà des blessures sur les plantes, cet événement climatique est un stress supplémentaire pour des cultures déjà fortement impactées par les dégâts de grosse altise, de charançon du bourgeon terminal et de charançon de la tige de colza. Les conditions climatiques au cours de la floraison seront déterminantes dans l’expression des capacités de compensation du colza », conclut Terres Inovia.

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Céréales d’hiver : des dégâts à craindre

Pour les céréales d’hiver, des dégâts sont à craindre dans certaines situations spécifiques, alerte Arvalis, l’Institut du végétal, dans une note diffusée le 8 avril 2021

« La chute marquée des températures matinales cette semaine intervient alors que les céréales d’hiver entament leur montaison : épi à 1 cm dans le Nord ou l’Est, 2 nœuds à dernière feuille pointante dans le Sud-Ouest. Entre levée et 3 feuilles pour les orges de printemps semées entre la mi-février et le début de mars », explique Avralis.

Arvalis précise donc que les épis en cours de formation dans la tige pourront être détruits par le gel. « Cependant, lorsque l’épi progresse dans la tige et se différencie, il est probable qu’il devienne de plus en plus sensible, sans que nous disposions de références fines sur le sujet », ajoute l’institut.

Les situations seront contrastées et dépendront de plusieurs facteurs, poursuit Arvalis :

  • Exposition : « les fonds de vallée, les bords de haie et les versants nord seront les secteurs les plus exposés car ces facteurs impactent très fortement l’intensité et la durée du gel. »
  • Stade de culture : « à température égale, les cultures les plus avancées (entre 2 nœuds et dernière feuille pointante, voire méiose localement) sont plus fragiles que celles qui entament juste leur montaison (stade épi à 1 cm). »
  • Différences interespèces : « Il est probable que les espèces aient des différences de sensibilité, au-delà des seuls effets de stade : on suppose que les blés durs et les orges d’hiver sont plus sensibles que le blé tendre. Les orges de printemps semées en automne dans les secteurs du Centre-Est sont sans aucun doute les situations les plus à risque. »

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Arboriculteurs : des dégâts impressionnants

L’allumage de bougie, la dispersion de braseros entre les vignes ou l’aspersion d’eau dans les vergers pour créer une coque de glace autour des bourgeons n’ont pas suffi à protéger les vergers et les vignobles.

« Dans de nombreuses régions, du nord au sud et de l’est à l’ouest, les dégâts sont impressionnants chez les viticulteurs et chez les arboriculteurs », constate ainsi la FNSEA.

Le gel, qui a commencé à sévir il y a quatre jours, a « touché 80 % du vignoble français, relate Jean-Marie Barillère, président du Cniv, qui réunit les interprofessions des vins AOP et IGP. Les arboriculteurs et les viticulteurs viennent de vivre une semaine noire ». Dans la vallée du Rhône, les premières remontées de terrain laissent craindre le pire.

« Pêches, nectarines, abricots vont être rares sur les étals cette année », estime Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale des pommes et des poires (ANPP). « Tout l’enjeu, c’est de savoir s’il reste suffisamment de fleurs qui soient encore vertes pour faire une récolte », a-t-il ajouté auprès de l’AFP.

Prairies : des dégâts à surveiller

Certaines prairies ont elles aussi subi des dégâts, selon plusieurs témoignages partagés sur les réseaux sociaux.

Raphaëlle Borget, avec l’AFP
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