L’association Safer Phosphates (1) a organisé, le 12 mai 2021, une conférence sur la présence du cadmium dans la chaîne alimentaire et les solutions pour y remédier. L’association a réuni plusieurs représentants professionnels, scientifiques et politiques français, européens et internationaux pour alimenter ce débat.

Un métal lourd à risque pour les consommateurs

Présent naturellement dans les roches mères de phosphates, le cadmium s’accumule dans les sols, les végétaux et pour finir dans le corps humain. Il est ainsi classé cancérigène, mutagène et reprotoxique pour l’Homme. « Son caractère cancérigène est prouvé, indique Alfred Bernard, professeur à l’université catholique de Louvain en Belgique : cependant, cela ne concerne que les expositions par inhalation et non par ingestion », précise ce dernier.

Ces risques ont conduit l’Union européenne à fixer un seuil maximal de cadmium de 60 mg/kg d’engrais phosphatés. « Un décret est prévu en septembre 2021, pour la transposition française : nous demandons au gouvernement plus d’ambition, en rapprochant le seuil des recommandations de l’Anses (2) », indique Pascal Michaux, secrétaire général de Safer Phosphates. En effet, dans un rapport paru en 2019, l’établissement avait recommandé une teneur maximale de 20 mg/kg d’engrais phosphatés.

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Des solutions à trouver à la source

Selon Pascal Michaux, des solutions alternatives (comme des engrais avec des teneurs plus faibles en cadmium) existent et pourraient être valorisées avec un « label vert », encourageant les agriculteurs à l’adoption de ce type de produits. « Le marché historique entre l’Europe et le Maghreb complique cependant le positionnement de ces solutions, et les agriculteurs sont encore peu sensibilisés aux risques du cadmium sur la santé », nuance le secrétaire général.

Pour Bérénice Dupeux, du Bureau européen de l’environnement (3), ces solutions plus vertes ne sont pas suffisantes car difficilement valorisables par les agriculteurs. Par ailleurs, « il faut voir la problématique plus largement et prendre en compte le fait que le cadmium est aussi présent dans les effluents d’élevage et les boues d’épuration ». Aussi, cette dernière appelle à une moindre utilisation des fertilisants et à des modèles agricoles plus diversifiés sur les exploitations et les territoires.

Sensibiliser aussi l’opinion publique

« Le sujet du cadmium reste très discret dans l’opinion publique », souligne Julien Dive, député des Républicains de la deuxième circonscription de l’Aisne.

Un ressenti partagé par Ludovic Flandin du groupe Louis Delhaize (enseignes Truffaut et Cora notamment). « Le rapprochement entre l’agriculteur et le consommateur sur ce sujet est difficile car ce dernier est en recherche d’histoires positives », explique-t-il.

Pour réussir la sensibilisation, « les outils du numérique, aidés par la science pour l’apport des connaissances, seront des leviers importants », estime le député de l’Aisne, qui insiste également sur l’accompagnement des agriculteurs par de la formation et de l’aide à l’investissement pour l’engagement dans la transition agroécologique.

Charlotte Salmon

(1) Association d’entreprises internationales dont l’objectif est d’informer et de sensibiliser les consommateurs et utilisateurs sur les risques liés à la présence de contaminants dans les fertilisants.

(2) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

(3) Réseau d’organisations de citoyens écologistes d’Europe. Il regroupe plus de 160 organisations de la société civile de plus de 35 pays européens. Pour la France, France Nature Environnement (FNE) et Agir pour l’Environnement en sont notamment membres.