Dernière sommation. Dans un courrier du 10 octobre 2022 adressé aux ministres de l’Agriculture Marc Fesneau et de la Transition écologique Christophe Béchu, le député de la Lozère Pierre Morel A l’Huissier annonce son intention de déposer des plaintes pénales face à "la carence à agir des pouvoirs publics" concernant la prédation du loup.

"Un ministre qui n’aboutit pas, c’est un ministre stérile"

Interrogé par La France Agricole, Pierre Morel A l’Huissier dresse le bilan de la situation de la Lozèreface au loup. Un bilan dramatique, selon lui. "On a des attaques tous les jours. On a vraiment une présence avérée de loupsqui, en plus, arrivent en milieu urbain." Et de poursuivre excédé : "Vous imaginez s’il y a un accident ? Qu’un loup morde un enfant par exemple ? Qu’est-ce qu’on dira ? Qu’attendent les ministres pour agir ?"

Il insiste : "Cela fait vingt ans que j’interpelle les différents gouvernements et rien ne se passe. Je fais chou blanc. Donc là, je ne l’accepte plus." Et si Marc Fesneau fait partie des ministres qui ont interpellé la Commission européenne sur le sujet de la prédation, "cela ne suffit pas, affirme-t-il. Un ministre qui n’aboutit pas, c’est un ministre stérile. On n’essaye pas, on y arrive".

"Une certaine omerta administrative du comptage du loup"

Harassé par la douleur des agriculteurs "qui pleurent face à leurs brebis agonisantes et qui sont à bout", le député de la Lozère dénonce une "soi-disant politique de protection" alors qu’aujourd’hui, les loups impactent près de "55 départements en France". La convention de Berne est, selon lui, dépassée par la réalité actuelle.

"Ça pouvait s’entendre en 1979, car le loup avait été éradiqué. Mais on n’en est plus là, répète-t-il. Même [l’ancien ministre de l’Environnement] Nicolas Hulot dit qu’il y a du loup et qu’il en faut 500 pour assurer l’espèce. Or, on en dénombre officiellement près de 920 et on considère sur le terrain qu’il y en a plus encore."

Le député fustige ainsi "une certaine omerta administrative du comptage du loup" qui empêche la France d’adapter la règlementation du plan loup, avec "18 millions d’euros chaque année ponctionnés sur le budget de l’Agriculture. Il faut que ça cesse."

Le député de la Lozère dénonce l’inefficacité de la brigade loup

La Commission européenne et ainsi la France "nous disent : Protégez-vous, on vous finance. Achetez des clôtures, des patous, rémunérez des bergers et si vraiment ça ne marche pas, on pourra éventuellement intervenir avec une brigade loup. Sauf que cette brigade, elle vient quatre ou cinq jours sur place et ne veut pas voir de loups", déplore-t-il.

Au total, "tout ça est un dispositif qui fait plaisir aux écologistes, estime-t-il. Il y a une dictature du système environnemental sur le loup, le vautour. Le ministère de l’Agriculture est sous la coupe du ministère de l’Environnement, et certains organismes font tout pour de l’ensauvagement, en disant qu’il faut laisser faire la nature. Je n’ai rien contre, il ne s’agit pas de tuer tous les loups mais de les réguler car il y a un vrai problème de l’homme et de l’élevage."

"Prenez des mesures adéquates" contre les attaques de loups

Pierre Morel A l’Huissier décide de contre-attaquer en créant une requête collective. Rejoint par près de 85 parlementaires, une quinzaine de chambres d’agriculture, plusieurs syndicats et éleveurs, le député réclame un déclassement du loup aujourd’hui de niveau quatre, le plus haut niveau de protection. Le but est ainsi de permettre une politique de tir qui ne soit pas uniquement dérogatoire comme l’impose la réglementation européenne actuelle.

"Les tirs de prélèvement autorisés ne se font qu’au bout de plusieurs mois, c’est donc en décalage total de l’urgence des éleveurs, scande-t-il encore. Je dis au Premier ministre : ‘demandez la révision de la convention de Berne. Supprimez les directives communautaires. Retirez les arrêtés ministériels qui régissent le plan loup et prenez des mesures adéquates’."

La plainte pénale est rédigée. Dès ce mardi 15 novembre 2022, en séance publique, le député interpellera Marc Fesneau pour le prévenir oralement de sa décision et du temps qu’il lui reste pour agir. Il laisse aux ministres jusqu’à la mi-décembre "pour se retourner, sinon je saisis le Conseil d’État".