Que retenez-vous de votre rencontre avec des éleveurs des Alpes-de-Haute-Provence au sujet du loup ?

Les éleveurs, il faut aller sur le terrain avec eux. Le retour du loup dans des régions où il avait disparu pose des vrais défis de coexistence, et la réponse de l’État doit être plus forte. Dans certaines régions, nous avons réussi à soutenir fortement le développement de la protection des troupeaux, et ça fonctionne. Mais on ne peut pas se contenter de belles paroles que j’entends ici ou là disant que c’est toujours compatible avec le pastoralisme, que la coexistence est partout possible. Ce n’est pas la vraie vie !

Quand vous avez des moutons derrière des clôtures électriques, avec des patous à l’intérieur et à l’extérieur, ce n'est plus tout à fait le pastoralisme. Je ne veux pas traiter le sujet dans une logique d'éradication et de caricature. C’est bien pour la biodiversité qu’il y ait des loups mais il faut trouver des équilibres. C'est une question d'existence non pas pour le loup, mais pour les éleveurs.

Vous allez en Lozère cette année, vous entendez souvent parler du loup. Des éleveurs passant des nuits et des jours à défendre leur troupeau, sans rien pour se défendre, ça ne peut pas durer longtemps. Et ce que ceux qui disent le contraire assument et disent qu'ils ne veulent plus d'activité pastorale en montagne. Quelque chose parfois dans la manière de parler de ce sujet est vécu comme une insulte, une offense par les éleveurs ! Le prochain plan loup et pastoralisme devra être à la hauteur de ces enjeux.

- "Le prochain plan loup et pastoralisme devra être à la hauteur" des enjeux, insiste Marc Fesneau. (Crédit photo : Cédric Faimali/GFA)

C’est donc le pastoralisme qui est en danger ?

On ne peut pas à la fois nous expliquer, et c’est une réalité, que le pastoralisme est une manière très vertueuse d'élever des animaux, avec des aménités positives – le maintien des prairies, la biodiversité, la lutte contre l’incendie, l’ouverture des espaces - et faire comme si la présence du loup ne posait aucun problème. C'est très symbolique des injonctions contradictoires de la société.

Allez expliquer à des éleveurs de continuer leurs pratiques que tout le monde reconnaît comme vertueuses, et en même temps, leur mettre des contraintes. On vit dans un drôle de monde. On a besoin d'activités pastorales, et pas simplement pour reproduire un système ancestral. Il va y avoir une révision du plan loup. La question fondamentale à poser est celle du pastoralisme, sa place, son importance et les moyens pour le préserver.

Comment soulager la pression qui pèse sur les épaules des éleveurs ?

On leur dit : il y a le loup, donc il faut des systèmes de prévention. Vous mettez des barrières, et passez votre nuit à attendre, à stresser pour veiller sur votre troupeau et le protéger contre le loup. Vous leur dites de prendre des patous, et quand le chien mord les touristes, ils se retrouvent au tribunal. Essayons de comprendre que ça puisse désespérer et énerver.

Nous devons régler un certain nombre de questions pratiques : le statut du patou, les modalités d'indemnisation, les délais de paiement des mesures de prévention qui parfois sont de 12 à 18 mois ce qui est difficilement compréhensible.

Allez-vous faire évoluer le plan loup ?

Vous avez dans les arrêtés autorisant les tirs, des choses qu'il faut peut-être ajuster. Cela est basé sur des faits scientifiques : 19 % de la population. On en est à 120 à date. Pourquoi ? Parce que quand le loup attaque, il faut pouvoir agir vite sinon vous vous privez de la possibilité de réguler.

On a besoin de regarder ce qui dysfonctionne dans nos procédures. Par exemple, avec le tir de défense renforcé qui est normalement à l’étage 3, vous avez le droit de ne tirer qu’un loup. Avec le tir de défense simple, vous êtes tout seul mais vous avez le droit d'en tirer autant que vous voulez. Comment l’expliquer ? Sachant que pour déclencher le tir de défense renforcé, il faut avoir subi plus de 3 attaques.

On va regarder cela avec Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique. Je considère qu'on ne peut pas demander aux éleveurs autant d'efforts de transition, vanter les vertus d’un tel modèle, et ne pas leur donner les moyens et les capacités de le faire. D’autant que cette année, nous avons de nouveaux fronts de colonisation. En Franche-Comté, les loups ont cette année attaqué des bovins qui ne peuvent pas être protégés comme les brebis. Ces questions devront être traitées dans le nouveau plan loup pour 2023 avec la prise en compte notamment du renforcement de la présence de l’État auprès des éleveurs : création d’une deuxième brigade loup et professionnalisation et équipement des lieutenants de louveterie.