« Le dialogue avec vos organisations professionnelles aura lieu », a promis Sébastien Lecornu dans un courrier adressé aux agriculteurs, le dimanche 4 janvier 2026 alors que les syndicats annonçaient de nouvelles mobilisations dans les jours à venir. Jeunes Agriculteurs (JA) a ouvert le bal en rencontrant le Premier ministre, le lundi 5 janvier après-midi. Un entretien d’environ deux heures qui a permis d’aborder « les sujets les plus brûlants sans détour », avance le syndicat.

La signature du Mercosur mobilise

« On est plutôt satisfait de voir que le gouvernement est aligné derrière nous », souligne Pierrick Horel, président de JA, au sujet du Mercosur. Mais le syndicat ne baisse pas la garde pour autant. « Si le Mercosur est signé ce week-end, nous irons à proximité des frontières et des ports veiller aux produits qui rentreront sur le territoire français », promet Quentin Le Guillous, secrétaire général.

Les mobilisations continueront à Strasbourg dans l’hypothèse où la Commission signe l’accord le 12 janvier 2026. JA entend désormais faire pression auprès des parlementaires pour qu’ils saisissent la Cour de justice européenne (CJUE). Pour rappel, 145 eurodéputés avaient déjà déposé une demande de saisine auprès de la CJUE en novembre 2025. Les services du Parlement européen l’avaient jugée irrecevable car le texte de l’accord n’avait pas encore été reçu au Parlement.

Besoin d’une vision à long terme

« On a demandé au Premier ministre et au gouvernement d’avoir une parole très forte dans l’accompagnement des jeunes et l’avenir, poursuit Pierrick Horel. Le Premier ministre s’est engagé à regarder nos travaux, nos plans et contrats d’avenir. »

Si les dernières déclarations d’Annie Genevard sur l’importation de produits contenant des molécules interdites en France « vont dans le bon sens », le syndicat reste perplexe. « Comment être en capacité de contrôler ces produits qui arrivent massivement alors que certaines molécules restent intraçables », s’interroge Pierrick Horel.

JA s’est également longuement entretenu au sujet de l’eau avec Sébastien Lecornu. L’occasion de revenir sur la définition des volumes à prélever et sur « la faible représentativité » du monde agricole dans les instances. « On a demandé qu’une centaine de projets aboutissent dans l’année pour donner un signal fort et positif », insiste Pierrick Horel.

Le sujet de l’eau doit d’ailleurs faire l’objet d’une future réunion interministérielle, confie à son tour François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale (CR) contacté par La France Agricole.

Une réunion interministérielle doit se tenir prochainement pour étudier le sujet de l'eau en agriculture. (©  Cédric Faimali/GFA)

Une révision du protocole sanitaire de la DNC sous conditions

Après JA, Sébastien Lecornu s’est en effet entretenu avec la Coordination rurale. L’occasion d’évoquer plusieurs dossiers brûlants comme celui de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

« On a senti un petit infléchissement du gouvernement sur le protocole, confie François Walraet. Il serait prêt à proposer une révision à condition que le Cirad apporte des gages scientifiques sur les modifications du protocole. » La Commission européenne devra encore donner son aval sur ces modifications.

La volonté de conserver le statut indemne de la France et la politique d’éradication de la maladie restent l’objectif du gouvernement. « Si on imagine une zone vaccinale plus étendue, au rythme de production des vaccins […], il ne faut pas imaginer qu’on puisse tout vacciner pendant l’hiver », nuance toutefois le secrétaire général de la Coordination rurale.

Quelles orientations pour la Pac ?

Autre point de crispation, la future Pac. « Le gouvernement a bon espoir de voir sanctuariser une enveloppe équivalente à celle de 2021-2027 mais en euros constants, cela ne règle pas le problème de l’inflation », souligne François Walraet.

Au-delà du montant de l’enveloppe de la Pac, la Coordination rurale s’inquiète de son utilisation. « Si c’est pour refaire une Pac dans la droite ligne des Pac précédentes qui nous ont emmenés là où on est aujourd’hui, ce n’est pas la peine, poursuit-il. La Pac doit se recentrer sur l’agriculture et doit redonner de la force à la production. »

L’organisation syndicale a également évoqué la situation financière des exploitations céréalières avec le Premier ministre. « La ministre [de l’Agriculture, Annie Genevard, également présente au rendez-vous, NDLR] nous a rassurés en nous disant que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est reporté ou que ses effets seraient annulés », avance François Walraet.

« En termes d’amélioration de situation, le gouvernement n’a rien à proposer, à part des mesures structurelles comme le dégrèvement de la TFNB ou la prise en charge de cotisations sociales, déplore-t-il. Le problème est structurel […] lié aux prix trop bas car le marché européen est ouvert à tous vents. »

Des échéances en fin de semaine 

Reçue le 6 janvier dans la soirée à Matignon, la FNSEA a annoncé que le Premier ministre s'était engagé à apporter des premiers éléments de réponses concrets d’ici la fin de semaine. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, fait état d’une véritable « crise de confiance » du monde agricole à l’égard du monde politique. « Il nous faut des mesures concrètes d’ici le salon de l’agriculture pour montrer qu’on n’est pas dans le déclaratif, mais dans les faits avérés », ajoute-t-il. 

En amont de la réunion avec Sébastien Lecornu, le leader de la FNSEA attendait surtout un calendrier sur la mise en œuvre des mesures déjà annoncées. Certains décrets d’application de la loi Duplomb sont encore en attente, notamment pour les ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement). 

« Les publications tardives ne datent pas d’hier, observe-t-il, Mais pas avec ce délai-là. » Arnaud Rousseau veut proposer au gouvernement une « loi spéciale » en particulier sur la gestion de l’eau, pour faire passer les mesures par ordonnance sans passer par les débats à l’Assemblée nationale. 

« Le week-end risque d’être animé », prévient l’élu syndical alors que les Etats membres doivent donner leur feu vert à la signature de l’accord avec les pays du Mercosur, ce vendredi. « S’il est signé, alors on ira chercher le colégislateur », promet-il. 

Les mobilisations vont se poursuivre 

Pour la Confédération paysanne, les mesures évoquées par le Premier ministre ne sont « pas structurelles », a assuré à l’AFP, Fanny Métrat, porte-parole du syndicat. Dans un communiqué, la structure syndicale indique que Sébastien Lecornu aurait « encore une fois aucune réponse concrète sur la fin de l’abattage total sur les troupeaux touchés par la DNC ». 

Concernant l’accord UE-Mercosur, le syndicat se dit prêt à manifester. « Cette dernière ligne droite diplomatique exige une mobilisation de tous les instants par l’exécutif. » La Confédération paysanne appelle donc à « amplifier » les rassemblements partout en France. 

« Nous avons dit au Premier ministre que sa proposition de mesures miroirs sur cinq pesticides interdits dans l’Union européenne ne pourra en aucun cas justifier la signature de l’accord de libre-échange, insiste la Confédération paysanne dans son communiqué. C’est la mise en concurrence sur le plan social et sur les conditions de production qui font de ces accords une grave atteinte à la souveraineté alimentaire. » 

Dans son communiqué le troisième syndicat agricole français critique la lettre ouverte de Sébastien Lecornu publiée dimanche 4 janvier 2026. « En plus d’être totalement déconnectées des raisons de la colère agricole, les mesures annoncées dans ce courrier poursuivent la course au productivisme qui fait disparaître les paysans, dans la droite ligne de la loi Duplomb », considère la Confédération paysanne. 

Le 6 janvier, le Modef a annoncé de son côté  être reçu prochainement par la ministre de l’Agriculture, et non par le Premier ministre. Une différence de traitement que le syndicat désapprouve « car les dossiers agricoles sont brûlants », écrit-il.