Dans son dernier rapport intitulé « Agriculture et alimentation : une faim de démocratie locale », l’association Terre de liens alerte sur le fait que « 70 % des exploitations agricoles sont en réalité des firmes agro-industrielles, en filière longue, majoritairement orientées vers le commerce international ». Le document, publié le 17 février 2026, à l’occasion du Salon international de l’agriculture (Sia), dénonce l’accaparement des surfaces agricoles par l’agroindustrie.

Dans son étude, l’organisation, spécialisée dans les problématiques liées à la propriété des terres agricoles, révèle que « la moitié des départements français ont une capacité de transformation alimentaire déficitaire par rapport à la consommation de leur population ». 43 % du foncier agricole français serait dédié aux exportations et ne servirait pas à la souveraineté alimentaire nationale.

Des territoires spécialisés, mais peu souverains

L’échéance des élections municipales approchant, l’association a voulu observer au niveau local les initiatives mises en œuvre en matière d’alimentation. « Les élus locaux ont vraiment un rôle à jouer », insiste Coline Sovran, membre de Terre de liens et rédactrice du rapport. De ce fait, la structure préconise plusieurs mesures comme « le soutien à l’installation agricole », « la lutte contre l’artificialisation des sols » ou encore « la préservation des ressources en eau ».

« La France a de nombreux objectifs pour l’agriculture mais pour le moment elle peine à les atteindre, considère Coline Sovran. Terre de liens dénonce aujourd’hui un système à bout de souffle qui atteint son paroxysme, sous le regard passif des pouvoirs publics ». Afin de proposer des solutions, dans le cadre de l’élaboration de son rapport, la structure a recueilli le témoignage de plusieurs agriculteurs.

Reprendre la main au niveau local

Titiana Le Guen s’est installée en 2018 à Sainte-Flaive-des-Loups, dans le bocage vendéen, sur une exploitation en agriculture biologique. En souhaitant avoir une ferme diversifiée dans ses activités, tant dans ses productions que dans ses modes de commercialisation, l’agricultrice a choisi d’avoir la « pleine maîtrise » de son modèle et d’inclure son territoire au cœur de son projet. Elle est ainsi en accord avec Terre de liens qui dans son rapport met en avant que depuis les années 60, « la mise en concurrence des productions à l’échelle internationale » a imposé aux industries agroalimentaires et aux exploitations agricoles de « se spécialiser » ou encore de « se mécaniser pour rester concurrentielles ».

Titiana Le Guen, agricultrice en Vendée, souhaite avoir un modèle agricole éloigné de celui des des fermes dites « conventionnelles ». (© Auxane Maurille pour Terre de liens)

Loin des fermes dites « conventionnelles », l’exploitation de Titiana Le Guen repose principalement sur un élevage de volailles de chair. Pour les commercialiser, Titiana adhère à une coopérative locale et développe la vente directe. Par ailleurs, depuis le début de l’année 2025, l’agricultrice dispose également d’une vingtaine d’hectares cultivables d’avoine. Cette céréale est valorisée sous forme de flocons et de muesli, vendu en circuit court. Ce modèle permet à l’agricultrice de s’assurer « des garanties économiques sans dépendre des agro-industriels ». À son échelle, elle observe un réel attrait des consommateurs pour des produits avec un rapport qualité-prix « cohérent ».

« Le modèle est à bout de souffle »

« Structurellement, l’agriculture telle qu’on la connaît aujourd’hui atteint des limites sociales et environnementales, celles-ci sont dépassées par les décisions politiques. Si on veut des territoires vivants avec des paysans, et qu’on ne veut pas des systèmes à bout de souffle, dépendants d’intrants, il faut changer de modèle, considère Frédéric Dudoret, maraîcher en Haute-Saône et membre du comité de pilotage qui a rédigé le rapport Terre de liens. Les collectivités territoriales ont un rôle à jouer. Le potentiel nourricier des territoires est fort. »

Bien que critique à l’égard du système agricole actuel, l’agriculteur n’oublie pas de citer des initiatives locales qu’il juge « aller dans le bon sens ». Il relève notamment la place croissante du bio dans les cantines scolaires de certaines collectivités, ainsi que le choix de certaines d’entre elles de bannir les produits issus des pays du Mercosur. « Le modèle est à bout de souffle mais tout n’est pas négatif », conclut-il.