Fini les viandes d’Amérique du Sud pour quelques élèves français. Sur fond de contestation de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, des conseils départementaux et des municipalités bannissent des produits sud-américains de leurs cantines scolaires.

Mercredi 14 janvier 2026, le Département du Loiret a été la première collectivité à prendre position contre l’accord de libre-échange. Cette décision a pour but de « protéger l’agriculture locale » et « la souveraineté alimentaire ».

« Garantir la qualité alimentaire des élèves »

Le conseil départemental pointe du doigt une concurrence déloyale « ne respectant pas toujours les mêmes normes que celles imposées aux producteurs européens ». En interdisant l’achat de produits d’Amérique du Sud dans les cantines de ses collèges publics, le Département du Loiret entend bien « soutenir l’économie agricole régionale », « garantir la qualité alimentaire des élèves » et « réduire l’empreinte carbone des approvisionnements ».

Selon la collectivité territoriale, cette mesure s’inscrit dans « une démarche écosociétale ». Pour renforcer sa politique du « bien manger », le Loiret privilégie les circuits courts et les produits locaux. Une motion exposant cette prise de position sera proposée au vote des conseillers départementaux lors d’une session plénière le 30 janvier 2026.

De son côté, le Département des Deux-Sèvres s’oppose aussi à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. « L’assiette des collégiens doit devenir un sanctuaire 100 % français », écrit l’institution dans un communiqué daté du jeudi 22 janvier 2026. « Le Conseil Départemental dit « NON » à l’importation de produits que nos agriculteurs savent cultiver avec excellence sur notre sol. »

« Soutenir l’agriculture locale »

La présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, Caroline Dénoues, a annoncé, lundi 26 janvier 2026, passer à 100 % d’approvisionnement français « pour tout ce qui est cultivable en France », dans toutes les cantines des collèges publics de son département, dès septembre 2026.

Pour l’élue locale, deux évènements d’actualité ont précipité cette décision : l’accord commercial avec les pays du Mercosur et la crise arboricole qui sévit dans les Deux-Sèvres. « Si on perd notre souveraineté alimentaire, on va donner à manger à nos enfants ce qu’on interdit à nos agriculteurs de produire », explique Caroline Dénoues à La France Agricole, tout en assurant qu’elle compte « soutenir l’agriculture locale ».

Les objectifs de la présidente du Département des Deux-Sèvres sont clairs : initier les jeunes à la saisonnalité des produits ou encore substituer des ingrédients par d’autres quand ils ne sont cultivés dans l’Hexagone. « Je crois beaucoup en l’effet papillon, développe Caroline Dénoues. En mettant en place ce dispositif concret, j’ai espoir que d’autres collectivités territoriales s’en inspirent. »

« Nos collèges ne serviront pas une agriculture que nous refusons »

Dans le sud de la France, le Département du Tarn a fait le même choix que les conseils départementaux du Loiret et des Deux-Sèvres. Dans un texte intitulé « Mercosur : nos collèges ne serviront pas une agriculture que nous refusons », Christophe Ramond, président du Département, défend la cohérence entre « exigences imposées aux agriculteurs » et « politiques d’achat public ».

Dans un communiqué publié vendredi 23 janvier 2026, le représentant du conseil départemental du Tarn parle d’acte de responsabilité envers « nos enfants, à qui nous devons une alimentation saine, traçable et porteuse de sens ». Selon lui, chaque repas aurait un « rôle éducatif ».

« Il n’y a rien de plus bête que de faire parcourir 8 000 km à nos biftecks. »

Si des conseils départementaux veulent interdire l’approvisionnement en produits issus d’Amérique du Sud pour leurs collèges publics, certaines communes souhaitent faire de même dans les cantines de leurs écoles.

À Avion, dans le Pas-de-Calais, le maire, Jean Létoquart, souhaite faire voter en Conseil municipal une motion en ce sens. « Nos agriculteurs français font le travail mieux que quiconque, a-t-il déclaré à Europe 1, dans un article paru le dimanche 25 janvier 2026. Il n’y a rien de plus bête que de faire parcourir 8 000 km à nos biftecks par cargo pour arriver dans l’assiette de nos enfants. »​​​

En Côte-d’Or, si le conseil départemental a déjà annoncé qu’il n’y aurait pas de denrées alimentaires venant d’Amérique latine dans les assiettes des collégiens, le maire de Sennecey-lès-Dijon a pris la même décision que l’édile d’Avion.

Seine-et-Marne, Marne, Ardèche, région Auvergne-Rhône-Alpes… Ces collectivités territoriales sont aussi montées au créneau contre l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Dans l’ensemble, cette levée de boucliers intervient alors que mercredi 21 janvier 2026, les eurodéputés ont décidé de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne.