« J’ai réduit ma facture d’eau de 85 % en récupérant la totalité de la pluie qui tombe sur mes bâtiments », indique Jean-Luc Raymond. Ce dernier est, avec sa femme Marylise, à la tête du Gaec Raymond du Fournet Dessous. Cette ferme, installée sur la commune de Mont-de-Laval, dans le Doubs, produit du lait pour les filières comté, morbier et du mont d’or. Ce sont ainsi 70 montbéliardes qui fournissent annuellement 500 000 litres de lait. L’éleveur ajoute qu’il a une centaine de génisses qu’il élève et vend dans toute la France.

« J’ai décidé en 2013 d’intégrer un réservoir en béton de 200 m3 en dessous de chaque dalle des trois bâtiments de l’exploitation (un accueille le troupeau laitier, un les génisses et le dernier sert au stockage). Je souhaitais réduire le volume d’eau issu du réseau avec lequel j’abreuve mes animaux », explique Jean-Luc. Chaque réservoir est prévu pour stocker l’eau de pluie de la toiture sous lequel il se trouve. « L’idée de récupérer l’eau de pluie était d’autant plus intéressante que la zone est très pluvieuse. C’est donc pour donner une eau de pluie purifiée à mes animaux que je me suis équipé du système de filtration Ocene. Depuis mars 2025, c’est cette eau qui alimente les abreuvoirs des bâtiments et des pâturages attenants à ma ferme », précise l’éleveur.*

L’éleveur gère le niveau de ses trois cuves grâce à un jeu de vannes, il fait en sorte de faire baisser tous les niveaux en même temps. (© P. Denis)

Préparer l’installation

« Avant de se déplacer sur l’exploitation, l’entreprise Ocene est venue étudier l’ensemble des paramètres liés à mon projet. Par exemple, la surface des toits, la pluviométrie locale et mes besoins exacts en eau, qui sont de 3 500 m3/an pour l’ensemble des utilisations sur la ferme. » Leur dispositif est composé d’un système d’injection de chlore, un filtre à sable, un filtre à charbon, un filtre à tamis, une lampe UV, une cuve tampon et une grosse pompe.

« J’ai dû au préalable relier mes trois cuves en un seul point et aménager une pièce dédiée et propre pour les différents éléments. Le purificateur d’eau ne fonctionne que lorsque le niveau d’eau dans la cuve tampon passe sous un certain seuil. Ce principe sert à faire des économies d’électricité, car les pompes ne tournent que lorsque l’eau est consommée. Le réservoir tampon couvre les besoins en cas de grosse demande, car 7,5 m3 d’eau purifiée y sont stockés. C’est aussi dans cette cuve que la minéralisation se fait. À cet effet, j’ajoute simplement 15 % d’eau potable. Une grosse pompe se charge alors, avec ses 4 bars de pression, d’alimenter l’ensemble du réseau », détaille l’agriculteur.

La cuve tampon permet au système de ne pas tourner 24/24h, mais également de fournir un débit suffisant d'eau traitée en cas de forte consommation. (© P. Denis)

Investir pour économiser

Une fois l’installation terminée, une analyse d’eau dans l’abreuvoir le plus lointain (1 km) a été effectuée. Cette dernière a servi à s’assurer qu’il reste encore du chlore et que l’eau reste potable dans les abreuvoirs les plus lointains. La dose de chlore diffère en fonction des saisons. Elle est moindre en hiver qu’en été, car les vaches restent en bâtiment.

Le système de filtration s’autonettoie tous les trois jours. L’eau est alors envoyée dans le sens inverse et évacue les impuretés dans les eaux usées, avec de l’eau de toiture. « C’est vraiment le gros atout de cette installation, insiste Jean-Luc, car je n’ai pas beaucoup d’entretien à effectuer. Le plus gros travail qu’il me reste, c’est la gestion du niveau dans chacune des cuves. Le système seul avec l’installation m’a coûté 15 300 euros, auxquels j’ai ajouté 3 000 euros de location de minipelle et de tuyau PE de 33 mm, sans compter mon temps. Le système me coûte actuellement deux bidons de chlore par an. Je sais que le charbon et le sable sont à changer tous les dix ans. La lampe UV, quant à elle, a une durée de vie de 365 jours, sachant qu’elle ne fonctionne que pendant les cycles. J’économise à peu près 8 000 euros par an. Selon mes estimations, je vais consommer seulement 525 m3 d’eau potable à 2,7 € le litre, et le reste en pluvial. »

L'eau passe à un faible débit sous une lampe UV avant d'être mélangée avec du chlore et enfin être envoyée dans la cuve tampon. (© P. Denis)

Un départ compliqué

« Avant de m’équiper du système Ocene, j’ai testé la distribution de l’eau pluviale directement à mes animaux. Je me contentais de mettre des pastilles de chlore dans mes cuves et l’eau n’était pas filtrée. Mais ça ne convenait pas, car mon traitement au chlore ne suffisait pas quand l’eau était chargée en matière organique. Dans mes abreuvoirs, l’eau ne sentait pas bon. Moi qui suis intraitable sur l’hygiène de mon élevage, j’ai tout de suite arrêté de donner l’eau de pluie à mes vaches. »

En attendant de trouver un bon système de purification d’eau, l’éleveur avait pris la décision d’utiliser l’eau potable pour l’abreuvement et l’eau de pluie uniquement pour le lavage des installations (hors tank à lait et système de traite). « À partir de l’installation du système de filtration, mon eau est devenue très propre. C’est important car, en AOP, avec un système d’abreuvement hors réseau, nous nous engageons à faire une analyse d’eau par an. Étant très soucieux de ce que je donne à mes animaux, je fais plusieurs tests par an. J’ai remarqué qu’avec ma nouvelle installation et le débit fourni, il y a également moins de concurrence à l’abreuvoir, car l’eau est disponible avec un débit suffisant pour contenter tout le troupeau Je suis maintenant certain que mes animaux boivent la quantité qu’ils veulent et de bonne qualité. »