Il ne reste que quelques semaines au gouvernement fédéral pour finaliser sa copie. Comme les 26 autres États membres de l’Union européenne, l’Allemagne doit terminer avant la fin de l’année son plan stratégique national (PSN), sa déclinaison de la Pac 2023-2027, pour validation par la Commission européenne. Christian Lippert, professeur d’économie à l’université d’Hohenheim, en a détaillé les grandes lignes lors d’une séance de l’Académie d’agriculture, le 17 novembre 2021.

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Des DPB identiques

Le budget du premier pilier (aides directes) sera autour de 4,5 milliards d’euros. Concernant les paiements de base (DPB), toutes les exploitations allemandes toucheront le même montant unitaire par hectare, d’environ 150 € selon les premières estimations.

Les petites et les moyennes structures devraient bénéficier d’un coup de pouce supplémentaire aux premiers hectares. Le paiement redistributif serait autour de 69 € pour les 40 premiers hectares, et de 41 € pour les 20 suivants. Les aides allouées aux jeunes agriculteurs devraient doubler, passant de 47 à 98 millions d’euros, ce qui générera un paiement supplémentaire de 70 €/ha sur les 120 premiers hectares.

À titre exceptionnel, et à la demande des Länder, des aides couplées devraient être réintroduites, mais uniquement pour les vaches allaitantes (78 € par vache), les chèvres ainsi que les brebis (35 € par mère). Un budget de 2 % du premier pilier leur sera consacré (contre 15 % en France).

Des écorégimes critiqués

Les Länder auront la charge des aides du deuxième pilier (développement rural), doté de 1,09 milliards d’euros du Feader (s’ajouteront le transfert du premier pilier de 737 millions d’euros  en 2026 et les cofinancements nationaux et régionaux).

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Comme en France, les écorégimes représenteront 25 % du premier pilier, avec 1,1 milliard d’euros. L’objectif : rémunérer des pratiques agricoles vertueuses pour l’environnement, allant au-delà des obligations liées à la conditionnalité.

Les pratiques rémunérées, à des niveaux très différents, seraient notamment le dépassement du seuil obligatoire de 4 % de surfaces non productives et la mise en place de bandes fleuries ou de bandes herbagères, la diversification avec au moins cinq cultures principales dont au moins 10 % de légumineuses, l’exploitation extensive des prairies permanentes, ou encore le renoncement aux produits phytosanitaires chimiques de synthèse. Des mesures qui font l’objet de critiques de l’Association des agriculteurs allemands, la DBV. Pour le syndicat majoritaire, elles ne seraient pas adaptées aux exploitations herbagères.

Les écorégimes sauront-ils convaincre ? Christian Lippert considère que leur efficacité « dépendra fortement des moyens financiers dont ils seront dotés ». L’Office fédéral de l’environnement estime, pour sa part, que les paiements liés aux écorégimes devraient être différents selon les conditions naturelles et tenir compte des objectifs écologiques visés.

Bertille Quantinet et Sophie Bergot