À trois jours d’une possible décision sur l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, la Commission européenne tente de désamorcer une colère agricole qui gagne les campagnes du continent, tout en consolidant une majorité politique fragile parmi les Vingt-Sept. Au cœur de cette équation : la politique agricole commune (Pac), érigée en ultime levier pour faire passer un traité toujours massivement contesté.
La prudence reste de mise
C’est dans ce contexte que la ministre française de l’Agriculture participe, ce mercredi 7 janvier après-midi à Bruxelles, à une réunion avec ses homologues européens et la Commission européenne. La veille, Paris prenait connaissance d’une lettre d’engagement transmise par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, évoquant un accès anticipé à 45 milliards d’euros du futur budget agricole européen (lire l’encadré). Une annonce saluée par Emmanuel Macron sur X, qui y voit la garantie du maintien des aides au revenu des agriculteurs jusqu’en 2034.
Dans l’entourage de la ministre de l’Agriculture, la prudence reste toutefois de mise, des doutes persistants quant à la nature exacte de ces 45 milliards d’euros. Lors d’un échange avec la presse quelques minutes après la publication de cette lettre, le ministère de l’Agriculture a souligné plusieurs zones d’ombre, notamment sur la temporalité de ces 45 milliards, leur répartition entre les pays et la source exacte du financement. Selon Politico (à lire ici, en anglais), il ne s’agit pas de fonds nouveaux, mais d’un montage budgétaire permettant d’allouer par anticipation, dès 2028, une partie de l’enveloppe de la Pac 2028-2034, dont le montant global serait « sanctuarisé » à un peu plus de 293 milliards d’euros — un niveau néanmoins en recul par rapport à la période précédente.
Donnant-donnant
Au-delà de la mécanique budgétaire, l’initiative de la Commission est avant tout politique. Toujours selon Politico, elle vise à consolider une majorité d’États membres en faveur de l’accord avec le Mercosur, en offrant des garanties sur la Pac susceptibles de rassurer les capitales les plus réticentes.
Dans ce jeu d’équilibre, l’Italie occupe une position clé. Rome, qui s’était rapprochée de Paris à la mi-décembre pour empêcher la signature du traité, pourrait désormais se satisfaire des engagements pris par Bruxelles sur le financement agricole, selon les informations rapportées par Politico, Bloomberg et Contexte. Un basculement italien affaiblirait mécaniquement la capacité de la France à constituer une minorité de blocage.
À Paris, toutefois, la ligne officielle reste inchangée. Le 6 janvier, le ministère de l’Agriculture martelait encore auprès de la presse que « la France n’est toujours pas satisfaite des propositions faites par la Commission » sur le Mercosur. Garanties ou non sur la Pac, l’exécutif continue de réclamer des engagements jugés indispensables, au premier rang desquels l’activation effective d’une clause de sauvegarde agricole, l’instauration de mesures de réciprocité sur les normes sanitaires et environnementales, ainsi qu’un renforcement tangible des contrôles sur les importations.
Reste que la fenêtre politique se referme. La perspective pour Paris de réunir une minorité de blocage s’éloigne à mesure que certains partenaires européens cèdent aux promesses de la Commission.