Canicules, grêles, vents violents… « Le climat devient la première cause de pénibilité du travail agricole, bien devant l’effort physique », rapporte Caroline Véran, cofondatrice du baromètre Clisève. Les premiers résultats de ce baromètre, lancé il y a un an, ont été dévoilés au Salon de l’agriculture ce jeudi 26 février 2026. Le baromètre Clisève analyse l’impact du climat sur la santé au travail.
Durant un an, des questionnaires ont été diffusés auprès des employeurs agricoles, exploitants, salariés et saisonniers. Au total, ce sont 2 653 travailleurs du monde agricoles qui ont répondu, dont plus de 2 200 salariés et plus de 1 000 saisonniers, principalement en viticulture.
Pour Caroline Véran, le constat est clair : « le climatoscepticisme n’a pas lieu dans le monde agricole ». « Plus de huit répondants sur dix se déclarent préoccupés par le changement climatique, et en identifient l’origine humaine », note la co-fondatrice du baromètre.
Les conditions de travail liées au climat sont d’ailleurs le deuxième « grand défi » des exploitants d’après le questionnaire, derrière la rentabilité économique. Et plus de neuf répondants sur dix disent voir un signe concret du changement climatique : en particulier la température, la sécheresse et la canicule, devant les pluies violentes et les inondations. Le climat devient ainsi, pour les salariés saisonniers, la « première cause de pénibilité du travail agricole », devant l’effort physique.
Si la chaleur « s’impose partout », il serait réducteur de considérer son impact comme seul responsable de la pénibilité due au climat, explique Caroline Véran. Cette dernière est ressentie plus de trois mois de l’année – soit plus que les périodes de grande chaleur. « La pluie, le froid intense, les vents violents » sont autant de raisons d’impacter la manière de travailler, avec en conséquence « un travail plus fatigant », pour la majorité des répondants.
Plus que la fatigue, le climat a plusieurs impacts sur les travailleurs que Caroline Véran classe en quatre facteurs de risques : physiques (coup de chaleur, déshydratations), infectieux (prolifération des moustiques et arrivée de la dengue, hausse des allergies), risques mentaux (stress, irritabilité, démotivation), et chimiques (des produits plus concentrés en période de chaleur, une plus grande exposition aux phytos).
« Il faut arrêter la logique du bon sens paysan »
Les risques physiques sont les plus identifiés parmi les salariés : plus de huit sur dix se disent exposés. Sur la dernière année, quatre répondant sur dix ont eu des coups de chaleur, et un quart des déshydratations. « On sait qu’il faut boire de l’eau, se protéger », observe Caroline Véran, mais les bonnes pratiques restent difficiles à mettre en œuvre. Face à des épisodes climatiques extrêmes, les réactions sont « surtout urgentistes » analyse la directrice. Les exploitants employeurs pensent pour moitié qu’il faut augmenter l’accès à l’eau, adapter les horaires et installer des pauses fraîcheur : « Il faut arrêter la logique du bon sens paysan. » Sans aller jusqu’à l’inscrire dans la loi, Caroline Véran plaide pour des protocoles à l’échelle des régions ou des exploitations, pour mieux anticiper les évènements.
« Quand il y a un pic de chaleur, ça fait débat dans les équipes », relate la directrice, provoquant « des tensions entre salariés ». « Un chef d’équipe m’a dit « cela me faciliterait la vie qu’on fixe une règle une fois pour toutes » » sur des seuils de température, par exemple, où l’arrêt de travail deviendrait obligatoire.
Sept employeurs sur dix n’ont jamais entendu parler de santé climatique
Pour anticiper et mettre en place des protocoles, encore faut-il être formés et accompagnés sur les impacts du climat sur la santé. Près de sept interrogés sur dix n’avaient jamais entendu parler de santé climatique. « Le travail agricole n’est pas organisé de manière à prévenir de ces risques ». Or, « l’attractivité du métier ne dépend pas seulement de la rentabilité mais de la soutenabilité humaine aussi », note Caroline Véran. Il faut arrêter de ne faire des choses qu’en réaction ».
La directrice recommande donc de mieux former les employeurs, de mener des « actions de sensibilisation », et de « standardiser » les protocoles en cas d’événement climatique extrême. « L’objectif est d’aller déployer des outils et solutions dès 2026 pour permettre à chacun de mettre en place des actions pour l’ensemble des travailleurs agricoles : exploitants, salariés ou saisonniers », espère la cofondatrice de Clisève.