Dans un arrêté publié le 7 janvier 2026 au Journal officiel, le gouvernement français acte la suspension de l’importation et de la mise sur le marché de denrées alimentaires en provenance de pays en dehors de l’Union européenne (UE) contenant des résidus de pesticides interdits en UE. C’est une promesse que le gouvernement avait formulé en fin de semaine en amont de réunions avec les syndicats agricoles.
« Ça fait un an que je travaille avec la Commission européenne pour leur demander […] d’interdire l’entrée sur le sol européen de substances qui sont une concurrence déloyale pour nos producteurs, a expliqué le 4 janvier la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sur CNews. C’est une injustice qu’ils vivent très mal et c’est quelque chose qui est préjudiciable à la santé des consommateurs. L’Europe ne va pas assez vite, donc j’ai pris la décision d’interdire toute importation de denrées qui comporterait ces substances. »
Il s'agit, explique le ministère de l'Agriculture dans un communiqué du 7 janvier, d'une mesure de sauvegarde prise en attendant que la Commission européenne réponde à la demande de la France d'abaisser drastiquement les limites de résidus pour plusieurs substances actives interdites dans l'Union européenne.
Cinq substances dans le viseur
L’arrêté publié le même jour cible spécifiquement cinq substances actives jugées dangereuses pour la santé et interdites d’utilisation dans l’Union européenne : un herbicide (glufosinate), et quatre fongicides (mancozèbe, thiophanate méthyl, carbendazime et bénomyl).
La mesure vise, selon l’annexe de l’arrêté :
- Des fruits et légumes parmi les oranges, citrons, pommes, poires, raisins, abricots, cerises, pêches, prunes, melons, mangues, papayes, avocats, tomates, aubergines, pommes de terre, poivrons, laitues, haricots ou petits pois.
- Des céréales et légumineuses : blé, orge, avoine, seigle et le soja.
L’interdiction entre en vigueur dès le 8 janvier selon l’arrêté mais avec un délai de grâce d’un mois. Les marchandises déjà acquises par les importateurs avant le 8 février ne sont pas concernées par l’arrêté.
La décision de suspendre l'importation de ces produits sera prochainement présentée le 20 janvier à la Commission européenne et aux autres Etats-membres. Le gouvernement renvoie ainsi la balle à la Commission européenne qui devra décider d'étendre cette mesure française « au niveau européen et de baisser les limites maximales de résidus de substances dangereuses interdites d’utilisation dans l’UE » précise le ministère de l'Agriculture. Ce dernier annonce en parallèle mener actuellement des échanges avec la Commission sur le « traitement à réserver » d'autres substances actives interdites.
Une mise en application en question
Les syndicats agricoles restent perplexes sur l'arrêté pris par le gouvernement. Même si Annie Genevard a annoncé le 4 janvier la création « d’une brigade de contrôle » pour réaliser des contrôles « dans les ports, aéroports, mais aussi sur le territoire national », les moyens de contrôle à mettre en œuvre interrogent pour assurer le respect de cette interdiction.
Dans une communication du 6 janvier, l’Association nationale pommes poires estime que la mesure prise par le gouvernement « rate sa cible ». « Les vraies distorsions de concurrence sont bien intra-européennes et demeurent pleinement malgré cette annonce » , ajoute l’association tout en indiquant que « selon les douanes françaises, sur les 135 000 tonnes de pommes importées en France entre août 2024 et juillet 2025, moins de 18 000 tonnes provenaient d’Amérique du Sud, principalement du Chili et d’Argentine, et 105 000 tonnes venaient de pays de l’Union Européenne ».