Le manifeste comporte quinze mesures. Intitulé « reconquête et maintien », le plan présenté lundi 23 février 2026 par les filières des viandes blanches prévoit au moins 9,5 milliards d’euros d’investissements au sein des différentes filières, sans compter la modernisation des abattoirs et des industries de transformation. « On ne demande pas d’argent, on demande à être allégés sur les règles et normes », a déclaré Jean-Michel Schaeffer, président de l’Anvol, l’interprofession des volailles. Les milliards, « ce sont les éleveurs qui vont les investir en empruntant ».
Le plan a été présenté au Salon de l’agriculture à la veille d’un point d’étape par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur les conférences de la souveraineté alimentaire, lancées en grande pompe en décembre 2025 pour « réarmer » la France face à « la guerre agricole » qui « se prépare ». « On a des problématiques communes » sur la reprise de bâtiment d’élevage et la création de nouvelles exploitations, a déclaré devant la presse le président de l’interprofession porcine, Philippe Bizien, entouré de ses homologues des volailles, des œufs et du foie gras.
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Les filières sollicitées par le ministère
La France, premier pays agricole d’Europe, a vu son excédent commercial alimentaire se réduire à 200 millions d’euros en 2025, « un plus bas historique » jamais vu depuis au moins vingt-cinq ans. Les filières ont été sollicitées par le ministère pour établir des plans à dix ans afin d’assurer une production qui se rapproche au maximum des niveaux de consommation. Elles partent du constat que la consommation intérieure d’œufs et de poulets augmente plus vite que la production, touchée ces dernières années par la grippe aviaire, tandis qu’elle s’est reprise ces dernières années pour le porc et le foie gras.
La filière des volailles de chair a besoin de 220 nouveaux poulaillers de 1 500 m² par an (environ 24 000 poulets par bâtiment) nécessitant 2,8 milliards d’euros d’investissement, et de 60 nouveaux poulaillers Label Rouge de 400 m² par an. Soit 2 800 nouveaux bâtiments au total d’ici à 2035.
La filière des poules pondeuses voudrait 575 nouveaux poulaillers d’ici à 2035, soit près de 60 par an, pour 1,1 milliard d’euros d’investissement. La filière porcine souhaite 100 créations ou reprises d’élevages existants par an pour un investissement de 5 milliards d’euros au total.
De son côté, l’interprofession des lapins a besoin de 30 créations ou reprises par an, soit 300 d’ici à 2035 pour 300 millions d’euros. Et le foie gras de 55 créations d’ateliers d’ici à 2035 et de 100 reprises par an pour 250 millions d’euros.
Un régime d’autorisation environnementale spécifique à l’élevage
« Il faut nous permettre de construire des nouveaux bâtiments très vite », a souligné Yves-Marie Baudet, président du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO). Pour les aider, les filières demandent notamment au gouvernement un régime d’autorisation environnementale spécifique à l’élevage, distinct des bâtiments industriels. Un article de loi a été voté en ce sens au Sénat la semaine dernière.
Elles demandent aussi l’exclusion des viandes blanches de la directive européenne sur les émissions industrielles (dite IED). Cette demande d’exclusion inquiète les ONG, qui craignent que cela ne favorise l’élevage intensif. Les filières réitèrent aussi leur demande d’afficher l’origine sur tous les produits, y compris dans la restauration.