Dès leur installation en 1989, Didier et Patrice Lhuissier, basés à Mont-Saint-Jean, dans la Sarthe, troquent rapidement les ateliers laitier et porcin en place contre un troupeau de rouges des prés. « Nous croyions à la régionalité des races », lance Didier. Mordus de génétique, les deux frères donnent priorité à la vente de reproducteurs mâles et femelles, avec la volonté de faire connaître la maine-anjou à l’export. « Pour faire nos preuves, nous avons d’abord participé à des concours et placé quelques-uns de nos veaux en station d’évaluation », poursuit-il. En 2015, les frères Lhuissier décident de passer à la vitesse supérieure et organisent une vente aux enchères sur leur ferme.

Dix pays étrangers

Rejoint par quatre autres élevages et en collaboration avec Jean-Luc Kress, le Gaec Lhuissier Frères renouvelle l’événement tous les ans. « Ce rendez-vous, organisé en septembre, permet la mise en valeur des meilleurs reproducteurs du groupe de covendeurs. L’automne dernier, nous avons vendu une cinquantaine de bovins à l’exportation », estime Didier, qui compte dans son carnet d’adresses des acheteurs en provenance de vingt-sept départements français et de dix pays étrangers (1).

Chaque année, les deux frères sélectionnent pour la reproduction trente-cinq de leurs meilleurs taureaux, les autres étant destinés à l’engraissement. Une cinquantaine de femelles gestantes, prêtes à saillir ou donneuses d’embryons, sont également proposées. « Les plans d’accouplement sont réalisés à la carte, en fonction des besoins des acheteurs », reprend Didier. Une partie des animaux sont porteurs homozygotes du gène culard. Afin d’évaluer au plus près leur niveau génétique et leurs performances, l’ensemble du troupeau est inscrit à l’Upra rouge des prés et à Bovins croissance. Les éleveurs assurent eux-mêmes l’insémination des femelles, « avec les taureaux issus de l’exploitation pour entretenir la diversité génétique ».

Transplantation embryonnaire

Ils ont aussi fait le choix de généraliser le premier vêlage à deux ans. Les produits issus des génisses sont vendus à trois semaines. « Nous conservons des femelles à partir du deuxième vêlage. Une partie des vaches âgées de trois ans produisent ainsi des filles issues de taureau à vache, ce qui permet d’accroître les disponibilités en jeunes reproductrices pour la vente », détaille l’exploitant.

En complément, le Gaec pratique la transplantation embryonnaire (TE). Les embryons, prélevés sur les femelles dès l’âge de dix-huit mois sont soit vendus, soit congelés, soit transférés « en frais » à une vache receveuse, dont le cycle est synchronisé avec celui de la donneuse. « La TE est un outil précieux pour sauvegarder le patrimoine des lignées haut de gamme », souligne Didier.

L. Pouchard

(1) Allemagne, Belgique, Canada, Chine, Danemark, Espagne, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni.