«Le plan de la filière cunicole, rédigé en 2017, a fixé l’objectif de produire 25 % de lapins issus d’élevages alternatifs à la cage à l’horizon 2022. Il risque d’être atteint un peu plus tard, car les travaux­ de R & D et le déploiement dans les élevages prennent du temps », reconnaît Émilie Gillet, directrice de l’interprofession du lapin de chair (Clipp), lors d’une conférence, le 7 octobre, au Sommet de l’élevage.

Exprimer leur comportement naturel

Pour l’heure, le parc de bâtiments français n’a pas encore fait sa mue. « 95 % des lapins sont logés en cage standard, 4 % en cage aménagée avec mezzanine, et 1 % en enclos sur caillebotis en bâtiment fermé », note Chantal Davoust, responsable de l’activité lapin chez Wisium. Sur sa station expérimentale de Saint-Nolff (Morbihan), cette firme service a développé son concept de logement « Wellap ». Il a été pensé pour permettre aux lapins d’exprimer leurs comportements naturels. « C’est un système au sol, sur caillebotis, avec des cloisons amovibles, et ouvert en ventilation naturelle, explique la spécialiste. Des mezzanines, des tubes et des zones de refuge offrent aux animaux d’interagir, de se dresser, de sauter ou encore de s’isoler. » Les lapins disposent d’un accès extérieur sous forme de jardin d’hiver. Pour les éleveurs, l’investissement serait moindre par rapport aux cages standard, « de l’ordre de 400 à 500 €, contre 800 à 1 000 €, ramenés à la cage mère », avance Chantal Davoust.

Sur caillebotis et en enclos

Le concept « Cuniloft », développé pendant six ans (1), a également mis au point un système d’élevage au sol sur caillebotis, et en enclos. Ces derniers accueillent chacun « de 100 à 300 lapins, contre 6 à 7 lapins dans une cage standard, expose François Menini, responsable espèce et nutrition lapin à la firme service Mixscience. La surface disponible par lapin est ainsi augmentée de 60 %. Résultat, les animaux se déplacent 4,5 fois plus qu’en cage, et réalisent 2,3 fois plus d’explorations. « Plusieurs bâtiments sont déjà en fonctionnement », indique-t-il. Les groupements encouragent ce type de projets.

« Nous proposons un accompagnement administratif et technique spécifique aux systèmes d’engraissement alternatifs à la cage », témoigne Chloé Borgat, du groupement Lapalliance.

Produire des références

De son côté, l’Inrae planche, depuis 2018, sur son programme « Living Live Lapin ». Il aboutira, en 2022, par des tests dans huit élevages, répartis dans six régions. « Il s’agit de concevoir des systèmes présentant une évolution notable pour le bien-être des lapins et perceptible par les consommateurs, expose Émilie Gillet. Le tout, en maintenant la santé des animaux et le revenu de l’éleveur. »

Afin de produire des références, l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) lancera, en 2022, une étude technico-économique des systèmes alternatifs à la cage pendant trois ans. « Nous évaluerons les performances des animaux (poids, croissance), le bien-être animal, les besoins d’investissement, et les contraintes pour le producteur (organisation, temps de travail et pénibilité), détaille Léa Ottmann, chargée de mission à l’Itavi. L’idée est aussi de préparer les éleveurs aux changements de réglementation. »

Vincent Guyot

(1) Développé par Mixscience, Ribot, Lapalliance, Ets Jambon et Sanders.