Le 3 septembre 2022, un bateau de 780 taurillons, destinés à l'abattage, quitte le port de Sète pour se rendre à Alger (Algérie). Le navire bétailler a reçu l'agrément sanitaire européen pour le transport des animaux, certifie le ministère de l'Agriculture.

Avant son départ, il a été inspecté par les services vétérinaires pour sa capacité à transporter des animaux. Les bovins eux-mêmes ont été visés par les mêmes services vétérinaires. Deux jours plus tard, le bateau s'ancre au port d'Alger. Il est refusé pour des raisons sanitaires par les autorités algériennes.

Une mention sanitaire sur le certificat d'exportation

L'association de protection des animaux Welfarm estime de son côté que « les autorités françaises n'auraient jamais dû approuver le transport de ces animaux », parce « qu'ils n'étaient pas accompagnés des documents certifiants qu’ils ne sont pas porteurs de la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR) ». L'IBR est une maladie infectieuse des bovins qui affecte essentiellement leurs voies respiratoires.

La lutte contre l'IBR est réglementée en France depuis 2006 mais elle n'est pas obligatoire au niveau mondial. Et c'est là que le ministère de l'Agriculture français se défend. Le problème pour lui résulte d'une mauvaise interprétation des documents d'accompagnement du certificat sanitaire d'exportation de trois taurillons sur le cargo. Ces trois animaux avaient été vaccinés contre l'IBR. Leurs cartes vertes portaient donc la mention « IBR positif », ce que les autorités algériennes auraient interprété comme atteint d'IBR. La France ne bénéficiant pas du statut « indemne » vis-à-vis de l'IBR, les autorités algériennes ont considéré tout le lot à risque même si ce n'était pas avéré. « Il n'y a pas eu de manquement sur le certificat d'exportation », assure le ministère français.

Risque de fièvre aphteuse

Le ministère de l'Agriculture français affirme avoir mené des discussions avec les autorités algériennes avec le soutien du ministère des Affaires étrangères et de l'ambassade de France en Algérie. Elles n'ont pas débloqué la situation. La France a décidé le 16 septembre 2022 de faire revenir les animaux sur son sol. Cette opération logistique devrait aboutir d'ici à la fin de cette semaine. Le lieu de débarquement des animaux n'est pas précisé. Welfarm affirme de son côté que le bateau concerné devrait accoster à Sète le 21 septembre. 

En Algérie, les animaux ont été affouragés avec du foin algérien. Or, l'Algérie connaît la fièvre aphteuse sur son territoire. La plateforme d'épidémiosurveillance de l'Efsa rapporte trois cas de fièvre aphteuse repérés au nord-est de l'Algérie depuis le 28 mars 2022. Les autorités françaises ne veulent pas prendre le risque de réintroduire cette maladie virale sur le territoire et annoncent donc que les 780 animaux seront abattus à leur arrivée en France. 

Un bateau-poubelle aux yeux de Welfarm

Welfarm qualifie le bateau concerné de « navire-poubelle » et repose la question du bien-être animal durant le transport. Ce navire bétailler, le Nader A, a été mis en service en 1977. Pour l'association, la dernière inspection du navire remonterait au 3 mars 2022. 

« Les conditions de transport sont catastrophiques. Plusieurs animaux seraient morts », affirme Welfarm dans un communiqué du 21 septembre. Le même jour, le ministère de l'Agriculture ne confirme pas ces décès et s'en remet, aussi bien pour l'état sanitaire des animaux que pour le respect du bien-être animal, à l'inspection sanitaire qui sera diligentée au retour du navire en France. 

La France exporte chaque année 1,5 million de bovins vivants. Entre 80 000 et 100 000 animaux sont exportés chaque année vers l'Algérie, aussi bien pour l'engraissement que pour l'abattage.