La peste porcine africaine (PPA) progresse « à un rythme alarmant » en Europe, notamment dans l’est du continent où de récents foyers font craindre une diffusion plus large du virus. Si elle est inoffensive pour les humains, elle n’en reste pas moins terriblement contagieuse chez les animaux.

 

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« Le nombre de cas et de zones nouvellement affectées augmente malgré les efforts, et les pays ont de grandes difficultés à contrôler et à éliminer la maladie », constate Gregorio Torres, chef du département scientifique de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), interrogé par l’AFP.

La France reste épargnée pour le moment

Depuis le début de l’année, 285 foyers de peste porcine africaine sont apparus dans des élevages européens, avec près de 71 000 cas comptabilisés par l’OMSA au 1er septembre 2022.

 

Le virus circule majoritairement sur la partie orientale du continent, en Roumanie, qui totalise 197 de ces foyers, en Moldavie et dans l’ouest de la Russie, où cinq nouveaux foyers ont été détectés dans des élevages la semaine passée.

 

Présente dans la faune sauvage, la maladie est aussi apparue en Italie, dans un élevage de la région de Rome au début de juin, et en Allemagne en mai puis en juillet, avec deux foyers dans les Länder de Mecklembourg-Poméranie occidentale et de Basse-Saxe (Nord). Près de 2 800 animaux d’élevage ont été abattus.

 

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Une menace pour l’industrie porcine européenne

Malgré leur proximité avec les pays où le virus circule, la France et les Pays-Bas ont été épargnés jusqu’à présent. Faute de traitement, la peste porcine africaine est généralement mortelle pour les animaux, et entraîne dans son sillage nombre d’abattages préventifs pour éviter sa diffusion.

 

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En ce sens, elle menace durablement l’industrie porcine européenne, « premier exportateur mondial de porc et de produits à base de porc au monde, avec près de 5 millions de tonnes exportées chaque année », a souligné l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) fin juillet.

 

Face à un rythme de propagation qualifié « d’alarmant », l’agence a lancé cet été sa troisième campagne de communication avec les autorités de 18 pays européens. L’objectif : sensibiliser éleveurs, vétérinaires et chasseurs au mode de diffusion de la maladie.

 

L’OMSA, qui coordonne les efforts des pays pour lutter contre ce type d’épizootie, surveille en particulier la situation en Ukraine, où sont apparus deux foyers en élevage en juin, puis un troisième en juillet.

 

L’invasion russe en Ukraine en février dernier a provoqué d’importants mouvements de population, avec des éleveurs contraints d’abandonner leurs bêtes et des vétérinaires coupés d’accès à certaines zones, ce qui favorise la prolifération des maladies, a-t-il ajouté.

Une propagation du virus via des denrées alimentaires contaminées

Endémique en Afrique subsaharienne, la peste porcine africaine affecte les porcs, les sangliers et les phacochères. Non transmissible aux humains, le virus peut survivre plus de deux mois dans des viandes et charcuteries issues d’animaux malades. Un élevage touché par le virus est généralement décimé en peu de temps, et les autorités vétérinaires doivent veiller à une mise en quarantaine et à un abattage stricts des animaux.

 

Arrivée en Europe dans les années 1960 puis éradiquée, la peste porcine africaine y est revenue en 2007 par la Géorgie, indique l’OMSA. Présente sur tous les continents, l’organisation la qualifie de « menace mondiale », avec 564 foyers détectés depuis janvier.

 

La quasi-totalité des 78 000 cas rapportés sont apparus en Europe, puis dans une moindre mesure en Asie. Très contagieux, le virus peut passer d’un pays à l’autre via « des denrées infectées ou un support contaminé, comme un sandwich au salami » par exemple, détaille Gregorio Torres.

 

Le virus peut en effet survivre des semaines entières dans l’emballage d’un sandwich contaminé. Si cet emballage est, par exemple, abandonné sur une aire d’autoroute, il pourra alors être reniflé par des sangliers, qui le dissémineront au gré de leurs déplacements, sur des infrastructures telles que des voies ferrées ou encore dans des stations-service.

Un possible vaccin contre la peste porcine africaine

Parmi les 39 pays affectés depuis 2020, certains ont réussi à l’éradiquer au prix de lourds efforts, comme la Belgique ou la République tchèque.

 

Début juin, le Vietnam a annoncé être parvenu pour la première fois à développer un vaccin contre la peste porcine africaine, en partenariat avec des chercheurs américains. Il sera, dans un premier temps, réservé à son marché intérieur.

 

« Ce serait un bon outil, mais ce n’est pas l’unique solution, nuance Gregorio Torres. Il faut améliorer la coordination internationale, la biosécurité, renforcer les capacités vétérinaires des pays et poursuivre la prévention auprès des éleveurs. »