Lors de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), un unique vaccin a été créé afin de protéger les bovins. Cependant, si un test sanguin est réalisé, la réponse immunitaire liée au vaccin est semblable à celle d’un animal asymptomatique infecté par le virus de la DNC. « Tant que les animaux n’ont pas de signes cliniques, on ne peut pas distinguer les animaux vaccinés d’un animal qui serait infecté », explique Pauline Ezanno, cheffe du département Santé animale de l’Inrae. Cela a fortement impacté la filière puisque les exportations d’animaux vaccinés n’étaient pas possibles.

Dans sa stratégie scientifique d’ici 2030, présentée à l’occasion d’une conférence de presse le 19 janvier 2026, l’Inrae s’est lancé le défi d’améliorer le vaccin déjà existant.

Le pari du vaccin « Diva »

L’objectif est de créer un vaccin « utile », c’est-à-dire qui cible les bonnes maladies, et « utilisable » par les éleveurs. Pour cela, l’Inrae souhaite déployer un vaccin Diva (Différentiating infected from vaccinated animals). Il s’agit d’une version améliorée du vaccin actuel contre la DNC dont la réponse immunitaire engendrée est différenciable de celle des animaux malades grâce à une analyse. « C’est quelque chose qui permettrait d’être plus opérationnel sur le terrain et d’être beaucoup plus utile pour les filières », explique Pauline Ezanno.

Cinq vaccins en cinq ans

L’Inrae s’est fixé l’objectif de travailler sur cinq vaccins en cinq ans contre plusieurs maladies : la DNC, la maladie hémorragique épizootique (MHE), la fièvre catarrhale ovine (FCO), la grippe aviaire et le syndrome dysgénésique et respiratoire porcin (SDRP).

Pour cela, l’institut prévoit de développer des vaccins « à large spectre ». Ce type de vaccin évite la multiplication des injections car une seule piqûre permet de couvrir plusieurs sérotypes d’une maladie.

Les chercheurs souhaitent également mettre en place un outil d’appui aux politiques publiques pour optimiser la mise en œuvre opérationnelle des stratégies vaccinales dans les territoires. Pour cela, ils réaliseront un premier test sur la MHE. En effet, les chercheurs disposent de plus de recul sur cette maladie.

« On ne part pas de zéro. Le développement d’un nouveau vaccin, c’est très long. C’est plusieurs années de travail », souligne Pauline Ezanno, avant de préciser que l’institut va œuvrer avec plusieurs organismes collaborateurs dont ses partenaires académiques du domaine de la santé animale (Anses, Cirad, écoles vétérinaires). L’ensemble de ces travaux viendront en renfort du programme de recherche Élevages durables.

De plus en plus d’épizooties

« On a des maladies en élevage de plus en plus nombreuses, qui impactent largement nos filières de production animale avec un coût économique élevé », déplore Pauline Ezanno. Le risque de diffusion et d’introduction des agents pathogène augmente avec les changements globaux comme l’intensification des mouvements d’humains, d’animaux et de produits animaux.

À cela s’ajoutent le changement climatique et l’évolution de l’occupation du sol. « On ne va pas avoir comme enjeu de savoir si on va avoir une nouvelle épizootie mais où, quand et laquelle », ajoute-t-elle.

La scientifique rappelle que face à ces épizooties, comme la dermatose nodulaire, une combinaison de mesures peut être appliquée : abattage des animaux dans les foyers dans certains cas, renforcement de la biosécurité, restriction des mouvements et vaccination, si un vaccin est disponible.