Le 31 août 2022, l’organisme de gestion et de défense (ODG) de l’IGP agneaux de Sisteron préparait le dépôt imminent d’une demande de modification de son cahier des charges, indique à La France AgricoleCécile Richaud, chargée de mission à l’ODG.

 

Des demandes similaires, liées à la sécheresse, l’institut national de l’origine et de la qualité (Inao), chargé de les étudier, en avait reçu 8 (1) au 30 août, dénombre Carole Ly, directrice par intérim de l’institut. Trois autres étaient déjà validées à cette date (2).

 

Ces demandes concernent majoritairement l’origine et la nature de l’alimentation animale et la durée de pâturage, la sécheresse ayant mis à mal la pousse des prairies.

Pertes financières

L’ODG de l’agneau de Sisteron a ainsi demandé l’utilisation de foin ne provenant pas de la zone IGP du 1er septembre au 1er mai 2023. « On a environ entre 30 et 60 % de perte en fourrages suivant les secteurs ; donc, on ne pourra pas nourrir les animaux tout l’hiver », justifie Cécile Richaud.

 

Les fortes chaleurs ayant pénalisé l’engraissement, l’allongement de sa durée a également été demandé. Elle passerait de 150 à 180 jours, du 1er septembre au 31 décembre 2022.

 

Sans ces adaptations, la viande ne pourra être valorisée sous l’IGP. Les producteurs pourraient alors perdre environ 1 €/kg de carcasse, voire plus, estime-t-elle. « Le risque, c’est aussi que l’on perde des parts de marché par rapport à d’autres labels qui seront toujours présents. »

 

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Le Salers stoppe sa production

Du fait des dégâts du rat taupier combiné à ceux de la sécheresse, depuis le 12 août, l’ODG Salers a lancé un mot d’ordre pour l’arrêt total de la production du fromage, le cahier des charges ne pouvant plus être respecté, explique Laurent Lours, président de la section Salers de l’ODG.

 

Jusqu’à la fin d’août, la demande dérogation n’était même pas envisageable. « On ne peut pas descendre en dessous de 50 % d’herbe pâturée, et on n’a plus rien dans les prairies, raconte-t-il. L’idée, c’est de poser une demande pour le début de septembre, si la pluie revient et permet d’atteindre ces 50 %. » Le cahier des charges en impose 75.

 

En attendant, le lait est transformé en cantal fermier. La valorisation aux 1 000 litres est inférieure d’environ 300 euros.

 

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Vers des modifications permanentes 

À la fin d’août, le nombre de demandes n’est pas « anormalement » plus élevé que d’autres années de sécheresse. « Le maximum sur les cinq dernières années, c’était 13 en 2019 », mais l’historique ne remonte pas plus loin, indique Carole Ly. « Des ODG guettent l’arrivée de pluies et attendent de voir leur effet. D’autres demandes suivront peut être. »

 

Pour l’agneau de Sisteron, il s’agit de la première demande liée à la sécheresse, selon Cécile Richaud. En Salers, « on a dû en demander deux en quinze ans, calcule Laurent Lours. Mais jamais pour la totalité de la zone de production » comme c’est le cas cette année.

 

Avec le changement climatique, « il est fort possible que certaines ODG aient à mener une réflexion [sur des modifications permanentes de leurs cahiers des charges]. Certaines commencent à y réfléchir », reprend Carole Ly.

 

En Salers, « on voudrait autoriser un peu plus de foin […] mais on est vraiment attaché au pâturage. C’est un produit saisonnier, fait à l’herbe. On communique là-dessus », conclut Laurent Lours.

(1) Trois IGP de Savoie (Emmental, raclette et tomme), banon, bleu du Vercors, Agneau de Sisteron, Cantal et Salers.

(2) Deux vins et le piment d’Espelette.