Des contingents relativement faibles au regard de la consommation européenne, oui, mais pas de risque zéro, estiment des experts de l’Idele, institut de l’élevage, interrogés pas La France Agricole.

 

L’accord de libre-échange conclu le 30 juin 2022 entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande inquiète les éleveurs européens qui redoutent une concurrence déloyale vis-à-vis de leurs homologues.

 

Mais les volumes à droits de douane attractifs, voire nuls accordés aux viandes bovine et ovine et aux produits laitiers sont trop faibles pour impacter les marchés du Vieux Continent, assurait-on de source européenne le 11 juillet lors d’une conférence de presse.

38 000 tonnes pour la viande ovine

38 000 tonnes supplémentaires à 0 % de droits de douane sont accordées à la viande ovine néo-zélandaise, ce qui représente 6 % de la consommation européenne. Mais « le contingent de 126 000 tonnes, dont le pays disposait déjà avant l’accord, n’a jamais été pleinement exploité, affirme-t-on de source européenne. Le plus qu’il a exporté récemment, c’était 50 000 tonnes. […] Sa production est en diminution et les marchés plus proches comme la Chine absorbent tout. »

 

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Pour Cassandre Matras, agroéconomiste à l’Idele, ces arguments ne sont pas faux : « Même s’il exporte toujours vers l’Union européenne, aujourd’hui, et depuis maintenant quelques années, le pays est très focalisé sur la Chine. […] C’est un marché plutôt rémunérateur, plus proche et plus simple car elle importe des carcasses. » Elle souligne aussi que si ces envois venaient à être interrompus, « la Nouvelle-Zélande réorienterait très probablement ses flux vers d’autres clients, dont une grande partie vers l’Europe ».

 

« Pour le moment toutefois, la Chine reste très dépendante de ses importations de viande, notamment depuis la crise de peste porcine africaine qui a décimé son cheptel porcin. […], analyse l’experte. Il faudrait donc un événement majeur pour que le pays se ferme aux ovins néo-zélandais. […] Par exemple, le conflit géopolitique entre la Chine et l’Australie n’a pas [significativement] impacté les flux de viande ovine entre ces deux pays, la Chine en étant [également] grandement dépendante. »

 

Pour finir, « un éventuel pic de production néo-zélandais pourrait en effet pousser le pays à exploiter davantage son contingent vers l’Union européenne. Il serait [toutefois] vraiment surprenant au vu de la tendance plutôt déclinante de sa filière ovine », estime Cassandre Matras. Cela dépendrait en réalité de multiples paramètres : évolution des demandes chinoise, américaine et européenne notamment.

10 000 tonnes pour la viande bovine

Pour la viande bovine, le contingent accordé s’élève à 10 000 tonnes-équivalent carcasse taxées à 7,5 %. Seule la viande de haut de gamme avec pâturage exclusif est concernée, rendant les coûts de production un peu moins compétitifs.

 

Un tel volume représente, sur ce segment, 0,6 % de la consommation du Vieux Continent, assure-t-on de source européenne. En réalité, le segment concerné est encore un peu plus restreint puisqu’il s’agirait essentiellement d’aloyaux, qui regroupent les pièces les plus nobles. La proportion serait donc un peu plus importante, décrypte Baptiste Buczinski, agroéconomiste à l’Idele.

 

Si les volumes restent malgré tout assez faibles au regard de la consommation européenne, ils s’ajoutent à de nombreux contingents accordés à d’autres pays via différents accords de libre-échange, prévient l’expert. Ce traité abaisse également les taxes des quelque mille tonnes dont disposait déjà la Nouvelle-Zélande (de 20 à 7,5 %), note-t-il.

55 000 tonnes pour les produits laitiers

Pour les produits laitiers, 15 000, 15 000 et 25 000 tonnes supplémentaires sont respectivement accordées pour la poudre, le beurre et les fromages. Ces contingents représentent 1,3 % de la consommation européenne en poudre et 0,7 % en beurre. À nouveau, la Chine absorbe une grande partie des exportations laitières de la Nouvelle-Zélande. Une perturbation de ce débouché pourrait entraîner une réorientation des flux vers l’Europe.

Opportunité limitée pour la viande porcine

Dans une note synthétisant le volet agricole du traité, la Commission européenne souligne que l’accord profitera en contrepartie aux exportations européennes de viande porcine, de produits sous indications géographiques (vins et spiritueux et fromages notamment), et aux produits transformés. La Nouvelle-Zélande ne compte toutefois qu’environ cinq millions d’habitants.