La centième édition du Sima a été l'occasion pour La France Agricole de réunir trois experts des marchés agricoles et financiers autour d'une table ronde, le 9 novembre 2022. L'objectif : donner des éclairages au sujet des impacts de la guerre en Ukraine sur les marchés des céréales et des oléagineux.

Blé, entre fondamentaux et disponibilité

Selon Andrée Defois, analyste chez Tallage, la situation en mer Noire a un poids important sur les marchés agricoles. "En revanche, ce n’est pas pour ça que les marchés se sont déconnectés des fondamentaux", a-t-elle souligné. Pour la campagne de commercialisation en cours, l'offre mondiale de blé est abondante et la demande limitée dans le contexte économique actuel (lire l'encadré). "Cet ensemble est de nature à faire baisser les prix", a-t-elle estimé.

" Les fondamentaux ont toujours raison à la fin, mais dans un contexte économique incertain, la disponibilitéréelle du blé peut faire la différence", a estimé pour sa part Clément Gautier, analyste et directeur d’Horizon Soft Commodities (HSC). L'avenir du corridor d'exportations en mer Noire et la cadence de chargement de la marchandise russe peuvent par exemple faire vaciller l'équilibre fragile de la céréale.

De l'importance du corridor d'exportation pour le maïs

En maïs, le bilan mondial est très confortable, mais le bilan européen est beaucoup plus tendu, faisant suite à la mauvaise récolte de 2022. "Le corridor a un impact crucial sur l’équilibre du maïs, plus que sur celui du blé", a jugé Andrée Defois. L'experte a identifié le manque de maïs comme un des éléments qui pourrait limiter la baisse des prix du blé.

Marchés financiers incertains

Cyril Parienti, fondateur de FinanceAgri / Sitagri, a rappelé que "ce qui se passe sur les marchés financiers a un impact sur les marchés agricoles". Il a indiqué que les opérateurs sont plutôt attentistes, le secteur étant très incertain du fait de la guerre, mais aussi de l'inflation et des politiques de lutte contre ce phénomène.

Clément Gautier a complété en soulignant la stratégie d'achats de matière première par certains opérateurs de marchés pour couvrir l'inflation. "Si on rentre réellement dans un cycle inflationniste sur le moyen-long terme, les marchés se tiendront et resteront sur des niveaux élevés", a-t-il déclaré.

Importance de la qualité du blé tendre, positionnement de la France par rapport à la Russie, marché du blé dur, compétitivité des secteurs des biocarburants, perspectives d'évolution des cours... De nombreux autres sujets ont été évoqués lors de cette table ronde.