Estimant avoir reçu des garanties suffisantes de Kiev sur la démilitarisation du corridor maritime sécurisé en mer Noire, la Russie a réintégré l’accord sur les exportations de céréales. Le lendemain matin, jeudi 3 novembre 2022, sept cargos céréaliers ont ainsi quitté les ports ukrainiens.

Les sept bateaux vont emprunter ce corridor qui a déjà permis d'exporter 9,7 millions de tonnes de céréales et autres produits agricoles depuis l'Ukraine malgré le conflit, grâce à l'accord international signé en juillet dernier sous l'égide de la Turquie et de l'ONU.

A la mi-journée, "sept cargos transportant un total de 290 102 tonnes de céréales et produits agricoles transitent par le couloir humanitaire en vertu de l'Initiative pour les céréales ukrainiennes en mer Noire", a confirmé la délégation de l'Onu au Centre de coordination conjointe (JCC) à Istanbul, chargé de superviser l'accord international.

Selon le ministère turc de la Défense cité par l'agence officielle Anadolu, 426 bateaux ont déjà suivi ce trajet sécurisé depuis le 1er août.

Volte-face de Moscou

La Russie a repris mercredi 2 novembre 2022 sa participation à l'accord sur les exportations de céréales ukrainiennes, affirmant avoir reçu des "garanties écrites" de la part de l'Ukraine.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est garant de l'accord céréalier, crucial pour l'approvisionnement alimentaire mondial, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, s'est employé à lever les objections russes.

Samedi dernier, Moscou avait suspendu sa participation à l'accord céréalier après une attaque menée avec des drones marins contre sa flotte basée dans la rade de Sébastopol, en Crimée annexée.

L'armée russe a accusé l'Ukraine d'avoir mené cette opération, qui a touché au moins un bâtiment militaire russe, avec l'aide "d'experts britanniques" et en utilisant le couloir maritime réservé aux exportations de céréales.

Il a fallu une série d'appels téléphoniques ces derniers jours entre responsables russes et turcs, notamment mardi entre Recep Erdogan et Vladimir Poutine, et l'intercession de l'ONU, pour que Moscou révise sa position.

Un dénouement positif

Dès l'annonce de la volte-face de la Russie, les cours mondiaux des céréales ont entamé un repli.

Les demandes de garanties formulées par la Russie alors même que son armée occupe et bombarde l'Ukraine "montrent à la fois l'échec de l'agression russe et à quel point nous sommes forts lorsque nous restons unis", s'est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans son allocution quotidienne face à la caméra.

Les Etats-Unis se sont félicités, comme l'ONU, de ce dénouement, et ont salué le rôle de la Turquie, mais ont souligné que l'accord céréalier, initialement signé en juillet pour quatre mois, devait maintenant être reconduit.

En revanche, Vladimir Poutine a averti que la Russie se réservait le droit de "se retirer" de l'accord "en cas de violation de ces garanties par l'Ukraine".