À cause du manque d’eau, ou de l’absence d’eau pour ceux qui ne peuvent plus irriguer à cause des restrictions, certains maraîchers doivent faire des choix : abandonner des cultures, ou arrêter les mises en place. « Il n’y a pas un volume d’eau restant suffisant pour toutes les emmener, même en rationnant les quantités d’eau sur chaque culture », raconte Cyril Pogu, maraîcher sur le bassin nantais, et vice-président de Légumes de France. Du jamais vu pour lui en 25 ans de métier.

 

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Des restrictions incompatibles avec les cultures

Sur son secteur, l’irrigation est interdite de 10 h à 20 h en semaine, et du samedi matin 10 h au dimanche soir 20 h. « C’est incompatible avec nos types de cultures, se désole-t-il. Une salade qui n’est pas arrosée du samedi matin jusqu’au dimanche soir, c’est très compliqué ». À la chaleur et l’absence de pluie s’ajoute de plus un vent à effet « sèche-cheveux », qui dessèche les sols et les plantes.

 

Le maraîcher craint les répercussions économiques de cette situation. « Cela risque de poser de gros soucis chez certains collègues qui subissent les pertes de productions en place, ou qui arrêtent les productions pour la fin d’été et le début d’automne, voire pour les récoltes d’hiver, explique-t-il. Les plantations de poireaux se terminent par exemple en ce moment. »

Difficultés économiques

Cette situation inédite vient se cumuler à des difficultés économiques précédentes : la crise du Covid, puis la guerre en Ukraine et l’importante inflation sur l’ensemble des intrants (emballages, engrais, plastiques, énergie, transport…) « On a connu des hausses de charges de 20 à 30 %, dépassant largement ce qui est admissible en termes de marge disponible ».

 

« On est également confronté à la problématique des clients qui nous imposent des cahiers des charges et qui ne veulent pas en déroger, ajoute Cyril Pogu. Et cela se traduit par beaucoup de pertes. J’ai détruit des cultures qui avaient un léger défaut, pas admissible pour les clients. »

Souveraineté alimentaire en danger

« Cette situation pourrait accélérer la décision de ceux qui pensent à la retraite, ou qui se posent la question d’arrêter plus tôt, poursuit le maraîcher. Sur les territoires qui le permettent, on risque de voir basculer les systèmes légumiers en céréales, profitant des cotations. »

 

Cyril Pogu y voit un risque important de perte de capacité de production, à l’échelle nationale et même européenne, « alors qu’on parle beaucoup de souveraineté alimentaire et qu’on nous demande de mettre en place des actions pour regagner quelques pourcentages d’autonomie. Avec les difficultés qu’on vit cette année, non seulement on ne pourra pas atteindre l’objectif de 60 % d’autonomie en légumes en cinq ans, mais on pourrait même reculer. »

 

Pour le vice-président de Légumes de France, il y a urgence à lever les barrières administratives qui empêchent de stocker l’eau. « Il faut sécuriser les professionnels en leur laissant cette possibilité. Il faut également mettre en place des plans d’investissements pour de nouveaux équipements, pour combattre ce réchauffement climatique et protéger les cultures : serres, abris froids, systèmes d’ombrières… »

 

Cyril Pogu reste néanmoins optimiste. « Il faudra bien manger, nourrir nos populations. On a une vraie utilité. »