Les prix du blé ont été soutenus par une forte demande à l’exportation et un euro toujours faible. Les prix de toutes les graines sont maintenant mis sous pression par l’accord trouvé entre la Russie et l’Ukraine. La mise en œuvre de cet accord reste à surveiller. Les flux russes pourraient aussi en bénéficier.

Blé : potentielle accélération des exportations ukrainiennes et russes en vue

Le vendredi 22 juillet 2022 à 15h30 heure française a été conclu un accord entre l’Ukraine, la Russie, les Nations unies et la Turquie pour permettre une reprise des exportations des grains ukrainiens. Dans l’attente de la confirmation de ses modalités de mise en place, il était prévu plus tôt dans la journée qu’un centre de coordination soit établi à Istanbul avec des représentants de toutes les délégations.

 

Il était également prévu la sécurisation de corridors, notamment au départ d’Odessa, et la mise en place d’un contrôle des bateaux effectué par la Turquie pour empêcher l’importation d’armes. En contrepartie, un allègement des sanctions financières à l’encontre de la Russie est évoqué, et pourrait permettre de favoriser les exportations de grains et de fertilisants.

 

L’effet de cette annonce a été immédiat puisque les rumeurs sont allées bon train jeudi 21 juillet sur la concrétisation imminente d’un accord : Euronext a ouvert en forte baisse vendredi 22 juillet (–16,75 €/t sur septembre). En revanche, le marché physique ne s’était pas encore ajusté et les prix rendus Rouen affichaient une progression de 6 €/t sur la semaine, à 354 €/t. Les prix physiques devraient se corriger à la baisse dès lundi.

 

Cette baisse des prix résulte de la réouverture décidée des ports ukrainiens, mais aussi et surtout de la facilitation des exportations russes. Dans le cas de l’Ukraine, la réouverture des ports sera progressive (les installations sont toujours minées) et partielle. Mykolaïv, le principal port d’exportations, devrait rester fermé car il subit toujours les frappes russes. Au moins deux silos de ce port ont été détruits au cours des derniers mois.

 

La pression baissière est donc peu du fait de la mise en place des corridors d’exportations au départ de l’Ukraine, mais plutôt de l’allègement des sanctions à l’encontre de la Russie. La récolte russe est prévue à un niveau record cette année, mais jusqu’à présent, les exportations ont été freinées par les sanctions et par la taxe russe. Cette dernière est si peu lisible que les exportateurs sont peu enclins au dynamisme. La levée d’une partie des sanctions pourrait permettre à la Russie de simplifier son système de taxe et permettre une accélération des exportations.

Début en fanfare pour les exportations françaises de blé

La récolte française est achevée à 84 % et malgré un volume globalement très moyen, la qualité est bien plus satisfaisante que l’an dernier.

 

Cette semaine, la France a vendu près de 390 000 tonnes à l’Égypte pour livraison sur l’automne. Cette semaine également, le Gasc a autorisé une baisse du taux de protéines à 10,5 % pour l’origine États-Unis uniquement. Malgré cet avantage, le blé américain n’a pas été retenu. Depuis le début du mois de juillet, le volume de blé français vendu à l’Égypte atteint 910 000 tonnes.

 

Les chargements dans les ports français sont d’ores et déjà très actifs, notamment à destination de l’Afrique du Nord (tout particulièrement vers le Maroc à la suite de la récolte catastrophique du pays). Jusqu’à présent, la Chine était aux abonnés absents, mais deux bateaux français auraient été vendus cette semaine.

 

Ces nombreuses ventes ont fait remonter les prix français cette semaine à 367 $/t. Les prix américain et argentin ont également progressé (respectivement +10 $/t à 384 $/t pour le HRW et +3 $/t à 403 $/t).

 

En Argentine, la Bourse des grains de Buenos Aires a de nouveau révisé à la baisse sa prévision de la surface semée de blé. Le manque de pluies persiste alors même que la fenêtre de semis touche à sa fin. De plus, des gelées localisées ont affaibli par endroits des champs déjà fragilisés par une humidité trop faible.

 

Cette semaine a également été marquée par des températures supérieures aux moyennes de saison au Canada, favorisant l’évapotranspiration, sans pour autant atteindre les records de l’année passée qui avait amputé les rendements. Contrairement aux autres origines exportatrices, les prix russes et ukrainiens sont restés stables cette semaine.

Orge : prix en baisse par manque d’intérêt des acheteurs

Avec la fin des moissons en France pour l’orge d’hiver, les prix ont suivi une tendance baissière au cours de cette semaine à Rouen, pour rebondir légèrement vers la fin et franchir à nouveau les 300 €/t. Le Fob Rouen de la récolte de 2022 a perdu 7 €/t, à 306 €/t (base juillet), par rapport à la semaine précédente.

 

La demande à l’exportation en orges françaises reste restreinte au début de cette campagne avec les affaires qui ressortent très limitées (par exemple : achat par la Jordanie de 60 000 tonnes). Pourtant, les prix de l’orge française devraient normalement bénéficier de la faiblesse de l’euro face au dollar.

 

Les stocks pour la fin de la campagne de 2021-2022 sont assez élevés en France (1,2 million de tonnes) et le bilan s’annonce lourd pour la campagne en cours, marqué par la baisse prévue des exportations françaises vers la Chine. En effet, le maïs délivré Chine est beaucoup plus compétitif que l’orge.

 

Au niveau mondial, comme pour le blé, des inquiétudes émergent en Argentine à cause du manque de pluie en début de cycle ainsi que les températures élevées au Canada. Ces éléments, de nature à soutenir les prix, pourraient être contrebalancés par le déblocage partiel des exportations ukrainiennes et une potentielle accélération des exportations russes. Dans ce contexte, les orges françaises doivent rester compétitives pour ne pas perdre davantage de demande.

Maïs : prix tiraillés

Depuis la semaine dernière, le maïs Fob Bordeaux a progressé de 6,5 €/t, à 326 €/t (base juillet), tandis que le maïs Fob Rhin s’est stabilisé à 310 €/t. Cette fermeté des prix est le résultat notamment de conditions de croissance toujours défavorables en Europe, avec des conditions sèches et chaudes qui persistent dans de nombreux bassins de production, dont la France (malgré le retour de quelques pluies).

 

Néanmoins, les prix à terme du maïs affichaient une nette baisse ce matin en ouverture sur Euronext. Il faut y voir les conséquences de l’annonce de l’accord entre la Russie et l’Ukraine, première étape vers un déblocage des exportations de céréales ukrainiennes. Les volumes concernés restent tout de même à confirmer, et pourraient ne pas concerner le maïs en priorité, qui s’exporte pour le moment davantage par voie terrestre.

 

Le marché du maïs est également marqué par des conditions de croissance toujours mitigées aux États-Unis avec seulement 64 % des maïs rapportés dans de bonnes à très bonnes conditions, selon l’USDA (ministère de l’Agriculture américain). Au Brésil, la collecte de la seconde récolte avance rapidement (50 % au début de la semaine) et offre des volumes significatifs sur le marché mondial.

 

Du côté de la demande, la production d’éthanol aux États-Unis a marqué un rebond cette semaine confirmant une demande qui reste présente. Enfin, le producteur d’aliments du bétail AB Agri a annoncé l’ouverture en Chine de nouvelles capacités de production de 240 000 tonnes annuelles. Le maïs devrait très probablement bénéficier de ces nouveaux volumes.

Le soja s’effondre

Les prix du soja à Chicago sur le rapproché ont subi une douche froide : ils ont essuyé un recul de 70,5 $/t, après avoir été soutenus pendant trois semaines par les craintes de pertes de rendement sur les sojas de la nouvelle récolte, soumis à un temps chaud et sec dans une grande partie du Midwest. Avec l’arrivée de prévisions météorologiques rassurantes (des précipitations supérieures à la normale devraient arroser la Soy-belt sur les deux prochaines semaines), la prime de risque s’est effacée et a fait chuter les cours. Ils ont également diminué sur la nouvelle récolte (–15 $/t en une semaine pour l’échéance de novembre 2022).

 

Il est toutefois intéressant de noter que la chute des cours du soja sur le rapproché a atteint une ampleur bien plus marquée que celle des prix nouvelle campagne. En effet, sur le mois de juin, les statistiques de trituration du soja se sont avérées nettement inférieures aux attentes et à celles constatées en mai dans plusieurs pays du monde. Cela concerne notamment l’Argentine, les États-Unis, mais aussi l’Union européenne.

 

De plus, sur la période de juillet à septembre, le soja a nettement perdu en intérêt pour les triturateurs capables d’utiliser différentes graines oléagineuses dans leurs lignes de trituration. Les marges de trituration du soja sont en effet bien inférieures à celles permises par le colza et le tournesol, ce qui entraîne un faible intérêt de la part des acheteurs pour les mois à venir. De plus, la demande chinoise reste faible, pénalisée par des marges de trituration négatives dans de nombreuses usines.

 

Ainsi, l’origine États-Unis est plutôt boudée sur la fin de cette campagne. Sur la semaine du 8 au 14 juillet, le système de déclaration des ventes et exportations hebdomadaires du département de l’Agriculture américain n’a ainsi rapporté que 200 000 tonnes de soja vendu sur le marché mondial, un niveau très faible.

 

Par ailleurs, sur tout le mois de juillet, un seul achat de soja américain par la Chine a été rapporté par le système déclaratif journalier de l’USDA (qui publie obligatoirement les achats d’au moins 100 000 tonnes vers une destination sur une journée, ou 200 000 tonnes sur une semaine), contre cinq achats en juin.

Chute du tourteau

Le prix du tourteau de soja a suivi la chute de celui du soja sur la semaine. Il décline ainsi de 69 $/t sur le rapproché à Chicago. En France, à Montoir, il a diminué de 12 €/t sur la semaine. Une bonne demande des fabricants (en raison de l’intérêt du tourteau face aux céréales) a limité la chute des prix sur le marché local.

 

Sur la semaine, le prix du pois fourrager départ Marne a reculé de 8 €/t à 370 €/t, dans un contexte de baisse des prix de ses concurrents principaux, le blé et le tourteau de soja.

Les cours du colza en nette baisse

Cette semaine, les prix du colza en France ont diminué de 46 €/t, poursuivant le mouvement de baisse amorcé il y a plusieurs semaines. Les cours ont ainsi régressé à 614 €/t rendu Rouen et à 622 €/t en Fob Moselle sous la pression de divers éléments. Le marché du colza continue notamment d’être influencé à la baisse par la dégradation du contexte économique mondial qui affecte la demande en huiles, que ce soit dans les secteurs alimentaires ou industriels.

 

Les prix du colza ont également diminué cette semaine en raison de la reprise attendue des exportations depuis l’Ukraine. En effet, avec la réouverture partielle des ports ukrainiens envisagée, cela pourrait libérer sur le marché des volumes de colza : l’anticipation de cet accord a influencé les prix à la baisse depuis le début de semaine.

 

Par ailleurs, la moisson a démarré en Ukraine. Si elle n’est qu’à son début, le fait qu’elle ait bien lieu et que les rendements ne soient pas catastrophiques rassure les marchés. L’ampleur de l’impact de la guerre sur les utilisations d’intrants était en effet très incertaine jusqu’ici.

 

Enfin, les cours du colza en France ont aussi régressé en raison des bonnes récoltes en France et en Allemagne, et de l’amélioration des perspectives de récolte pour le canola au Canada. En effet, malgré des semis retardés par les pluies, les indices de végétation observés par satellite à la mi-juillet laissent pour le moment présager de bons rendements. Cette semaine, les prix du canola canadien ont par ailleurs diminué de près de 30 $/t sur les échéances de novembre 2022, janvier et mars 2023.

Le tournesol repart à la hausse avec la météo

À l’inverse des autres oléagineux, les prix français du tournesol se sont renchéris depuis la semaine dernière, soutenus notamment par les craintes liées aux effets de l’épisode caniculaire enregistré la semaine passée sur l’état des cultures. Il a touché notamment la France, la Hongrie et l’Europe de l’Est. La floraison et le remplissage des graines de tournesol se déroulent en effet dans des conditions défavorables en raison du temps sec et chaud.

 

Les prix du tournesol sont également soutenus par les bonnes marges de trituration qui continuent de booster la demande industrielle. En effet, les marges potentielles s’affichent toujours à des niveaux historiquement élevés sur octobre-mars. Elles sont également supérieures à celles de colza et de soja. La trituration de tournesol est ainsi attendue à un plus haut niveau historique en France et en Europe sur la campagne de commercialisation de 2022-2023.

 

Ainsi, cette semaine sur le marché hexagonal, le cours du tournesol standard a gagné 35 €/t, à 650 €/t, alors que celui de la graine oléique a augmenté de 15 €/t, à 730 €/t.

 

En Ukraine, les stocks pléthoriques accumulés dans le pays ainsi que les inquiétudes quant à l’avenir de la nouvelle récolte continuent de peser sur les cours du tournesol. Le prix de la graine rendu aux frontières de l’Ouest a de nouveau reculé de 20 $/t en une semaine, à 505 $/t le 22 juillet.

À suivre : mise en œuvre de l’accord sur les exportations ukrainiennes, exportations russes, poursuite des récoltes des céréales à paille et du colza sur l’hémisphère Nord, conditions de croissance des maïs (États-Unis et Union européenne), des tournesols (Union européenne, mer Noire) et des sojas (États-Unis, Inde, Chine), contexte économique et sanitaire mondial, mandat d’incorporation du biodiesel en Indonésie.