« Le label bas carbone est une très belle initiative, avec un cadre méthodologique robuste. Mais il est parfois considéré comme injuste, car ce sont généralement les agriculteurs qui n’ont pas encore mis en place de pratiques agroécologiques qui ont le potentiel de génération de revenus le plus fort.

Initier les pratiques

À cet égard, il est important de considérer que la finalité première des crédits carbone, qui viennent d’un univers qui n’a pas été spécifiquement conçu pour l’agriculture, est de financer la transition bas carbone. Ils doivent, quel que soit le secteur par lequel ils sont produits, respecter un critère d’additionnalité. Cela signifie qu’il faut que l’on puisse relier directement le financement à l’économie carbone en question, que celle-ci n’ait pu avoir lieu que grâce à ce financement.

 

Ainsi, les crédits carbone ont vocation à initier la mise en place de nouvelles pratiques vertueuses, et non pas à rémunérer le maintien de celles qui sont déjà mises en place.

Dans sa construction, le label bas carbone laisse la possibilité de se référer non pas à un état initial de l’exploitation, mais à une référence régionale. Ce compromis fait débat, car cela peut être perçu comme une rémunération. Il est néanmoins possible de l’expliquer d’un point de vue conceptuel, en considérant que le choix des pratiques est fait annuellement, et que les crédits carbone justifient le renouvellement des pratiques agroécologiques. Mais là n’est pas leur vocation première.

Un instrument parmi d’autres

Ils ne sont pas une fin en soi, ni économiquement, ni écologiquement. Le concept est très puissant, mais est insuffisant pour porter seul la transition bas carbone de l’agriculture. Bien qu’il soit pour l’heure l’unique outil de finance disponible et possible à déployer à large échelle pour le secteur, il doit être complété par d’autres relais de valeur. La valorisation de la performance environnementale doit trouver sa place dans un écosystème économique, qui est à construire collectivement.

 

Il existe cinq catégories différentes de financement à combiner, dont les trois premières sont externes. Tout d’abord, le financement de la transition par les crédits carbone, dont nous avons parlé. Ensuite, le financement du maintien, qui se fera par les filières. Chaque acteur de l’agroalimentaire devra identifier la formule la plus adaptée et la plus attractive, qui lui permettra de fidéliser les agriculteurs vertueux dans ses chaînes d’approvisionnement. En effet, la performance carbone nette d’une exploitation agricole est un vrai facteur de différenciation, d’autant plus qu’elles alimentent directement le bilan carbone des industriels.

 

Les filières auront ainsi un rôle très important à jouer. Chez Rize, nous travaillons actuellement sur le sujet. Troisième catégorie : les financements publics, dont ceux issus de la politique agricole commune, la Pac. Enfin, les deux dernières sont internes au projet. Il s’agit, d’un côté, de la capacité de l’agriculteur, à travers ses pratiques, d’améliorer ses rendements et de baisser ses charges. De l’autre, ces pratiques entraîneront une appréciation de la valeur patrimoniale : un sol en meilleure santé a intrinsèquement plus de valeur. »