Après un repli à la fin de 2025, « le maïs, le soja et le blé reprennent pied », avec des prix en légère hausse au début de l'année 2026, relève Dewey Strickler, analyste chez Ag Watch Market Advisors. De la Bourse de Chicago à Euronext, les prix étaient soutenus cette semaine par « un certain appétit aux achats des fonds » de placement et du fait de « la grande fermeté des prix du maïs comparativement au blé », note de son côté Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France. « L’année 2025 a été faste pour les cultures mais difficile pour les agriculteurs, avec des prix bas pour les céréales » ne couvrant pas leurs coûts de production en Europe de l’Ouest, relève pour sa part Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage.

Dans sa dernière note sur les matières premières, la banque UBS indique qu’en 2025, « les prix des céréales sont restés stables, bien que le maïs et le blé se négocient à des niveaux proches de leurs plus bas niveaux depuis quarante ans en termes réels ». « Les céréales devraient entrer dans une phase de légère contraction en 2026-2027, sous l’effet d’un ralentissement de la croissance des surfaces cultivées aux États-Unis et au Brésil et d’une demande soutenue », pronostique cette note.

Pour plusieurs analystes, l’orientation des prix sur le marché des grains en 2026 sera notamment liée à l’évolution de la situation en Ukraine, à l’appétit de la Chine et aussi au prix des engrais.

L’Ukraine au ralenti

Plus que pour le blé, qui bénéficie de stocks conséquents chez les grands exportateurs, la situation du maïs, pour lequel la demande mondiale est forte et les réserves en baisse, est à surveiller. Pour l’heure, « les exportations américaines de maïs continuent à plein régime, notamment parce que les États-Unis sont les seuls à avoir encore de gros volumes et parce que l’Ukraine, premier fournisseur de l’Union européenne à cette période, connaît un gros frein de ses exportations », explique Sébastien Poncelet. Les autres gros producteurs de grains jaunes que sont l’Argentine et surtout le Brésil ne débuteront leur prochaine campagne d’exportatiion qu’en mars pour le premier et juillet pour le second.

Une des grandes questions concerne la situation de l’Ukraine, un des quatre premiers exportateurs mondiaux de maïs, après quatre ans de guerre. « La chaîne logistique tourne au ralenti pour toute l’activité », notamment à cause d’un manque d’électricité, relève Sébastien Poncelet. L’analyste souligne la fragilité d’un secteur ciblé sans relâche, rappelant la dernière frappe russe : « une attaque de drones lundi sur une usine de trituration du tournesol détenue par l’américain Bunge à Dnipropetrovsk (centre-est) ».

Une déconnexion jamais vue sur les prix

Ces difficultés expliquent la convergence des prix du blé et du maïs sur le marché européen. Cette convergence tend à pousser les importateurs à acheter du blé meunier pour en faire du fourrage pour le bétail. Pour plusieurs analystes, l’autre grande question de 2026 sera l’attitude de la Chine. En 2025, la quasi-absence du géant asiatique sur le marché du blé a largement contribué à plomber les cours mondiaux de la céréale. Un réveil du géant pourrait donc relancer les prix à la hausse.

Concernant le soja américain, objet d’un bras de fer diplomatico-commercial entre Pékin et Washington, les achats chinois, estimés désormais à 10 millions de tonnes pour la campagne de 2025-2026, « sont plutôt encourageants » pour les cours, selon Dewey Strickler. Néanmoins, ils restent en-deçà des attentes américaines.

Enfin, le prix des fertilisants est à surveiller : « On n’a jamais vu une telle déconnexion à l’échelle mondiale entre le prix des engrais » et des céréales, souligne Sébastien Poncelet. Selon lui, la référence des engrais au niveau mondial qu’est l’urée Fob (hors frais de transport) d’Égypte a vu son prix augmenter de « 10 % en un an, de 32 % en deux ans ». Aujourd’hui, elle est « 85 % plus cher qu’il y a 5 ans », alors que « les blés français et russe sont retombés aux prix du 1er janvier 2020 ».