En créant un atelier ovin, lors de son installation en 2022 sur l’exploitation située à Nibelle, dans le Loiret, Yoann Despres était déterminé sur la conduite de ses deux lots de brebis. L’un serait destiné à la production d’agneaux de bergerie pour l’Aïd et l’autre à celle d’agneaux d’herbe pour limiter les coûts alimentaires.

« J’ai acheté des agnelles romneys, une race herbagère rustique adaptée à cette conduite », indique-t-il. Les résultats de la première année n’ont pas été bons car la pluviométrie a favorisé le développement des parasites. « J’ai eu du mal à maîtriser l’infestation des brebis et cela a nui à leur production laitière, avoue-t-il. J’ai dû rentrer tôt mes animaux en bergerie plus tôt que prévu. »

Problème de fertilité

La deuxième année, c’est la lutte d’automne qui s’est mal passée. La fertilité était faible, autour de 50 %, en lien vraisemblablement avec le passage de la FCO dans le troupeau. Yoann soupçonne aussi la qualité de la parcelle de trèfle qu’il avait réservée pour le flushing.

« Il arrive que les maladies fongiques ou parasitaires de la luzerne et, dans une moindre mesure, du trèfle violet entraînent une production d’œstrogène de la plante (coumestrol) et cela agit comme un contraceptif en limitant la fertilité, indique Laurence Sagot, de l’Institut de l’élevage-Ciirpo. Le phénomène est toutefois assez rare, mais il est plus fréquent à l’automne. »

100 kg de concentrés en moins

Finalement, sur les 90 brebis mises en lutte en octobre 2024, 41 seulement ont agnelé en mars 2025 sur la pâture. « J’ai obtenu 53 agneaux, déclare Yoann. La prolificité s’établit à 1,29 et la mortalité à 13 %. Le lot de brebis a tourné sur une prairie en changeant de paddock tous les trois jours. À partir de la mi-juin, la production d’herbe s’est épuisée à cause de la sécheresse. »

Les agneaux ont reçu deux traitements contre les strongles et le ténia, l’un en mai et l’autre au moment du sevrage (10 juin) pour ceux qui n’étaient pas prêts à partir à l’abattoir. À cette date, sur les 53 agneaux une dizaine avait atteint le poids d’abattage (19 kg de carcasse). Les autres ont poursuivi leur croissance en bergerie avec de l’aliment fermier.

Une transition avait démarré quinze jours auparavant au pré avec cet aliment composé de céréales produites sur l’exploitation et de tourteau de colza acheté. Au final, l’agneau de bergerie a consommé 120 kg de concentrés environ en moyenne jusqu’à sa vente, tandis que l’agneau d’herbe en a mangé seulement 28 kg.

L'herbe de cet automne devrait constituer un excellent flushing, ce qui devrait améliorer la fertilité des années passées. (©  Marie-France Malterre/GFA)

L’objectif a donc été partiellement atteint en 2025, mais l’économie est tout de même importante. Une étude réalisée par le Ciirpo montre des coûts fortement réduits, c’est-à-dire divisés par deux, voire plus de trois, lorsque la part d’herbe dans l’alimentation augmente (lire ci-dessus).

Pour la prochaine saison, Yoann s’organise pour obtenir plus d’agneaux en améliorant la fertilité. « Lors de la lutte qui commencera au 10 octobre, mes béliers seront dans un meilleur état que l’année dernière, explique-t-il. Ils ont terminé la saillie des 100 brebis prévues pour produire des agneaux de bergerie au 15 septembre. Ils auront donc un mois pour “reprendre des forces” L’année dernière, ils n’avaient pas eu de répit entre les deux lots et cette sursollicitation a pu limiter la fertilité. »

De meilleures conditions sont réunies cet automne », assure Yoann. Les brebis bénéficient du regain automnal des prairies, ce qui leur permet d’être en phase de reprise de poids. Le précédent lot (de bergerie) n’a pas entamé la repousse des prairies, mais il a valorisé les repousses de colzas (avant le semis du blé).

Outre l’atout de l’économie de concentrés, l’agnelage au pré est aussi moins gourmand en travail. « J’interviens moins qu’en bergerie et la mortalité est plus faible qu’à l’intérieur, observe-t-il. Je souhaite donc préserver cette conduite du moins tant que je n’ai pas de problèmes de prédation par les renards. Je ne regrette pas d’avoir limité la taille de ce lot à une centaine de têtes, car cette conduite exigeante demande des adaptations fréquentes », souligne-t-il.

S’adapter demande du temps, alors que les trois associés de l’exploitation sont très occupés par le suivi des 450 ha de cultures et le troupeau de blondes d’Aquitaine pour lesquelles ils terminent la construction d'un bâtiment. La performance sur les agneaux viendra au fil du temps.