Pour les brebis et les agneaux, le méteil grain n’est pas aussi intéressant qu’un aliment fermier composé de triticale mélangé à un complémentaire azoté. Tels sont les enseignements d’une étude conduite par le Ciirpo, dans le cadre du projet Circul’R, sur le site d’innovation et de recherche du Mourier, en Haute-Vienne. Pendant deux ans, la ferme expérimentale a comparé deux rations distribuées à des brebis F1 (île-de-France × romanov) portant des jumeaux en fin de gestation et en lactation.
Une composition stable
Comme la totalité des surfaces du site est en prairie, le méteil a été reconstitué à partir des matières premières. C’est la raison pour laquelle sa composition était stable au cours des deux années avec 50 % de triticale, 30 % de pois, 10 % d’avoine et 10 % de féverole.
Sa valeur alimentaire s’affichait à 1,04 UF et 90 g de PDI/kg brut. L’aliment fermier comprenait, quant à lui, du triticale et un complémentaire azoté du commerce. Sa valeur alimentaire était à 0,93 UFL et 100 g de PDI par kg brut.
« Avec une ration à base de foin de graminées de qualité médiocre à moyenne associé, les quantités de méteil grain distribuées sont supérieures de 40 % à celles de l’aliment fermier en fin de gestation, observait Laurence Sagot, du Ciirpo. En phase d’allaitement des brebis, la quantité de méteil grain apportée a été majorée de 27 %. » Le niveau plus faible en PDI du méteil semble être responsable de cet écart.
« Si la proportion de protéagineux (pois ou féverole) dans le méteil était inférieure à 40 %, les résultats technico-économiques seraient encore moins favorables au méteil », prévient l’experte.
Finition plus longue
Les agneaux en cours d’allaitement ont également moins bien consommé les méteils. Sevrés à l’âge de 70 jours, ils en ont mangé 16 kg brut chacun alors que les agneaux du lot disposant du mélange céréales avec complémentaire du commerce en ont consommé chacun 22 kg. L’écart s’inverse toutefois au cours de la période de finition.
Les agneaux ont consommé 74 kg de méteil grain, alors que les autres ont mangé près de 20 kg de moins (55 kg) de concentré avec un complément azoté du commerce. La durée de finition du lot méteil était toutefois majorée de neuf jours lors de la première année de l’essai (2023) et de dix-neuf jours lors de la deuxième (2024). Au sevrage, le lot méteil était en retard par rapport à l’autre, puisque les agneaux pesaient 3 kg de moins.
Un intérêt en zone céréalière à partir d’un rendement de 55 q/ha en agriculture conventionnelle
En « modélisant » le coût des deux rations suivant les coûts de production de 2025, et selon que l’exploitation se trouve en zone herbagère avec une surface en céréales limitée ou dans une zone céréalière avec une surface en culture non limitante, les experts de l’Institut de l’élevage ont calculé que le méteil n’est intéressant qu’en zone céréalière à partir d’un rendement du méteil à 55 q/ha en agriculture conventionnelle.
Dans tous les autres cas, l’aliment fermier l’emporte. L’atout du méteil, mélange qui ne demande pas de préparation, peut être une caractéristique séduisante pour certaines exploitations.