L’escalade des tensions de ces derniers jours au Moyen-Orient inquiète les marchés et tout particulièrement le secteur de l’énergie. Le cours du pétrole est en hausse. Le marché français des matières agricoles constate également ce phénomène, aidé par la baisse importante de la parité euro/dollar. Le contexte fondamental du marché des grains reste néanmoins inchangé et toujours lourd en raison de la taille des stocks.

Le prix du blé au plus haut depuis plus de 6 mois

Le blé tendre a enregistré un net ajustement haussier, directement impacté par la forte baisse des cours de la parité euro/dollar liée à l’impact de la guerre entre l’Iran et la coalition israélo‑américaine. Dès l’ouverture du marché lundi, les prix, tant sur Euronext que sur les marchés physiques, se sont réajustés à la hausse. Les cours du blé en équivalent rendu Rouen sont ainsi revenus, en milieu de semaine, sur leur plus haut niveau depuis la fin août 2025, à 196 €/t base juillet.

Le marché à terme d’Euronext a lui aussi connu un mouvement similaire de hausse, tant pour les échéances de la récolte 2025 qu’en nouvelle récolte, avec un volume de transactions en forte progression. L’échéance Mai 2026 est repassée au‑dessus de 200 €/t, retrouvant les plus hauts niveaux traités depuis novembre dernier. La remontée des prix en zone portuaire tire également à la hausse les prix FOB au départ de la France, libellés en dollars, désormais au plus haut depuis août. Malgré la fermeté actuelle, plusieurs pays importateurs lancent des appels d’offres pour des achats de blé tendre, à l’image de la Tunisie. Les exportateurs français restent néanmoins vigilants face aux prix en mer Noire, qui progressent également mais demeurent malgré tout inférieurs aux origines françaises.

En nouvelle récolte, la dynamique est identique, avec des prix en hausse revenant sur leurs plus hauts niveaux depuis quatre mois et repassant au‑dessus de 208 €/t pour l’échéance Septembre 2026. Les conditions de culture se stabilisent, d’après les derniers chiffres communiqués par FranceAgriMer, où 84 % des surfaces sont dans un état jugé « bon à excellent », et rassurent grâce à la hausse des températures et à l’arrivée de conditions plus printanières.

Le prix du maïs en hausse

La dynamique de hausse des prix des céréales, dopée par la baisse de la parité euro/dollar, a soutenu les cours du maïs. Les prix ont ainsi progressé sur le marché physique, avec des niveaux en équivalent FOB Rhin au‑dessus de 195 €/t en base juillet. Ce niveau reste néanmoins, à ce jour, inférieur à celui observé en janvier dernier. Le mouvement haussier est plus marqué sur le marché à terme d’Euronext, où les prix de l’échéance Juin 2026 repassent au‑dessus de 200 €/t et retrouvent, pour cette échéance, leurs plus hauts niveaux depuis août 2025.

Les acheteurs demeurent toutefois prudents face aux écarts de prix observés entre le maïs et d’autres céréales susceptibles d’être jugées plus attractives, notamment par les fabricants d’aliments du bétail pour la période de printemps‑été. Les volumes d’importation en provenance d’Amérique du Sud, où les récoltes débutent en Argentine, sont toujours anticipés, tout comme le retour de volumes en provenance d’Ukraine si la situation logistique venait à s’améliorer dans les semaines à venir.

Par ailleurs, la fermeté actuelle des cours du pétrole pousse également à la hausse le prix de l’éthanol, en particulier sur le marché américain. Cette configuration soutient les prix du maïs qui, après un court épisode de baisse en début de semaine à Chicago, bondissent nettement. Les fonds se repositionnent à l’achat, permettant aux cours du maïs américain de retrouver leurs plus hauts niveaux depuis deux mois. Ce rebond efface l’impact de la publication des révisions de production du rapport du ministère américain de l’agriculture (USDA) de janvier 2026, dans lequel la récolte américaine de maïs pour 2025 avait été réévaluée à plus de 432 millions de tonnes, entraînant une révision haussière des stocks.

Les interrogations demeurent fortes concernant la nouvelle campagne et les intentions de semis, notamment aux États‑Unis, où plusieurs États de la Corn Belt affichent à ce jour des sols secs. Les derniers relevés du système national intégré d’informations sur la sécheresse (NIDIS) mettent notamment en avant des conditions sèches dans l’Illinois et l’Indiana, deux zones importantes de production de maïs.

Le colza en net rebond

La fermeté des prix des huiles de colza, elle-même aussi portée par la hausse des prix des énergies, apporte un réel vecteur de soutien au cours de la graine de colza qui revient sur ses plus hauts de campagne. Le prix de l’huile de colza, en équivalent FOB à Rotterdam, a progressé de l’ordre de + 20 €/t en une semaine pour des livraisons immédiates et de + 35 €/t pour des livraisons en mai prochain. Ainsi, sur Euronext, l’échéance Mai 2026 repasse au-dessus de 500 €/t et retrouve ainsi des niveaux similaires à juin dernier. Ce mouvement de hausse profite également aux échéances plus lointaines, avec une dynamique de hausse qui s’étire sur la nouvelle récolte. L’échéance Août 2026 se négocie désormais sur Euronext au-dessus de 480 €/t, proche de ses plus hauts niveaux depuis plus de 8 mois.

La hausse des prix en Europe se fait aussi de concert avec la hausse des prix du canola au Canada. Les cours à Winnipeg reviennent désormais se négocier sur des niveaux similaires à juillet dernier, retrouvant ainsi les prix d’avant la crise commerciale entre les autorités chinoises et canadiennes sur les droits de douane appliqués aux importations de graine de canola. La fermeté des prix amène d’ailleurs les producteurs canadiens à favoriser cette culture. Les intentions de semis canadiennes, communiquées cette semaine par Stats Can pour ce printemps 2026, mettent en avant une hausse des surfaces de l’ordre de + 1 % par rapport à l’an dernier. Les surfaces pourraient ainsi dépasser 21,8 millions d’hectares, ce niveau élevé reste néanmoins inférieur à l’assolement record de 2024 qui avait dépassé 22 millions d’hectares.

Le tourteau de soja se stabilise

Les prix des tourteaux en délivré Montoir, qui avaient marqué un net rebond fin février 2026, montrent désormais une progression hebdomadaire plus limitée. Les prix pour des livraisons spot se négocient actuellement à 380 €/t et s’affichent toutefois sur leurs plus hauts niveaux depuis janvier 2025. Pour les livraisons plus lointaines, à savoir le 3 de Mai 2026, les négociations s’effectuent autour de 350 €/t. Les prix actuels restent élevés par rapport au début du mois de février ; néanmoins, la dynamique haussière observée ces derniers jours apparaît plus modérée que celle de la semaine précédente. La forte dépréciation de l’euro face au dollar, désormais autour de 1,1600 contre 1,1800 la semaine passée, a entraîné des réajustements haussiers sur les zones d’importation.

En revanche, les prix sur le marché américain ne montrent pas la même dynamique. En effet, les cours enregistrent un repli à Chicago, cédant près de – 10 $/short ton sur le contrat Mars 2026. La hausse des prix de la graine de soja est absorbée par celle de l’huile de soja, qui enregistre de nouveaux plus hauts. L’huile de soja à Chicago retrouve ses niveaux les plus élevés depuis septembre 2023, toujours portée par la décision encore en attente de validation d’une révision du mandat d’incorporation dans le biodiesel américain.

Les cours des tourteaux se replient après le fort rebond de fin février et reviennent s’appuyer sur une zone de support technique, autour de 310 $/short ton sur le contrat Mai 2026 à Chicago. Les importateurs restent également attentifs à l’évolution de l’activité export au départ de l’Amérique du Sud, où les chargements devraient s’accélérer. Sur le plan du fret, après un mouvement de raffermissement en début de semaine en réponse à la situation au Moyen‑Orient, les cours sont revenus sur des niveaux similaires à ceux de la semaine passée pour l’indice Baltic Dry Index, utilisé comme référence pour le transport maritime des marchandises agricoles.

(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.

(2) À suivre : évolution de la situation militaire au Moyen-Orient et notamment la reprise ou non des flux maritimes dans le détroit d’Ormuz, fermeté du prix du pétrole et ses répercussions sur les autres produits (engrais, éthanol…), publication mensuelle des estimations des bilans de l’USDA, évaluation de l’état des cultures d’hiver, évolution de la parité euro/dollar après le dernier ajustement à la baisse.