Sur les 83 hectares dont il dispose, Germain Naud consacre l’essentiel aux fourrages, destinés à son troupeau de 50 charolaises. L’herbe y a la part belle, avec 29 ha de prairie permanente et 34 ha de temporaire. « Mais c’est du temporaire de longue durée », précise l’éleveur. Il laisse en effet ces prairies en place jusqu’à sept ans, « pour diluer les charges », et les renouvelle quand leur production diminue ou que le trèfle vient à manquer.

Cette prévalence de l’herbe est liée à la conversion en bio qu’il a faite dès son installation en 2016. « Parce que c’est simple à gérer et c’est ce que préfèrent les vaches. J’y passe aussi moins de temps en intervention. » L’herbe lui a aussi permis de réduire ses investissements en matériel et de se garder du temps. « Avec l’herbe, on a la santé animale, la santé des sols et la santé du paysan. » Les prairies temporaires mélangent plusieurs espèces : fétuque, ray-grass anglais, fléole, trèfle blanc, luzerne et lotier.

Selon la portance des sols

En réalité, le système n’est pas aussi simple qu’il y paraît, notamment parce qu’il demande une véritable attention au stade de l’herbe et une gestion fine du pâturage. Sur les 73 ha qui entourent l’exploitation, l’éleveur a aménagé des couloirs de 40 m de large qui s’étendent sur toute la longueur de la parcelle. Les plus longs peuvent être coupés pour s’ajuster aux lots d’animaux. Un réseau en partie enterré permet de remplir des abreuvoirs mobiles de 70 l avec des prises push/pull.

Le déprimage se fait sur mars-avril, avec toutes les vaches sorties autour du 10-15 mars. « Ce sont des sols argileux, il faut éviter de les matraquer et attendre que la portance soit suffisante. » En avril-mai, les animaux entrent dans un couloir quand l’herbe y atteint 20 à 30 cm, et elles le quittent avant d’avoir attaqué la gaine qui abrite l’épi, ce qui permet à l’herbe de repartir. Germain Naud est particulièrement attentif au temps qu’y passent les vaches. « Elles y restent au maximum deux ou trois jours pour faciliter la repousse derrière. »

Herbes hautes et ressemis simplifié

Si la pousse est forte, il réalise de l’enrubannage ou de l’ensilage, selon les volumes disponibles. « L’idéal, c’est que les animaux passent partout. Mais ce n’est pas toujours le cas, par exemple s’ils sont sortis trop tard ou si la pousse a été trop rapide… Je prélève l’herbe surabondante pour permettre une belle pousse ensuite. »

Les vaches taries reviennent en juillet-août sur certaines parcelles que l’éleveur a choisi de ne pas faucher en juin au moment des foins, dans un souci de réduire encore les charges de mécanisation. « Ça évite de faucher pour distribuer les foins un mois après. » Jusqu’aux premières pluies, Germain Naud passe ainsi au pâturage régénératif. Il fait alors entrer les vaches sur des parcelles plus petites où l’herbe atteint 80 cm de hauteur et où les animaux ne passent qu’une journée. « C’est de l’herbe perdue pour les bêtes », reconnaît-il, « mais cette herbe haute sert à protéger le sol en été. Elle maintient l’humidité et entretient la faune du sol. »

L’autre avantage de ces herbes hautes est que leurs graines tombent sur le sol. Le piétinement des vaches les y enfonce. « Dès les premières pluies d’automne, les prairies repartent. C’est du ressemis de prairie à un coût dérisoire. » Enfin, cette pratique contribue à fertiliser les sols, grâce à la forte densité des bouses et à l’azote produit par l’herbe non consommée.

Les vaches reviennent entre septembre et novembre sur les parcelles, après que l’herbe est repartie. Les retours à l’étable s’échelonnent ensuite. Les dernières sont les génisses qui quittent l’herbe à la mi-décembre. « Il m’est arrivé de les rentrer juste avant Noël et de les ressortir dès janvier », souligne l’éleveur.