« Un des moyens d’optimiser l’itinéraire technique des broutards jeunes issus de vêlages d’automne est le pâturage tournant », assure Adrien Demarbaix. Le responsable de Ferm’Inov (Jalogny, Saône-et-Loire), intervenait lors des biennales de FarmXP à Rennes, le 3 février 2026.

Comparer des lots avec et sans concentrés

En 2021 et 2022, deux lots de broutards ont été comparés. La complémentation a commencé à la mi-novembre, à hauteur de 1 kg de concentrés par 100 kg de poids vif. Ensuite, lors de la phase de pâturage, un seul lot a bénéficié de concentrés. En 2023 et 2024, la comparaison a eu lieu pendant tout l’itinéraire technique : un lot complémenté, et un sans complémentation de la naissance à la vente, à la fin de juin.

« Sur les périodes de pâturage, la consommation de concentrés est dépendante des conditions climatiques et de la pousse de l’herbe, conclut Jérémy Douhay, ingénieur agronome à l’Institut de l’élevage. Les années où les conditions de pousse de l’herbe sont bonnes, on ne voit pas de différence de gain moyen quotidien [GMQ] entre les deux lots. »

En revanche, la différence est très marquée si les conditions climatiques ne sont pas idéales, comme en 2024. La mise à l’herbe s’est faite tardivement en raison d’un printemps humide entraînant une herbe de mauvaise qualité. Résultat, les GMQ étaient de 1 124 g par jour pour le lot non complémenté, contre 1 359 g par jour pour le lot complémenté sur la période « naissance-vente ».

« En 2023, on observe que les animaux non complémentés en bâtiment sont capables de faire de la croissance compensatrice, note Jérémy Douhay. Ils ont des GMQ élevés avec de bonnes conditions de pâturage. » Au printemps 2021, la pousse de l’herbe était quantitative et qualitative. La différence de croissance observée entre les deux lots était non significative : 1 573 g par jour pour le lot complémenté, contre 1 538 g par jour pour le deuxième sur la période « naissance-vente ».

L’intérêt économique dépend de la conjoncture

Finalement, avec une bonne pousse d’herbe, cet itinéraire technique de réduction des quantités de concentré est envisageable. En revanche, son intérêt économique repose fortement sur la conjoncture. « Avec un cours du broutard qui augmente, chaque kilo produit est mieux valorisé, donc la marge est de plus en plus importante, souligne Adrien Demarbaix. Ainsi, si l’année climatique est mauvaise, le lot non complémenté est d’autant plus impacté. »

Par exemple, pour les bonnes années climatiques, la marge économique était de +41 € par tête en 2021 pour le lot non complémenté au pâturage et +23 € par tête en 2023 pour le lot non complémenté depuis la naissance. À l’inverse, l’écart de marge était de –7 € en 2022. En 2024, cet écart s’élevait à –85 €, pour un prix de vente à 4,1 €/kg vif. « Les kilos non produits représentent un manque à gagner important avec une conjoncture haute du prix du broutard », insiste Jérémy Douhay.