En attendant le prochain cycle négociations de la Pac le 24 juin 2021, le Copa-Cogeca, syndicat des agriculteurs européens, multiplie les occasions de rencontres avec les colégislateurs pour défendre ses idées. Jusqu’ici, le Conseil des ministres semble partager le combat du syndicat pour des soutiens directs forts et des objectifs environnementaux « réalistes et atteignables ». Mais le Parlement, qui a fait de l’ambition agroécologique de la Pac son cheval de bataille, sera plus difficile à convaincre.

« Ne pas aller plus vite que la musique »

Il ne faudrait pas croire que les agriculteurs européens sont « contre » la transition agroécologique. D’ailleurs, ils l’ont déjà commencée avec la conditionnalité, le verdissement et bientôt les écorégimes, a insisté Christiane Lambert, présidente du Copa-Cogeca lors d’une conférence de presse le 18 juin 2021.

Mais encore faut-il que les objectifs soient « réalistes et réalisables. Notre parole doit être écoutée ! Les ONG parlent beaucoup, mais ce sont les agriculteurs qui feront », a martelé la présidente du Copa-Cogeca, qui ne veut pas entendre parler de greenwashing. « Nous avons besoin de stabilité, de visibilité et de soutien économique pour faire ces transitions. »

Alors, à l’adresse des partisans d’un virage vert de l’agriculture, en particulier de l’eurodéputé Frans Timmermans qui veut intégrer les objectifs du pacte vert dans la Pac, Christiane Lambert met le holà et ne mâche pas ses mots : « Chaque chose en son temps. Il ne faut pas aller plus vite que musique ! La bataille rangée de Frans Timmermans n’est pas sérieuse et insultante pour les agriculteurs. »

Surtout, le syndicat demande une cohérence entre les exigences européennes d’un côté et les accords commerciaux qui laissent entrer des produits aux standards inférieurs à ceux exigés par la réglementation européenne : « La concurrence inégale et les règles inéquitables nous posent un problème : nous demandons aux décideurs d’être cohérents. »

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Les points de blocage sur la BCAE 8

Le syndicat mène un autre combat : l’assouplissement des critères de la BCAE 8, laquelle pourrait exiger une rotation des cultures à la parcelle, pour éviter les cultures de maïs, de blé ou d’orge plusieurs années de suite sur la même parcelle.

« Ce n’est ni explicable, ni réalisable sur le terrain », tranche Christiane Lambert, qui estime qu’aucun agronome n’en a démontré l’impact positif et que ce serait préjudiciable aux grandes cultures et à l’élevage notamment en zone de montagne. Sur ce point, le syndicat dit compter sur le soutien du Conseil.

Conditionnalité sociale

Quant à la conditionnalité sociale, si le Copa-Cogeca soutient le respect du droit du travail dans les États membres, il s’oppose à sa transcription dans la Pac, arguant le risque de double sanction en cas de non-respect et une lourdeur administrative.

Sophie Bergot