« Le message est très clair. Nous ne décalerons pas la date de fin des négociations commerciales alors que certains auraient pu le souhaiter », a annoncé Julien Denormandie à la sortie du dernier comité de suivi qui s’est tenu le 27 janvier 2022. Les discussions se tendent dans les box des négociations. « On est dans la phase finale. Plus on se rapproche de la fin, plus les tensions montent », a ajouté le ministre de l’Agriculture lors d’un échange avec la presse le même jour.

Alors que la date butoir des négociations est fixée par la loi au 1er mars, « le nombre de contrats signés est plus faible qu’à l’ordinaire », a assuré de son côté Jean-Baptiste Lemoyne, ministre délégué chargé des Petites et Moyennes Entreprises.

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Plus de 250 enquêtes lancées depuis le 1er janvier

Au cours de cette réunion qui rassemblait les représentants des distributeurs, industriels et de la profession agricole, Julien Denormandie a affirmé avoir eu « des propos très durs envers ceux qui ne respectent pas la loi ». Il a expliqué que s’« il y a un engagement des industriels et de la grande distribution sur les prix de la matière première agricole », « des discussions restent sur les prix non couverts par la loi Egalim 2 comme les charges, l’énergie, les intrants et autres dans les coûts liés à la transformation ».

Restant dans la même ligne de « fermeté » qu’au dernier comité de suivi du 16 décembre 2021, le gouvernement avertit ceux qui ne respectent pas la loi qu’il y aura des contrôles et des sanctions. Le gouvernement a annoncé que plus de 250 enquêtes avaient été ouvertes par les services de Bercy depuis le 1er janvier 2022.

« On espère que la pression des enquêtes va permettre un changement des comportements », a ajouté Jean-Baptise Lemoyne tout en précisant que les sanctions ne pourront être prises qu’après le 1er mars 2022.

« Surveillance organisée »

Une position qui ne devrait pas satisfaire la FNSEA et Jeunes Agriculteurs. Dans un communiqué publié après le comité de suivi, ils demandent à l’État « de passer des constats aux sanctions sans délai ».

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« Aussi, les transformateurs doivent prendre leurs responsabilités et ne pas envoyer de mauvais signaux sur les prix », ajoutent-ils. De nombreuses actions organisées par les deux syndicats dans toute la France ont eu lieu ces dernières semaines. Ils font savoir que les « magasins qui poursuivent la destruction de valeur en organisant des braderies de produits alimentaires ou ceux qui trompent le consommateur en matière d’affichage de l’origine font clairement l’objet de la surveillance organisée » par leur réseau.

La FNSEA et JA mettent l’accent sur certaines « pratiques déloyales » qui perdurent, comme « le démarrage des négociations sur la base du tarif de l’année passée plutôt que sur la base des demandes légitimes du fournisseur, les déductions d’office de pénalités logistiques sans proportionnalité de leur montant avec le tarif ou encore les éternelles menaces de déréférencement ». Ils invitent également le gouvernement à être vigilant sur les négociations concernant les marques de distributeur (MDD).

« On est loin du compte » pour les industriels

L’Ania (Association nationale des industries alimentaires), l’Ilec (regroupant 90 entreprises qui fabriquent et commercialisent des produits de grande consommation) et La Coopération Agricole « tirent, une fois de plus, la sonnette d’alarme. » Ils dénoncent « la guerre des prix » imposée par les distributeurs, le fait qu’ils ne prennent pas en considération la « flambée » du cours des matières premières (agricoles, emballages, énergies), et le contexte de crise sanitaire qui affecte « fortement le secteur agroalimentaire (production, logistique, transport) ».

Ils demandent que la totalité des coûts soient prix en compte « ceux qui ne sont pas agricoles pouvant représenter jusqu’à 60 % des coûts de production des entreprises », chiffrent-ils et la fin de l’application de « pénalités logistiques indécentes et délétères dans un contexte de crise ».

Les distributeurs en guerre contre les industriels

La fédération du commerce et de la distribution (FCD) dénonce de son côté « l’attitude irresponsable de nombreuses grandes entreprises industrielles » et « réaffirment leur volonté totale de respecter la loi Egalim 2 et son esprit ».

Les hausses demandées (de 7 à 8 % en moyenne) ne correspondent que pour un tiers à la hausse du prix des matières premières agricoles estiment les distributeurs. Ils ajoutent que certains industriels refusent de justifier leurs demandes de hausses sur la part non agricole et « refusent même toute discussion visant à modérer l’impact sur les prix à la consommation ».

Alexis Marcotte et Marie Salset