Les résultats de la loi Egalim adoptée en 2018 à la suite des Etats-généraux de l’alimentation ne sont pas encore à la hauteur des espoirs placées en elle. Alors que les négociations commerciales se sont terminées à la fin de février, le médiateur des relations commerciales agricoles a publié son bilan le 20 avril 2021.

Tous secteurs confondus, les prix des produits alimentaires vendus sous marque nationale (1) sont en baisse de 0,3 % (2), alors que les fournisseurs demandaient une hausse des tarifs de l’ordre de 3 %, selon le communiqué du médiateur

Une déflation presque générale

Les produits frais laitiers et les œufs sont les seuls à connaître une évolution positive de leurs d’achat en 2021. Voici les résultats en détail :

  • Épicerie salée : –0,3 % ;
  • Épicerie sucrée : –0,3 % ;
  • Produits frais non laitiers (charcuterie, sandwichs…) : –0,7 % ;
  • Produits frais laitiers (dont œufs) : +0,5 % ;
  • Surgelés : –0,7 % ;
  • Boissons alcoolisées : –0,7 % ;
  • Boissons non alcoolisées : –0,4 %.

« Le résultat plus défavorable du secteur du “frais non laitier” résulte principalement de la baisse des tarifs d’achat de la charcuterie du fait de la baisse des cours du porc — hors charcuterie, la déflation est moins élevée », commente l’observatoire.

« La qualité de la négociation s’améliore »

Le médiateur observe que la « qualité de la négociation s’améliore globalement, tant du côté des fournisseurs que du côté du distributeur ».

« On constate une amélioration de la justification des demandes d’évolutions tarifaires et de leur réception par les distributeurs pour les produits frais avec une relativement bonne prise en compte du contexte des matières premières agricoles ou alimentaires notamment, même s’il reste de fortes marges de progrès pour les boissons par exemple », ajoute-t-il.

Des demandes restent toujours insatisfaites

D’autres marges de progrès sont aussi notées sur la prise en compte des attentes tarifaires des fournisseurs en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Elles concernent notamment la réduction de l’impact environnemental des matières premières agricoles ou l’approvisionnement auprès de fournisseurs locaux.

Ces demandes restent insatisfaites même si « les distributeurs conviennent que les éléments apportés par leurs fournisseurs à l’appui de leurs revendications sont en net progrès », souligne le médiateur.

« Une immense déception » pour les entreprises alimentaires

Les entreprises alimentaires représentées par La Coopération Agricole, l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), la Feef (la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France) et l’Ilec (l’Institut de liaisons des entreprises de consommation) qui participent à l’élaboration de cet observatoire ne cachent pas leur déception. « Après huit ans de déflation, la destruction de valeur se poursuit […], malgré la flambée des prix de certaines matières premières agricoles et malgré l’appel à la responsabilité du gouvernement », constate les quatre organisations dans un communiqué du 21 avril.

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Elles ajoutent. « C’est une immense déception pour tous ceux qui travaillent au service de la souveraineté alimentaire. La guerre des prix en rayons est en train de casser une agriculture, une industrie, et toute une filière. »

Sept milliards d’euros « détruits »

Pour ces fédérations, « le taux de marge des industries agroalimentaires a atteint son plus bas niveau historique ». Elles estiment qu’il a baissé de 40 % depuis 2009 et la loi de modernisation de l’économie. Datant le début de « la guerre des prix » à 2013, elles comptabilisent plus de sept milliards d’euros détruits dans l’ensemble de la filière alimentaire.

Ces organisations appelent à « un prix juste des produits alimentaires » qui prenne en compte l’ensemble des coûts de production. Elles comptent fortement sur la proposition de la loi du député Besson-Moreau, qui devrait être discuté en juin à l’Assemblée nationale, pour voir le renforcement de « la protection du tarif des fournisseurs industriels ».

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Une proposition de loi qui satisfait presque tous les syndicats agricoles. Si la Confédération paysanne en souhaite plus, cette loi n’atteindra pas son objectif d’une meilleure rémunération pour les agriculteurs pour la Coordination rurale. Ce texte « n’aura pas plus d’effets positifs que la loi Egalim » selon un communiqué du syndicat du 20 avril.

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Alexis Marcotte

(1) Pour des raisons de confidentialité des données au regard des règles de concurrence, l’observatoire exclut un certain nombre de produits de ses résultats à forte composante agricole comme les marques de viandes (notamment volaille, viande bovine, viande porcine), à l’exception de la charcuterie. Ne sont pas non plus couverts par l’observatoire les produits faisant l’objet d’une négociation commerciale selon les dispositions de l’article L. 441-7 du code du commerce : les produits sous marque de distributeur (MDD) et les produits livrés en vrac (fruits et légumes frais, viandes fraîches non emballées par le fournisseur, poissons, une partie du rayon de la boulangerie-viennoiserie…).

(2) Valeur exprimée en « prix 3-nets ».