Alors que la France vit désormais depuis 7 jours à l’heure du confinement, plusieurs syndicats et organisations de la filière agroalimentaire se sont déclarés prêts à remplir leur mission pour continuer à produire et à nourrir les Français. « À l’heure où nous faisons face à une crise inédite par son ampleur et sa forme, les acteurs de la chaîne agroalimentaire jouent un rôle fondamental. Leur responsabilité est immense : en mettant tout en œuvre pour que nos concitoyens trouvent les produits alimentaires dont ils ont besoin dans leurs magasins, ils contribuent à maintenir debout l’ensemble de la Nation », a écrit Jean-Philippe Puig, le directeur général du groupe Avril dans une tribune.

« Maintenir le niveau de service le plus élevé possible »

Une responsabilité également partagée par plusieurs organisations représentant l’amont agricole (1) dans un communiqué publié le 20 mars 2020 : « L’unanimité s’est exprimée sur l’importance de poursuivre les activités économiques indispensables à la production agricole, comme premier maillon de la chaîne alimentaire humaine. Les travaux agricoles ne pourront pas être mis en chômage technique, ni reportés dans le temps. C’est pourquoi dans un esprit de solidarité et de recherche de maintien des activités vitales pour la Nation, chacun des secteurs a exprimé son engagement de tout entreprendre pour maintenir le niveau de service le plus élevé possible. »

Du côté des syndicats agricoles, on s’inquiète des décisions de certains maires de fermer les marchés de plein vent sur leur commune alors qu’aucune décision nationale n’a pour l’heure été prise en ce sens. Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume assurait de nouveau vendredi dernier que les marchés alimentaires resteraient ouverts.

Dans un communiqué du 23 mars 2020, la Confédération paysanne « demande aux maires qui ont fermé leurs marchés de revenir dès aujourd’hui sur leur décision, et si cela n’est pas possible pour des raisons de santé publique, de trouver des solutions alternatives pour et avec les paysans concernés, pour qu’ils puissent continuer à distribuer leurs productions ». Parmi ces solutions, le syndicat propose la mise en place « de points d’approvisionnements collectifs localisés en ville, des livraisons solidaires ou des points de retraits d’alimentation en fermes ».

Les marchés de plein vent resteront-ils ouverts ?

Le Modef aussi s’oppose à ces fermetures. « Sur le marché de Voltaire à Châteauroux, les producteurs ont pris des décisions d’espacer leur stand de 5 mètres, de mettre du gel hydroalcoolique à l’entrée du marché pour les consommateurs, des espaces éloignés entre les producteurs et les consommateurs », note le syndicat dans un communiqué.

Depuis la déclaration de Didier Guillaume vendredi, le Conseil d’État, saisi par le syndicat Jeunes Médecins le 19 mars, a enjoint dimanche le gouvernement d’évaluer, d’ici à mardi, « les risques pour la santé publique du maintien en fonctionnement des marchés ouverts, compte tenu de leur taille et de leur niveau de fréquentation ». Un durcissement des conditions d’ouverture des marchés de plein vent, voire leur annulation, pourrait être décidé.

« Engagez-vous pour l’agriculture ! »

Les syndicats agricoles s’inquiètent également d’un risque de pénurie de main-d’œuvre sur les fermes. « Un très gros problème se pose au niveau des travailleurs saisonniers venus de l’Europe centrale, de l’Afrique du Nord ou d’autres pays qui ne peuvent pas arriver à destination pour les raisons liées aux mesures de protection », soulève le Modef dans une lettre ouverte au gouvernement datée du 20 mars 2020.

Le syndicat demande une « dérogation exceptionnelle » pour que les agriculteurs puissent embaucher provisoirement des salariés actuellement au chômage technique dans d’autres entreprises. « Si des solutions de ce type ne sont pas mises en œuvre dans les deux ou trois jours à venir, c’est toute la production de printemps de fruits et légumes qui va être perdue en grande partie ou détruite, provoquant ainsi une grave pénurie de ces produits de consommation indispensable à l’alimentation des êtres humains et provoquera également la faillite de très nombreuses entreprises de la filière des fruits et légumes », alerte le Modef.

De son côté, les FDSEA et Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont appelé « les travailleurs » à venir participer aux travaux des fermes d’Alsace. « Engagez-vous pour l’agriculture, au service de tous les Français ! », ont-ils lancé dans un communiqué tout en demandant l’aide des personnes actuellement en chômage technique ainsi que celle des étudiants.

Mise en avant des fraises et des asperges

Dans ce contexte particulier, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a précisé sur compte Facebook dimanche qu’elle a demandé aux enseignes de la grande distribution « de basculer vers les produits frais pour soutenir les producteurs de fruits et légumes ». Elle affirme avoir eu une réponse positive de celles-ci. Une mise en avant de « l’agneau et chevreau de Pâques » est également sur la table.

Alexis Marcotte

(1) Adivalor, Allice, Axema, France Conseil Élevage, Cuma, Entrepreneurs des territoires, FNSEA, FNTR, Fédération des syndicats vétérinaires de France, IBMA, Sedima, Snia, SIMV, SNCIA, SNVEL, Union française des semences, UIPP et Unifa.