La table-ronde sur les impacts des ondes électromagnétiques sur les animaux d’élevage organisée le 18 février 2021 par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, OPECST, est « un événement dans la réflexion de nos députés et sénateurs », a assuré Gérard Longuet, premier vice-président de l’OPECST. Cette réunion s’est tenue dans le cadre d’une saisine de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale.

Une petite avancée pour les éleveurs victimes ? C’est du moins un sujet « rarement évoqué par les représentations nationales […] sur lequel il faut avancer », a reconnu Cédric Villani, président de l’OPECST. Serge Provost, président de l’Association nationale des animaux sous tension, Anast, a fait remarquer que l’association « attendait une telle réunion depuis 30 ans ».

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Des tensions accumulées depuis des décennies

Hausse de la mortalité, des avortements, des maladies et des comportements anormaux, baisse des performances… Les symptômes sur les troupeaux sont divers, souvent observés pendant de longues années, et toujours associés à des installations électriques extérieures aux exploitations — lignes à haute tension, éoliennes, antennes relais, lignes enterrées — estiment les éleveurs.

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Aujourd’hui, une centaine d’agriculteurs est confrontée à ces problèmes, selon l’Anast. L’association soutient les éleveurs en détresse et se bat pour faire reconnaître les nuisances des effets directs et indirects (courants parasites) des champs électromagnétiques sur le vivant, et leur indemnisation.

Pour certains, les pertes se chiffrent en centaines de milliers d’euros. Le désarroi est total, et la cessation d’activité devient parfois inéluctable. « Des milliers d’animaux sont morts ces dernières années sans véritable explication scientifique. […] On a été vraiment malmenés, par tout le monde, y compris par nos organisations professionnelles », a déploré Serge Provost.

Un manque de données scientifiques

Un rapport datant de 2015, réalisé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), a mis en lumière le manque d’études sur le sujet, le manque de standardisation des protocoles, le manque de références scientifiques, ou encore la grande diversité des résultats.

Les conclusions, tant sur les effets directs qu’indirects, ont ainsi été souvent impossibles à donner, a souligné Charlotte Dunoyer, chef de l’unité d’évaluation des risques liés à la santé et à l’alimentation et au bien-être des animaux de l’Anses.

Le rapport avait permis d’émettre des recommandations, portant sur la systématisation des études et sur le développement des recherches : rôle des courants parasites, études des relations doses/effets, effets sur le long terme, études sur le jeune animal, et potentialisation d’autres agents, notamment. Ces recommandations « ne semblent cependant pas avoir été beaucoup suivies », a admis Charlotte Dunoyer.

Un manque de moyens

« Lorsque nous sommes en présence de courants parasites, nous savons les mesurer et les traiter, mais ça ne permet pas forcément de résoudre tous les problèmes », a précisé Claude Allo, président du groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole, GPSE. Cet organisme, créé en 1999, engage des actions visant à promouvoir la sécurité, la qualité et la fiabilité des installations électriques dans les exploitations agricoles.

L’élevage a en effet des spécificités bien connues, avec souvent beaucoup d’installations métalliques comme sur les cornadis et dans les logettes, qui peuvent être source de conduction de courant, a complété Laurent Delobel, docteur vétérinaire.

Sur les cinq dernières années, le GPSE est intervenu dans une cinquantaine d’élevages. Les problèmes ont été résolus dans la majorité des cas, mais d’autres sont restés inexpliqués, a présenté Claude Allo. C’est le cas d’Alain Crouillebois, vice-président de l’Anast, qui s’est senti « littéralement abandonné » par le GPSE. « Nous aurions préféré aller beaucoup plus loin sur ce cas, a défendu Claude Allo. Nous n’avions pas les financements nécessaires. C’est une limite du GPSE ».

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Des recommandations pour avancer

« Il faut mettre en place des travaux de recherche […], ce qui nécessite un budget, et l’intervention de l’Institut national de recherche agronomique, Inrae, a estimé Claude Allo. Il faut aussi mettre les différents experts autour d’études de cas que nous ne comprenons pas, pour interpeller correctement la recherche ». Un travail d’observation et de recensement des cas est également nécessaire.

La tenue de cette audition, et les conclusions qui en seront tirées, devront permettre d’engager un réel suivi du dossier, et d’apporter des réponses aux éleveurs en détresse, a conclu Cédric Villani.

De son côté, l’Anast a fait savoir par la voix de son président qu’elle souhaitait « être partie prenante dans toute future commission » pour remonter les observations faites sur le terrain.

Raphaëlle Borget