« C’est ainsi que meurent chaque jour les animaux derrière les murs des abattoirs. » Ces paroles, articulées sur le fond musical d’un piano larmoyant, sont tirées de la toute dernière vidéo à charge contre les outils d’abattage, publiée le 3 novembre 2016. Faut-il préciser qu’il s’agit encore d’images tournées par l’association de protection des animaux L214, qui fait la promotion d’un mode de vie végétarien pour faire cesser la souffrance animale.

Cette vidéo fait de Limoges (Haute-Vienne) le septième abattoir pris pour cible par l’association, après Alès (Gard), Le Vigan (Gard), Mauléon (Pyrénées-Atlantiques), Mercantour (Alpes-Maritimes), Pézenas (Hérault), et Vigeant (Vienne).

Un nouvel angle d’attaque

Si les méthodes d’étourdissement sont encore montrées du doigt, l’association a resserré son angle vers un nouveau sujet : l’abattage des vaches pleines. « Épuisées, elles n’auront pas la chance de vivre assez longtemps, pour mettre leur petit au monde », raconte Vanessa Wagner, pianiste, qui prête son image à L214 pour commenter cette vidéo. Quelques minutes plus tôt, elle déclarait : « En tant que mère, les images des veaux, morts asphyxiés dans le ventre de leur mère tout juste tuée, m’ont brisé le cœur. »

Selon l’AFP, les images ont été tournées en mai et septembre par Mauricio Garcia-Pereira, employé de l’abattoir depuis sept ans. Tel un lanceur d’alerte, il témoigne : « On jette le veau dans une poubelle pleine de merde. Parfois, il bouge, comme s’il était vivant. On fait ça tous les jours, au moins cinquante fois par semaine. Comment on peut les tuer, nom de Dieu ? Des vaches pleines et des veaux qui sont en train de sortir. »

Écœuré par l’abattage de ces femelles gestantes et de leurs veaux, l’homme dit ne « plus y arriver », et va jusqu’à espérer perdre son travail. « J’ai décidé de porter ce témoignage publiquement, en mon nom, parce que je n’ai rien fait de mal, déclare-t-il à l’AFP. Ne rien dire, c’est ça qui est mal. »

Pétition en ligne

Sur son site internet, L214 invite à signer sa pétition, présentée sous forme d’un courrier à l’attention de Stéphane Le Foll, et titrée : « Interdisons l’abattage des vaches gestantes ! ». L’association estime que « 10 % des vaches abattues sont pleines et parfois prêtes à mettre bas », selon « les études disponibles » dont elle ne cite toutefois pas la source.

Elle se félicite de la démarche de ministres allemand, danois, néerlandais et suédois, qui auraient saisi l’Efsa pour obtenir un avis scientifique sur les risques de souffrance pour le fœtus suffisamment développé. Elle indique aussi que le gouvernement allemand vient de soumettre à la Commission européenne une proposition visant à interdire l’abattage des vaches gestantes au moins lors du dernier tiers de leur gestation. C’est ce qu’elle souhaite obtenir de la part de notre ministre.

Brigitte Gothière, porte-parole de l’association, a rappelé à l’AFP qu’il est interdit de transporter des vaches au-delà du huitième mois de gestation. Elle affirme que les veaux figurant sur la vidéo ont entre huit et neuf mois, au motif qu’ils ont des poils. Une plainte a été déposée par L214 auprès du tribunal de Limoges pour établir la responsabilité éventuelle de l’abattoir, du transporteur, de l’éleveur et des services vétérinaires.

Hélène ChaligneJournaliste au service de l’élevage