À l’occasion d’une conférence de presse organisée le 26 octobre 2021 à Paris, la Fédération du négoce agricole (FNA) et le Synacomex (syndicat national du commerce d’exportation des céréales) ont exprimé leurs inquiétudes sur les conséquences de la stratégie “De la ferme à la fourchette” de la Commission européenne, votée le 20 octobre dernier.

Cette stratégie oriente vers « une transition écologique trop rapide, aux conséquences non évaluées et non chiffrées », souligne Antoine Pissier, président de la FNA. Craignant « un choc » pour leur secteur économique, la Fédération a mené une étude conjointe réalisée avec le Cocéral.

Des prévisions alarmantes sur la production et le commerce

À la fin juin de 2021, le Cocéral, association européenne des négociants en grains, présentait les possibles effets sur la production de grandes cultures des propositions de la stratégie “De la ferme à la fourchette”. Tout en précisant les limites de cette évaluation « empirique » faite en interne, qui « n’est pas de nature académique ni basée sur une modélisation complexe », et ne peut donc pas être considérée comme une « étude d’impact ».

Ces précautions prises, le Cocéral n’en communique pas moins sur ses résultats. Ainsi l’organisation anticipe un effondrement de la production européenne à l’horizon de 2030 : −15 % en blé, −13 % en maïs, −16 % en orge, selon le scénario « d’impact moyen ». Soit, au global, 40 millions de tonnes de production en moins (−15 %). Avec comme effet que l’Union européenne devienne importateur net de céréales, et de forts risques sur les prix.

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Un problème de « timing »

« La macro-équation de la Commission européenne est la suivante, indique Philippe Mitko, président du Cocéral : la baisse de la production devrait être compensée, en tout cas partiellement, par une baisse de la consommation (régimes alimentaires et réduction du gaspillage) et par l’effet positif des nouvelles technologies. »

Encore faut-il pouvoir mesurer les changements de comportements alimentaires, pointe Philippe Mitko, qui soulève un problème de « timing » pour résoudre l’équation : « Nous ne sommes pas sur un horizon de 5-10 ans. Cela prendra une génération », alerte-t-il.

Déséquilibre des bilans mondiaux

« La stratégie “De la ferme à la fourchette” est tout à fait légitime, mais porte une vision très insulaire, qui ignore la place des céréales européennes dans le monde », déclare de son côté Jean-François Lépy, directeur général de Soufflet Négoce.

Dans un contexte de volatilité des prix, d’aléas climatiques et d’une demande chinoise importante, la trajectoire de la Commission européenne risque, selon lui, de déséquilibrer plus encore les bilans mondiaux, déjà tendus par ces phénomènes. « Avec le risque de perdre des acheteurs, si nous n’avons pas le panel de produits qui correspond à leur cahier des charges, à coût compétitif », déplore-t-il.

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Sophie Bergot et Charlotte Salmon