Suite au dernier comité d’orientation stratégique du plan Ecophyto II qui a eu lieu hier, le 30 janvier 2017, au ministère de l’Agriculture, les derniers chiffres de ventes de produits phytosanitaires ont été communiqués. Bilan : entre 2014 et 2015, le Nodu (nombre de doses-unités, indicateur de suivi du plan Ecophyto) a affiché un léger recul de 2,7 % des ventes de produits phytosanitaires. C’est la première fois que la courbe s’inverse depuis le lancement du plan gouvernemental en 2008 (voir ci-dessous), « un point que l’on veut poursuivre et conforter », a indiqué Stéphane Le Foll.

Nodu (nombre de doses-unités vendues) depuis le début du plan Ecophyto. © Ministère de l’Agriculture

Cette diminution a été saluée par la FNSEA pour qui la « politique volontaire [du plan Ecophyto II] donne d’ores et déjà des premiers résultats, […] preuve que l’écologie incitative est plus efficace que l’écologie punitive ». Le syndicat a par ailleurs insisté, dans son communiqué paru le 30 janvier, sur la nécessité des investissements dans la recherche et l’innovation pour développer des solutions alternatives.

Même refrain pour la Fédération du Négoce Agricole, qui, dans un communiqué paru le 2 février 2017, encourage recherche et innovation pour trouver des solutions « respectueuses de l’environnement mais également efficaces », qui « sécurisent les productions »

L’Union des industries de protection des plantes (UIPP), saluant le 31 janvier des « avancées positives », souhaite, quant à elle, que le plan Ecophyto soit complété par des « indicateurs qualitatifs plus larges et significatifs que le Nodu, basés sur le contexte de pression sanitaire ».

Le recul sur un an n’inverse pas les tendances de fond puisque les ventes de produits phytosanitaires restent en hausse de 4,2 % en moyenne triennale (2013-2015 par rapport à 2012-2014). Pour le ministère, cette hausse est due à « des achats importants de produits phytosanitaires en 2014, juste avant la mise en place de la contribution à la lutte contre la pollution diffusion ».

« Pas de quoi enthousiasmer » France Nature Environnement pour qui les résultats observés en 2015 sont un léger frémissement, « qui ne doit pas faire oublier la tendance de fond » à la hausse. « Il est urgent d’impliquer tous les acteurs des filières agricoles pour diviser par deux l’usage de ces produits dangereux pour la santé et l’environnement », insiste l’organisation.

Pour l’association Générations Futures, qui souligne dans son communiqué paru hier que « 2015 a été la deuxième année la plus importante en matière [de ventes NDLR] des pesticides depuis 2009 », la solution pour « réduire vraiment l’usage de ces pesticides de synthèse » est de « modifier les systèmes de production vers des systèmes de production intégrée et biologique ».

IFT réduits de 18 % dans les fermes Dephy

Ces systèmes, des innovations, pratiques ou méthodes alternatives ont été et sont testés au sein des 2 000 fermes Dephy entre 2010 et 2015 (et 3 000 en 2016). Et les résultats en termes de réduction de l’indice de traitements phytosanitaires sont là : « – 11 % en grandes cultures et polyculture élevage, – 12 % en viticulture, – 25 % en cultures légumières, – 8 % en arboriculture et – 33 % en horticulture, sans diminution de productivité ni de marge », a souligné Stéphane Le Foll.

Et à Dominique Potier (PS), député de la Meurthe-et-Moselle et coprésident du comité de surveillance du plan Ecophyto, d’ajouter que les fermes Dephy, laboratoires du plan Ecophyto, ont montré que l’on « peut concilier économie, qualité de vie de l’agriculteur, santé de l’agriculteur et résultat écologique efficient ».

Une mobilisation qui se poursuit, avec les CEPP

Le plan Ecophyto, c’est aussi 3 500 bulletins de santé du végétal en 2016, 375 000 agriculteurs et salariés détenteurs du Certiphyto, 13 500 visites par mois sur le portail EcophytoPIC, et une surveillance des effets indésirables des produits phytosanitaires. « L’ensemble de ces avancées confortent la nécessité de mettre en œuvre pleinement le plan Ecophyto II publié en octobre 2015 », conclut le ministère dans son communiqué paru le 30 janvier 2017.

La suite, c’est la mise en place des CEPP (certificats d’économie de produits phytosanitaires). Adopté le 18 janvier dernier à l’Assemblée nationale, dans le cadre de la loi Potier contre l’accaparement de terres et pour le développement du biocontrôle, l’amendement portant sur les CEPP sera examiné, avec la loi, le 7 février prochain. Pour Stéphane Le Foll, « c’est un impératif ». « Je ne partirai pas sans que ce dispositif soit définitivement acté », a-t-il lancé hier en conférence de presse.

A. Cas.