Les prix des céréales, du colza et du tournesol ont de nouveau fortement augmenté cette semaine, particulièrement en Europe. La forte demande, les prix élevés de l’énergie et les retards de récolte en maïs et en tournesol ont soutenu les prix. Seuls les prix nord-américains marquent une baisse (en soja et maïs), tirés vers le bas par la bonne avancée de la récolte américaine et le raffermissement du dollar face à l’euro.

Nouvelle hausse pour les prix du blé

Les prix du blé ont continué leur ascension sur la semaine écoulée. C’est particulièrement le cas pour les blés européens, avec notamment un blé meunier rendu Rouen à 269,5 €/t base juillet (+10 €/t par rapport à la semaine dernière).

La hausse est moins forte pour le blé fourrager (+6 €/t) qui s’affiche tout de même à près de 245 €/t rendu Rouen. Les blés ukrainiens ont également évolué à la hausse, gagnant 11 $/t sur une semaine (à 309 $/t Fob) pour le blé meunier et gagnant 8 $/t (à 293,5 $/t Fob) pour le blé fourrager.

La hausse de prix observée est alimentée par une demande mondiale qui ne faiblit pas, tandis que les disponibilités apparaissent limitées, surtout en blé meunier. L’Égypte est notamment venue aux achats cette semaine. En parallèle, le Pakistan maintient un niveau d’achats soutenu et régulier. Le pays a notamment réalisé un appel d’offres de 640 000 tonnes en tout début de mois, et encore de 90 000 tonnes cette semaine.

À ces achats s’ajoutent des annonces de forts besoins en provenance de l’Iran : avec une très mauvaise récolte de céréales, les besoins en importation du pays devraient être très nettement supérieurs à l’an passé et pourraient même dépasser les prévisions publiées jusqu’à présent.

Les exportations russes de blé et les prix des engrais à suivre de près

Les discussions autour d’une éventuelle limitation des exportations de blé russe continuent d’agiter le marché du blé et sont de nature à soutenir les prix. Le gouvernement russe pourrait choisir de fixer cette limitation vers 31-32 millions de tonnes. Dans ce cas, la demande mondiale devra être assurée par les autres pays exportateurs, parmi lesquels l’Union européenne.

À ce facteur haussier s’ajoute également la hausse des prix de l’énergie et des engrais. La flambée des cours des engrais fait notamment craindre des défauts d’approvisionnements des agriculteurs et de possibles pertes de potentiels de rendements pour la prochaine récolte. Outre Atlantique, la hausse des prix du blé a été moins forte qu’en Europe, conséquence d’un raffermissement du dollar face à l’euro.

Les primes d’orges brassicoles s’envolent

Les prix de l’orge ont une nouvelle fois été marqués par une hausse cette semaine. En fourragère, la hausse a été plus ou moins modérée selon les origines. Ainsi, l’orge Fob Rouen a peu augmenté, à 282 €/t, signe que les achats chinois d’orges françaises ralentissent. En effet, bien que prévues à un niveau élevé, les importations chinoises d’orge sont en baisse par rapport à la campagne précédente.

Les prix mer Noire et australiens ont marqué des hausses modérées (entre +2 et + 7 $/t sur une semaine) dans le sillage du blé et en lien avec un bilan mondial d’orge fourragère jugé tendu. Le marché de l’orge est encore plus fébrile dans l’est de la France avec une orge fourragère Fob Moselle qui s’est renchérie de 12 €/t sur une semaine. Cette hausse se fait dans un contexte très tendu en orge brassicole.

Les primes brassicoles ont ainsi flambé pour atteindre des niveaux historiquement élevés, aussi bien en orges de printemps qu’en orges d’hiver. En cette fin de semaine, les orges brassicoles de printemps avoisinaient les 320 €/t Fob Creil tandis que les orges d’hiver brassicoles avoisinaient les 295 €/t Fob Creil. Les mauvaises récoltes en Suède et au Danemark — teneurs en protéines élevées notamment — mais aussi au Canada alimentent la tension sur le marché des orges brassicoles. Les orges françaises subissent cette tension et doivent faire face cette semaine à une forte demande en provenance de l’Allemagne. À terme, la France pourrait ne pas assurer toute la demande brassicole extérieure, du moins aux critères classiques de qualité.

Les retards de récolte de maïs soutiennent les cours européens

Pour le marché du maïs, la semaine a été principalement caractérisée par une hausse des prix en Europe alors que la soudure entre les deux campagnes est difficile à négocier. En effet, aussi bien en France qu’en Ukraine, les récoltes de maïs tardent à monter en régime et accusent un retard de près de trois semaines par rapport à l’an dernier. Le retard est particulièrement significatif dans l’est de la France, faisant gagner près de 20 €/t au maïs Fob Rhin (base juillet), à 265 €/t. La hausse a été moins forte pour le maïs Fob Bordeaux, qui s’affiche tout de même à 245,5 €/t.

Le maïs ukrainien a également évolué à la hausse (+5 $/t sur une semaine) à cause du retard de récolte, alors que d’importants volumes d’exportations doivent être assurés vers la Chine.

Les prix des maïs américains ont en revanche évolué à contre-courant des prix européens, baissant à 267 $/t Fob Gulf. La pression de récolte fait en effet son œuvre aux États-Unis, avec une moisson de maïs qui avance bien. Cette pression est tout de même modérée étant donné le contexte mondial tendu et des rendements qui ne devraient pas atteindre les prévisions les plus élevées. La baisse des prix du maïs outre Atlantique a également été alimentée par le raffermissement du dollar face à l’euro, faisant perdre de la compétitivité à l’exportation pour les maïs américains.

Le temps sec attendu en France ces prochains jours devrait être propice à une bonne avancée des récoltes de maïs. La progression de la moisson pourrait apporter un peu d’oxygène au marché français. Les pluies pourraient en revanche jouer les éléments perturbateurs en Europe du Sud-Est et en Ukraine et apporter des éléments de soutien aux prix.

Les prix du colza toujours en hausse

Cette semaine, les prix du colza en France ont une nouvelle fois fortement augmenté : les prix des colzas rendu Rouen et en Fob Moselle ont tous deux grimpé de 35 €/t, atteignant respectivement 672 €/t et 677 €/t. Cette forte hausse a notamment été engendrée par le marché des énergies, sous tension faisant suite à la reprise économique post Covid-19, l’offre n’étant pas suffisante pour répondre à la demande.

Ainsi, le prix du pétrole augmente de jour en jour. De plus, les pays de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et leurs alliés, lors de leur rencontre le 4 octobre dernier, ont décidé de maintenir leur politique de faible augmentation de la production mondiale, malgré une demande très forte. Le prix du baril de pétrole a ainsi augmenté de plus de 4 % en une semaine, atteignant 78 $ le baril le 7 octobre 2021 (après avoir flirté avec les 79 $ mardi 5 octobre).

En Europe, la demande en biodiesel est toujours très présente, boostant ainsi la demande en huiles. Cependant là encore, l’offre n’est pas assez conséquente, en raison du ralentissement de production qui touche plusieurs usines en France, en Allemagne, en Pologne et aux Pays-Bas. En cause, une rupture d’approvisionnement en alcoolates, un catalyseur nécessaire à la réaction d’estérification, du fait de problèmes techniques ayant touché deux usines productrices d’alcoolates. Le manque d’offre en biodiesel qui en découle fait flamber les cours du biocarburant, ce qui engendre une montée des prix des huiles végétales par ricochet.

De plus, la petite récolte de canola canadien impacte fortement les disponibilités mondiales. Par conséquent, l’offre mondiale en huile de colza pour la campagne en cours est réduite.

Le marché de l’huile de palme fait également face à des difficultés : les stocks malaisiens sont à des niveaux faibles sur septembre du fait d’une production qui peine toujours à rebondir par manque de main-d’œuvre, mais également en raison d’une forte hausse des exportations malaisienne vers l’Inde. Enfin, la Chine augmente ses achats en huile de palme en raison d’une pénurie intérieure d’huile de soja, dans un contexte de baisse de la trituration : en effet, les disponibilités en soja sur cette fin de campagne de commercialisation de 2020-2021 sont très réduites.

Ainsi, les prix des huiles explosent (depuis la semaine dernière l’huile de colza a augmenté de 96 $/t à un nouveau record de 1 763 $/t à Rotterdam) entraînant avec elles le prix des graines.

Les prix de tournesol au plus haut

Les cours de tournesol grimpent nettement cette semaine, atteignant des records historiques sur le marché français, avec une hausse de 35 €/t pour la qualité standard (à 595 €/t) et de 45 €/t pour le tournesol oléique à Saint-Nazaire (à 605 €/t). En mer Noire, le prix Fob moyen s’est renchéri de 30 $/t, à 637,5 $/t.

Ce rebond s’explique de nouveau par les retards des récoltes en Europe et en mer Noire, limitant l’offre en graine sur le marché, d’autant plus que les agriculteurs font toujours de la rétention. Ainsi, les usines de trituration se trouvent sous-approvisionnées en graine, ce qui limite l’offre en huile de tournesol sur les échéances de l’automne. Les cours de cette dernière ont donc monté en flèche, donnant un coup de pouce supplémentaire à ceux de la graine.

De plus, les prix de l’huile de tournesol sont soutenus par la tendance haussière des autres huiles végétales. Sur le marché européen, malgré la hausse récente de ses prix, l’huile de tournesol dispose maintenant d’un avantage de près de 300 $/t par rapport à l’huile de colza (sur le rapproché). Elle attire ainsi l’intérêt des acheteurs : la consommation en huile de tournesol sur le marché mondial s’annonce extrêmement forte sur la nouvelle campagne.

Le prix du soja décline légèrement

Les cours du soja n’ont pas bénéficié du contexte haussier pour les huiles, plusieurs éléments baissiers l’ayant contrebalancé. Les prix à Chicago ont ainsi légèrement diminué sur l’échéance novembre (−3 $/t), tout comme le cours du soja Fob brésil (−5 $/t).

Premièrement, les ventes sur le CBoT se sont poursuivies vendredi 1er octobre après les ventes massives du jeudi 30 septembre, déclenchées par le rapport de l’USDA (ministère de l’Agriculture américain) montrant une production et des stocks de soja américains supérieurs aux attentes (au 1er septembre 2021).

Deuxièmement, l’avancée des récoltes américaines, bien qu’un peu en retard faisant suite à un temps relativement humide ces derniers jours, commence à peser un peu sur le marché. Par ailleurs, les précipitations attendues au Brésil sur les principales zones de production pourraient se manifester d’ici à la mi-octobre et continuer ensuite, ce qui pourrait fournir les conditions idéales pour les semis. Cela devrait conforter la hausse de surface de soja attendue au Brésil. La première prévision officielle de la Conab, publiée cette semaine, envisage une progression de 2,5 % de la surface brésilienne, ce qui devrait mener à un nouveau record de production dans ce pays, au-dessus de 140 millions de tonnes.

Les tourteaux ont vu leur prix reculer à la suite du soja. Ils perdent même 8 $/t sur le marché de Chicago sur la semaine, et 10 €/t à Montoir, où ils sont descendus à 401 €/t. Les coûts de production élevés auxquels font face les éleveurs entraînent un moindre recours aux aliments concentrés, ce qui pèse sur la demande en tourteau de soja.

Les prix du pois fourrager restent eux historiquement élevés, à 310 €/t départ Marne (ils ont même progressé de 2 €/t sur la semaine). Ils sont toujours soutenus par un contexte mondial extrêmement tendu, lié d’une part à la récolte de pois catastrophique du Canada, mais aussi à la reprise des importations de protéagineux de l’Inde.

Tallage

À suivre : ralentissement de la demande chinoise en céréales, avancée des récoltes de maïs et de tournesol en France et en mer Noire, conditions climatiques pour les céréales et les semis de soja dans l’hémisphère Sud, menace de limitations des exportations russes de blé, demande en huiles de l’Inde et de la Chine, production de biodiesel dans l’Union européenne, prix de l’énergie et des engrais.

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