« 100 000 euros de pertes, et aucune indemnisation prévue. » Le bilan dressé par la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), la coopérative Biocer, Générations futures et la Fédération des organisations économiques bio (Forebio), dans leur communiqué diffusé ce 15 juin 2021, est lourd.

Des analyses réalisées par Biocer en janvier 2021 sur les productions de 2020, puis par son organisme certificateur, ont mis en évidence une contamination par un herbicide, le prosulfocarbe, sur des lots de sarrasin et de chia.

Cela a entraîné la destruction des produits concernés : 68 tonnes de sarrasin, et 960 kg de chia ont ainsi été perdues, détaille à La France Agricole Félix Lepers, chargé de mission sur la gestion des contaminations bio à la Fnab.

Une perte de 100 000 euros supportée par les agriculteurs

Les pertes, supportées par les agriculteurs, s’élèvent à 100 000 euros, estiment les organismes. L’identification d’un responsable étant quasi impossible, « aucune police d’assurance ne permet à ce jour de prendre en charge ce risque de contamination induit par les dérives de pesticides », expliquent-ils.

Quatorze agriculteurs sont concernés, répartis dans le nord-ouest de la France. Mais du fait des contaminations croisées, c’est l’ensemble de la production de 2020 de la coopérative qui a été détruite, précise à la France Agricole Olivier Chaloche, céréalier bio dans la Région Centre, membre du bureau de la Fnab et membre du conseil d’administration de Biocer.

« J’ai commencé ma conversion à l’agriculture biologique il y a trois ans, et cette récolte de sarrasin était ma première livraison certifiée bio. Tous ces efforts pour finalement jeter ma récolte à la poubelle… C’est vraiment du gâchis », se désole Mathilde Siguré, céréalière bio dans l’Eure-et-Loire, citée dans le communiqué.

« Le phénomène n’est pas isolé »

La substance, du fait notamment de sa volatilité, présente un réel danger sanitaire et économique, estime Félix Lepers. « Ce phénomène n’est pas isolé », poursuit-il, citant les conclusions de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), établies en 2019 lors de la campagne des plans de surveillance et des plans de contrôle qu’elle pilote : « La substance a été identifiée sur des cultures non traitées faisant suite à un phénomène de dérive et/ou volatilisation lors de traitements d’automne des céréales voisines », à des taux élevés, rajoute Félix Lepers.

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Pas d’accompagnement du gouvernement

« Si le ministère [de l’Agriculture] soutient les producteurs biologiques dans leurs travaux sur la gestion du risque de contamination, face à une molécule intraçable comme le prosulfocarbe ils sont laissés sans solution », dénoncent les auteurs du communiqué.

Plus largement, Félix Lepers s’interroge sur le développement de l’agriculture biologique : « Ça compromet la réussite des producteurs. Sans système d’indemnisation, comment pérenniser la filière bio ? »

La FNAB, Biocer et Générations futures demandent ainsi « la suspension de l’autorisation de mise sur le marché du prosulfocarbe avant les prochains traitements d’automne. » Mais ce que souhaite la Fnab aujourd’hui, « c’est un pur retrait de la molécule », complète Olivier Chaloche.

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Raphaëlle Borget