« On n’arrive pas à produire ce dont les industriels ont besoin et ce que le Canada n’a pas pu produire cette année », explique Fabrice Genin, producteur de graines de moutarde à Marsannaye-le-Bois (Côte-d’Or) et président de l’Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB).

Selon lui, le secteur de la moutarde se retrouve devant une double pénurie des principaux fournisseurs de graines pour le marché européen : la France et le Canada. Alors que le Canada a connu une sécheresse désastreuse dans l’Ouest (−28 % de production selon le ministère canadien de l’Agriculture), la France fait face depuis 2016 au retrait du marché des principaux insecticides combinés à une recrudescence des ravageurs.

Une production divisée par trois en quatre ans

« La moutarde est particulièrement sensible aux altises, aux méligèthes et aux charançons, de façon encore plus importante que le colza », explique l’agriculteur. « Et l’on ne peut pas avancer le semis de la moutarde comme on le fait pour le colza car le risque de gel est trop important, précise-t-il Nous sommes limités dans notre production par les produits phytosanitaires et par les ravageurs. » Une problématique proche de celle du colza.

La production de graines en Bourgogne a donc été « divisée par trois en quatre ans, de 12 000 tonnes à 4 000 tonnes en 2021, alors que les moutardiers pourraient nous en commander 16 000 », souligne le cultivateur.

Le seul espoir qu’ont les producteurs de moutarde française réside dans la sélection variétale, mais cela prend du temps. « On nous a retiré les matières actives trop vite. » Il ne reste plus que le Phosmet qui sera retiré dans 6 mois.

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Les industriels à la peine

« On est dans une crise qu’on n’a jamais vue depuis 25 ans », se désole Christophe Planes, directeur des ventes pour la France chez « Reine de Dijon », le troisième producteur français de moutarde, filiale du groupe allemand Develey.

« Le prix des graines a été multiplié par trois ou quatre, et peut-être cinq bientôt », ajoute-t-il. « Et, en plus, il n’y a pas d’offre. La raréfaction est telle qu’on a une diminution potentielle de 50 % des graines. [...] Notre production est donc de moins 50 % », lâche-t-il.

« La pénurie est là », confirme Marika Zimmermann, directrice industrielle de l’entreprise basée près de Dijon : « Normalement, nos lignes de production fonctionnent 120 heures par semaine. On est à 60 heures en moyenne actuellement. »

Renaud d’Hardivilliers, avec l’AFP