Le projet du plan pollinisateurs, et notamment le volet de la gestion des traitements phytosanitaires en floraison, a fait réagir la profession. « Ces inquiétudes ont été entendues », a confié le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation à La France Agricole, à l’issue de la réunion de concertation du vendredi 18 décembre 2020 durant laquelle la trame du plan était présentée au groupe de travail. Ce groupe est constitué des organisations professionnelles agricoles, représentants des filières de productions végétales et de l’apiculture, des ONG, instituts techniques et de recherche.

Craintes d’un calendrier trop court, d’une « marche forcée »… « Ces remarques étaient légitimes, indique le ministère. Un plan d’une telle envergure nécessite de laisser le temps à la concertation, de façon apaisée, pour que chacun puisse faire valoir ses propositions ». Les travaux se poursuivront donc jusqu’en mars 2021, a-t-il annoncé.

Un plan en quatre volets

« Nous avons voulu remettre en perspectives, poursuit le ministère. C’est un plan qui se doit d’être complet pour traiter la question de la protection des pollinisateurs sous tous ses aspects. » Le plan pollinisateurs se découpe donc en quatre axes.

  • Le premier volet concerne l’amélioration des connaissances et le suivi des populations d’abeilles. « Il s’agit de favoriser les conditions, pour que les abeilles trouvent toute l’année une ressource alimentaire, qui soit en quantité et qualité suffisante », explique le ministère.
  • Le second vise à accompagner le développement de la filière apicole.
  • Le troisième, sur l’aspect sanitaire, a pour objectif d’aider les apiculteurs à protéger leurs ruches des ravageurs responsables de pertes d’abeilles.
  • Le quatrième concerne la gestion des traitements phytosanitaires en floraison.

Confronter à la réalité du terrain

Le plan s’appuie sur l’avis de l’Anses donné en 2019. « Il faut le confronter à la réalité du terrain », affirme le ministère. Obliger le traitement trois heures après le coucher du soleil en floraison implique en effet de nombreuses contraintes : temps, dangerosité, non-efficacité de certains traitements… « L’objectif n’est pas de forcer qui que ce soit à travailler de nuit, ajoute le ministère. Le volet social et humain doit aussi être pris en compte. »

Ce quatrième axe pourrait se concrétiser par la prise d’un arrêté, ou la révision de l’arrêté « abeilles » de 2003, après une phase de consultation publique.

Les mesures du volet « bol alimentaire des abeilles » s’inscriraient, quant à lui, dans une démarche d’incitation et pourraient se mettre en place au travers du plan de relance. « Il faut développer ce qui existe, comme les partenariats entre apiculteurs et agriculteurs, en faisant jouer les leviers économiques dont on dispose déjà, mais aussi créer de nouveaux outils », conclut le ministère.

Une « folie » pour la CR

Pour la Coordination rurale, ce plan n’est « pas réalisable ni économiquement, ni socialement », indique-t-elle dans un communiqué le 21 décembre 2020. « Le travail de nuit est dangereux et risque d’envenimer les choses avec les riverains. Ce plan va accentuer les distorsions de concurrence avec les voisins européens et au-delà et il méconnaît le fait que parfois nous ne disposons que de quelques heures pour intervenir », affirme le syndicat.

« Tout paraît déjà fait. J’ai peur qu’ils nous balancent quelques dérogations temporaires pour nous satisfaire et que l’on soit obligé de se plier à leur folie ! » a réagi Joris Miachon, qui représentait la CR à la réunion du 18 décembre.

Des mesures insuffisantes selon la Conf’

La Confédération paysanne a, elle, salué « les avancées que propose ce nouveau projet d’arrêté pour l’apiculture, dont la reconnaissance de la toxicité de l’ensemble des pesticides (extension de l’interdiction aux fongicides et herbicides) pour les pollinisateurs et la clarification de la période d’absence des abeilles pour les dérogations aux interdictions, mentionnée dans la version initiale et sujette à interprétation sur le terrain ».

Elle considère cependant que le projet d’arrêté n’est pas suffisant. « S’il répond à un bon nombre d’enjeux environnementaux, il ne mène pas à une sortie totale et pérenne des pesticides, qui doit être pensée de manière systémique », soutient le syndicat.

Justine Papin