Les prix des oléagineux sont poussés vers le bas par le retour du soja argentin sur le marché et la très bonne récolte de colza en Europe, au Canada et en Australie. Les prix des céréales ont été chahutés cette semaine par les remarques du Kremlin sur le corridor maritime ukrainien.

Montée du prix du blé en milieu de semaine mais retrait ensuite

Les prix du blé se retrouvent actuellement légèrement supérieurs à leur valeur de la semaine dernière que ce soit sur le marché physique (+1,5 €/t rendu Rouen à 326,5 €/t) ou le marché à terme (+8 €/t pour l’échéance de décembre à 327,75 €/t aujourd’hui en milieu d’après-midi).

Les critiques du Kremlin concernant le fonctionnement du corridor d’exportations ukrainien ont été le principal facteur haussier de la semaine. Moscou estime que ce corridor n’est pas très utile aux pays pauvres mais plutôt à l’Union européenne ou la Turquie et menace de retirer son accord pour la poursuite de son fonctionnement.

Dans les faits, depuis la signature de l’accord, un peu plus de deux millions de tonnes ont été exportées par ce corridor (grains, oléagineux, huiles, tourteaux). Sur ce total, 700 000 tonnes, donc 30 % seulement, ont été dirigées vers l’Union européenne (dont 80 % de maïs). La seconde destination fut la Turquie (450 000 tonnes dont 150 000 tonnes de blé).

On note ensuite dans la liste l’Égypte (200 000 tonnes, maïs essentiellement), puis la Corée et l’Iran (120 000 tonnes de maïs chaque) et la Chine (110 000 dont 65 000 tonnes de maïs). Deux bateaux de blé ont été chargés par le Programme alimentaire mondial (instance de la FAO, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’un vers Djibouti et l’autre vers le Yémen (après transformation en farine en Turquie). Le Kenya (51 000 tonnes) et la Somalie (28 600 tonnes) ont aussi profité du corridor.

Cette description montre donc que l’Union européenne est effectivement une destination importante pour le maïs ukrainien mais qu’elle n’est pas du tout la seule bénéficiaire ! Le Kremlin explique que l’accord du 22 juillet stipulait aussi que les sanctions qui entravent les exportations russes devaient être levées. Il n’y a pas de sanctions sur les exportations de grains mais les mesures concernant les banques limitent effectivement les flux au départ de la Russie même si ces derniers ne sont tout de même pas négligeables (5,5 millions de tonnes en juillet-août).

La polémique lancée par la Russie a fait grimper les prix mercredi mais la pression est redescendue jeudi avec l’annonce de discussions entre les signataires de l’accord. L’attitude de la Russie et la prolongation des exportations de l’Ukraine via le corridor, au-delà des 120 jours actés comme première étape du contrat, reste toutefois un facteur à suivre de très près.

Des facteurs baissiers encore à l’œuvre

En dehors de cet événement, de nouveaux facteurs baissiers ont ensuite été à l’œuvre à la fin de la semaine. La récolte russe est encore relevée par les analystes locaux et le pays a des difficultés à stocker les quantités qui arrivent (malgré l’installation de silo-bags provisoires). Les récoltes de l’Ukraine et du Kazakhstan sont également revues à la hausse de même que celles de l’Australie et de la Chine.

En parallèle, la BCE (Banque centrale européenne) vient de relever ses taux de base pour lutter contre l’inflation. Cela vient souligner les inquiétudes en cours et les risques de ralentissement de l’économie attendu. Les différents signaux mondiaux concernant la croissance économique, et notamment les chutes de production de pétrole annoncées par l’Opep +, suggèrent de nouveaux risques de réduction de la demande mondiale en matières premières.

Les exportations de la France ralentissent nettement comme en attestent les chargements portuaires de blé français de cette semaine à 140 000 tonnes contre 380 000 tonnes la semaine dernière.

Consolidation pour les prix du maïs

Sur une semaine, les prix du maïs n’ont pas marqué de direction franche. Le maïs Fob Rhin a perdu 7 €/t, à 314 €/t (base juillet, récolte de 2022), tandis que le maïs Fob Bordeaux a gagné 3 €/t, à 336 €/t. Les prix campent donc bien au-dessus des 300 €/t, consolidant ainsi des niveaux élevés malgré la forte variabilité quotidienne.

Les récoltes de maïs ont débuté en France avec 5 % des surfaces récoltées en début de semaine. Inutile de rappeler que cela constitue une récolte extrêmement précoce. Les premiers résultats confirment les attentes, avec de mauvais rendements en parcelles non irriguées. Les estimations disponibles tablent sur une récolte de 10 à 11 millions tonnes, voire moins. Cela serait le plus bas niveau depuis 1990.

Les prix du maïs évitent néanmoins une forte fièvre, notamment à cause du marché du blé, bien plus confortable au niveau mondial. Ailleurs dans le monde, les exportations de maïs de l’Ukraine continuent d’accélérer.

Néanmoins, la Russie souffle le chaud et le froid sur un éventuel renouvellement de l’accord concernant le corridor maritime mis en place depuis les ports du grand Odessa. Celui-ci doit théoriquement intervenir à la fin de novembre. Ce corridor a jusqu’à présent majoritairement bénéficié aux exportations de maïs, avec une partie exportée vers l’Union européenne.

La récolte de maïs aux États-Unis devrait également ne pas tarder à débuter pleinement. Les niveaux de rendements observés seront clés pour le marché du maïs. Ceux-ci sont pour le moment attendus en net retrait par rapport à l’an dernier.

Sur l’hémisphère Sud, les semis débutent tout juste en Argentine. La configuration La Nina fait craindre un temps sec pour les implantations. Dans le même temps, la seconde récolte brésilienne est encore en cours. Le bon niveau de récolte permet actuellement au Brésil d’exporter d’importants volumes sur le marché mondial et de compenser en partie le retrait partiel de l’Ukraine.

L’orge a suivi le blé

Le prix de l’orge fourragère a confirmé une tendance haussière cette semaine sur le marché français après un net rebond il y a 15 jours. Le prix rendu Rouen pour l’échéance d'octobre-décembre a gagné 2 €/t par rapport à la semaine précédente, à 291 €/t (base juillet).

L’activité portuaire semble moins dynamique en orge par rapport au mois dernier. On note néanmoins un chargement supplémentaire en orge vers la Jordanie cette semaine (11 000 tonnes) qui reste très présente aux achats sur le marché mondial depuis deux semaines.

À l’international, les acheteurs surveillent l’écart de prix qui continue à se creuser entre les orges européennes et celles des autres origines. Les prix des orges australiennes et russes ont continué à descendre cette semaine et sont situés désormais à 295 $/t Fob (–5 €/t) et 275 $/t Fob (–3 €/t) respectivement contre 297 $/t pour les orges françaises. Les prix russes ont encore perdu 3 $/t cette semaine, les orges russes accroissant encore leur compétitivité, ce qui constitue une épée de Damoclès pour les orges françaises.

Du côté de l'offre, la hausse des estimations de la production en Australie selon les dernières données d’Abares (office statistique national) et la progression rapide des moissons au Canada s’ajoutent à la récolte record en Russie cette année. Les exportations de cette dernière semblent monter en puissance pour évacuer des disponibilités exportables russes exceptionnelles estimées cette année à 6 millions de tonnes (contre 3,6 millions de tonnes pour la campagne de 2021-2022).

Du côté de la demande, la consommation animale d’orge au niveau mondial se maintient à des niveaux très bas chez les principaux acheteurs. Elle se stabilise en Arabie Saoudite après une chute l’an passé et continue à baisser fortement en Chine. On note des nouveaux appels d’offres du Japon et de la Jordanie pour l’achat de 40 000 et 120 000 tonnes d’orge respectivement.

Sur le créneau brassicole, les prix suivent la tendance fourragère. Ils gagnent 5 €/t pour les variétés d’hiver et 1 €/t pour celles de printemps.

Le repli se poursuit pour le soja

Les prix mondiaux du soja ont poursuivi leur recul. La baisse à Chicago est toutefois plus modérée cette semaine. Sur le rapproché, le prix est resté quasi stable, ne reculant que de 1 $/t, à 540 $/t. Sur l’éloigné, il a baissé de 3 $/t. Le Fob brésilien a, quant à lui, perdu plus de hauteur (–10 $/t sur le rapproché, à 603,75 $/t) et –6 $/t sur l’éloigné.

Deux éléments majeurs expliquent cette tendance baissière. D’une part, les exportations argentines ont explosé depuis le début de semaine avec la politique du gouvernement qui vise à inciter les producteurs à vendre leurs marchandises. En effet, le nouveau taux de change préférentiel pour le soja (applicable du 5 au 30 septembre) est cette fois-ci fixé à 200 pesos pour un dollar. Plus de 3 millions tonnes de soja argentin ont été vendues sous ce système au cours des trois premiers jours de sa mise en œuvre. La Chine a d’ailleurs profité de ces nouvelles disponibilités argentines, actuellement très compétitives sur le marché mondial, pour s’approvisionner.

D’autre part, même si la demande chinoise a été dynamique cette semaine, les achats de soja de la Chine devraient, à plus long terme, être affectés par le contexte de rebond du Covid-19 dans plusieurs villes. Le pays poursuit sa politique stricte du zéro Covid. Ainsi, plus de 70 villes chinoises ont été confinées totalement ou partiellement depuis deux semaines. Cela réduit fortement les dépenses hors foyer de la population, et notamment dans la restauration, ce qui affecte beaucoup la consommation de viandes et d’huiles. Le contexte économique et sanitaire est ainsi peu porteur pour la demande en tourteau et huile de soja.

Du point de vue de l’offre, les conditions climatiques restent correctes pour le développement des sojas aux États-Unis. Les semis de soja au Brésil devraient bientôt démarrer, et l’humidité des sols semble pour le moment correcte. C’est loin d’être le cas en Argentine. Bien que les semis ne soient pas prévus avant le mois de décembre, le déficit historique en pluies des derniers mois ne pourra qu’être difficilement comblé d’ici là, et inquiète d’ores et déjà les opérateurs pour la prochaine campagne.

Repli des prix en tourteaux de soja avec le rebond de l’offre argentine

Les prix mondiaux du tourteau de soja ont encore une fois poursuivi leur repli cette semaine, entraînés par des perspectives baissières de la demande mondiale mais aussi avec le retour de l’offre argentine sur le marché mondial.

À Chicago, le cours sur le rapproché a chuté de 27 $/t pour s’afficher à 472 $/t. En même temps, le tourteau argentin a perdu 16 $/t pour s’établir à 450,5 $/t. À Montoir-de-Bretagne, la cotation a perdu 12 €/t cette semaine, pour s’afficher à 540 €/t le 8 septembre. L’envolée des ventes argentines, stimulées par le taux de change préférentiel du soja, devrait par ailleurs dynamiser la trituration et en conséquence contribuer à étoffer l’offre en tourteaux de soja dans le monde.

En parallèle, la demande mondiale se montre plutôt faible, en raison des taux d’inflation élevés et de croissance plus faible que l’an dernier des économies avancées et émergentes. En Chine, les confinements devraient peser sur la demande en produits animaux, et ceci malgré l’approche de la fête de la mi-automne et de la fête nationale (en septembre et octobre) pour lesquelles les opérateurs commencent à s’approvisionner. À noter toutefois que les stocks de tourteaux de soja dans le pays restent faibles, en raison d’une trituration peu dynamique.

Dans l’Union européenne, les cas de foyer d’influenza aviaire représentent toujours un risque important pour les élevages. Quelques cas dans la faune sauvage ou les élevages ont été détectés cette semaine en France. Une crise sanitaire de l’ampleur de l’an dernier pourrait nettement affecter la demande en tourteau sur les mois à venir. Cela reste donc un point important à suivre.

Petite baisse des cours du colza

Cette semaine, le prix français du colza a légèrement reculé, mais ne s’est pas effondré, contrairement aux prix mondiaux. En effet, le canola canadien a vu son prix baisser de 25 $/t sur la semaine en raison d’une avancée assez dynamique des récoltes dans l’ouest des prairies canadiennes.

C’est dans l’Alberta que les moissons sont les plus avancées (presque 40 %). Dans la Saskatchewan et le Manitoba, les récoltes démarrent à peine, mais la météo des prochains jours s’annonce très favorable pour les travaux des champs. De plus, l’État de Saskatchewan a communiqué sa première prévision de rendement, et confirme une année plutôt favorable pour le canola.

Les rendements canadiens en 2022 devraient ainsi progresser de presque 60 % après une année 2021 catastrophique, marquée par des chaleurs extrêmes et un déficit hydrique historique. La production canadienne va ainsi remonter à 20 millions de tonnes environ, ce qui devrait permettre de couvrir les besoins mondiaux en graines de canola, ainsi qu’une progression de la trituration canadienne.

Les prix canadiens ont aussi perdu du terrain à la suite de la publication par le ministère australien de l’agriculture de ses nouvelles estimations de surface et rendement pour le canola. La production australienne des deux dernières campagnes a été revue en nette hausse, tout comme la production attendue pour cette année.

Au vu des bonnes conditions climatiques jusqu’ici, la production de canola en Australie pourrait s’approcher du record de l’an dernier, grâce à une forte progression de la surface et malgré un petit déclin du rendement (qui avait été exceptionnellement bon l’an dernier).

Les prix européens n’ont, quant à eux, perdu que quelques euros (–4 €/t pour le rendu Rouen, stabilité pour le Fob Moselle, –3,25 €/t sur l’échéance de novembre sur le Matif). En effet, ils ont été soutenus par la baisse de la parité euro/dollar. Ils ont aussi bénéficié de la bonne tenue du cours européen de l’huile de colza, qui s’est maintenue autour de 1 430 €/t à Rotterdam (alors que les prix des huiles de palme, de soja et de tournesol ont décroché).

Une bonne demande du secteur biodiesel soutient en effet les cours de l’huile de colza. Le prix du biodiesel a atteint des niveaux élevés qui permettent aux industriels de dégager de bonnes marges industrielles, particulièrement avec la production de FAME -10 (biodiesel produit à base d’huile de colza, compatible avec les températures hivernales européennes).

Chute des cours du tournesol

La récolte de tournesol a démarré en Ukraine. Selon les observateurs locaux, elle serait faite à hauteur de 5 % des surfaces. L’afflux de tournesol de la nouvelle récolte, combiné aux stocks pléthoriques de tournesol issus de la campagne précédente, pèse sur les cours ukrainiens. Ces derniers ont perdu 50 $/t en une semaine, pour tomber à 515 $/t (prix aux frontières de l’Ouest).

Les prix en France ont suivi. Le tournesol oléique à Saint-Nazaire est désormais coté à 695 €/t, contre 745 €/t il y a deux semaines. Le tournesol standard rendu Bordeaux a, quant à lui, perdu 10 €/t en une semaine.

Les tournesols français ont aussi subi la pression des cours de l’huile de tournesol. L’accélération de la trituration en Europe et des exportations d’huile de tournesol au départ de l’Ukraine, ainsi que la nouvelle baisse des cours du pétrole ont en effet entraîné l’huile en recul de 100 $/t sur la semaine (à 1 300 $/t Fob Rotterdam).

Les exportations d’huile de tournesol ont bénéficié de l’ouverture du corridor maritime sécurisé au départ des ports de la région d’Odessa. Elles ont atteint 370 000 tonnes environ en août 2022, contre 285 000 tonnes exportées en juillet. Les expéditions ukrainiennes sont encore loin des niveaux d’avant-guerre (elles étaient de presque 700 000 tonnes en décembre 2021) mais ces flux permettent une hausse de l’offre sur le marché mondial des huiles végétales et pèsent sur les cours de l’huile et de la graine de tournesol.

À suivre : attitude de la Russie vis-à-vis du corridor d’exportation ukrainien, exportations maritimes de l’Ukraine, conséquence de la perte de compétitivité du blé et de l’orge français, récolte de maïs partout dans le monde, grippe aviaire en Europe, ventes de soja de l’Argentine, prix du pétrole, conditions culturales en Amérique du Nord (soja, canola), début des semis au Brésil (soja), situation économique et sanitaire mondiale.