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Une usine à gaz en préparation

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Affichage environnemental - Une usine à gaz en préparation
© Cédric Faimali/GFA

Trouver une méthode harmonisée pour évaluer l’impact environnemental des produits alimentaires, c’est le chantier ouvert par le gouvernement. Plusieurs interprofessions pointent les limites des données disponibles et estiment qu’il ne faut pas aller trop vite.

Comment connaître l’impact environnemental de l’achat d’une côte de bœuf ou d’une baguette ? C’est la difficile question à laquelle a promis de répondre l’affichage environnemental institué par la loi du 10 février 2020, relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire et à l’économie circulaire. Il a vocation à s’appliquer sur tous les produits de consommation, y compris alimentaires, bruts ou transformés, afin d’orienter le grand public vers une consommation plus respectueuse de l’environnement.

> À lire aussi : Un premier Eco-score à l’essai (07/01/2021)

Si Emmanuel Macron s’est déclaré favorable, le 14 décembre 2020, à un « score carbone pour évaluer l’impact environnemental des produits », les critiques de plusieurs organisations agricoles contre les données existantes en matière alimentaire montrent la complexité de produire un affichage fiable et compréhensible.

Une formule à trouver

Une expérimentation de dix-huit mois a été lancée pour trouver la bonne formule. Le ministère de l’Agriculture a annoncé, en septembre dernier, l’ouverture d’un appel à candidatures. Un rapport d’évaluation et de propositions est attendu d’ici au mois de juillet, et sera soumis au Parlement afin d’aboutir à une loi probablement cet automne, selon l’Institut de l’agriculture et de l’alimentation biologiques (Itab).

Le sujet pourrait être ensuite porté au niveau européen par la France, lorsqu’elle prendra la présidence tournante du Conseil en janvier 2022. Neuf organisations (1) ont pour l’instant postulé. « Ce sont des acteurs de la distribution, de la transformation et du numérique », précise Flore Nougarede, de l’Ademe, chargée de suivre l’appel, qui sera clôturé le 15 mars.

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D’autres indicateurs

La base de données Agribalyse, copilotée par l’Ademe et l’Inrae, fait partie des ressources exploitables par les candidats, mais elle a eu droit à son lot de critiques par différentes organisations de producteurs. Elle compile les analyses de cycle de vie (ACV), autrement dit les impacts générés sur l’environnement de la fourche à la fourchette, de 2 700 produits et leur attribue un « score environnemental ».

Mais celui-ci n’est pas destiné au grand public, alerte l’Ademe. Il s’agit d’une valeur brute scientifique définie pour un produit standard et calculée à partir de seize indicateurs. « Il y a encore des manquements, nuance Vincent­ Colomb, de l’Ademe. La réflexion est en cours pour intégrer d’autres indicateurs. »

Le score environnemental ne présente que des aliments moyens conventionnels et ne permet pas de différencier les origines, ou encore le mode de production. « L’Analyse de cycle de vie prend en compte uniquement certains impacts négatifs, et pas les impacts positifs. Il est donc nécessaire d’intégrer des indicateurs complémentaires et des méthodes de pondération pour faire un affichage qui remplisse l’objectif d’informer le citoyen de manière pertinente », complète Sabine Bonnot, de l’Itab.

> À lire aussi : Les outils d’évaluation pour l’affichage environnemental ne sont pas mûrs, selon l’Itab (17/12/2020)

Réserves sur la viande

Pour l’interprofession du bétail et des viandes (Interbev), la seule méthode « aboutie » à ce jour présente « un biais majeur lorsqu’il s’agit d’analyser l’empreinte environnementale des produits issus de l’élevage ». Elle réclame l’allongement de l’expérimentation, dans l’attente de la prise en compte d’indicateurs complémentaires spécifiques aux viandes bovine et ovine.

> À lire aussi : Une « incohérence totale » dans l’affichage environnemental (18/12/2020)

Ces indicateurs intègrent « des enjeux agroécologiques tels que la biodiversité, le stockage de carbone dans les sols et le maintien des prairies, mais aussi des enjeux d’écoconception comme la valorisation des coproduits en abattoir, relève Caroline Guinot, responsable RSE à Interbev. En plus de compléter l’information au consommateur, il faut que l’affichage puisse rendre compte des bonnes pratiques des entreprises. »

Le projet Oeko-Beef, cofinancé par l’Ademe, vise à alimenter les données basées sur l’ACV et à soumettre une évaluation environnementale plus juste des viandes rouges. Pour Sandrine Espagnol, chargée des bilans environnementaux à l’Institut du porc (Ifip), « la méthode de l’Analyse de cylce de vie a le mérite d’intégrer tous les impacts de la chaîne de production, mais il est vrai que les résultats sont incomplets. »

Les échelles de comparaison sont un des points à travailler. « Le but n’est pas de comparer une salade à un jambon, mais bien d’apporter un éclairage au sein d’une même gamme de produits. D’autres réflexions sont en cours pour définir l’unité d’expression des impacts la plus informative possible », poursuit-elle. La méthode de l’Analyse de cycle de vie, qui ramène tout au kilo de produit, favorise à ce stade les cycles de production « les plus courts, donc les plus industriels », reprend Interbev.

Besoin de temps

Du côté des productions végétales, l’enjeu semble moindre, mais le sujet n’en est pas moins suivi. « J’ai beaucoup de doute sur la faisabilité d’un étiquetage environnemental car on touche à des choses extrêmement complexes », estime Éric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB).

L’interprofession des fruits et légumes est également assez réticente à la version actuelle du projet. Sans remettre en cause Agribalyse, Laurent Grandin, le président d’Interfel, évoque son « exploitation trop rapide ». Il souligne le risque de voir être privilégiées les productions les plus intensives, ce qui serait contre-productif au regard des intentions actuelles des pouvoirs publics.

Alexis Marcotte, Alessandra Gambarini, Alexandra Courty, Lucie Pouchard, Hélène Parisot, Marie Salset

(1) Yuka, Karbon (application), Atla (Association de la transformation laitière française), Elior, La Note globale, L’Empreinte (plateforme de vente en ligne), Adepale (Association des entreprises de produits alimentaires élaborés), Groupement Les Mousquetaires, Invitation à la ferme.

« Laicolo-score » à l’essai sur les yaourts
 - « Laicolo-score » à l’essai sur les yaourts
© Invitation à la ferme

Le réseau de producteurs laitiers fermiers bio « Invitation à la ferme » a lancé sa propre notation environnementale, inscrite à l’appel à projets de l’Ademe. Laicolo-score s’appuie sur le diagnostic CAP’2ER pour la phase d’élevage, et une évaluation inédite pour la transformation et le transport. Les premiers yaourts estampillés sont sortis le 20 janvier. Sur l’emballage, l’empreinte carbone est comparée à celle d’un yaourt industriel (hors compensation carbone), estimée par Agribalyse. « Laicolo-score varie selon la ferme, note Corinne Charote, responsable marketing du réseau. Être aussi précis n’est pas simple pour un grand collecteur. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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