Durant l’année, Morgane Gillardeau, vétérinaire ostéopathe, est passée cinq à six fois pour des problèmes de boiterie au Gaec Vilval à Illifaut (Côtes-d’Armor). « C’était à la suite de chutes liées à des chevauchements, des glissades ou encore après un vêlage difficile », énumère Charlène Juhel, l’une des quatre associés de l’élevage, qui compte 100 prim’holsteins, 190 ha de SAU et un atelier porcin.

Lever les tensions et les blocages

Récemment, une primipare avait chuté dans le bâtiment un mois après le vêlage. Elle allongeait le pas pour avancer. « L’examen ostéopathique a mis en avant un dysfonctionnement du sacrum avec une hanche en rotation externe entraînant une restriction de mobilité », indique Morgane Gillardeau, qui s’est formée à l’ostéopathie pendant trois ans. Avant de l’appeler, l’éleveuse a pris soin de vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une infection sous le pied.

La visite commence toujours par un examen clinique complet. Test au niveau du sacrum, des quatre membres, au niveau des iliums, du crâne, des viscères, des vertèbres : le tour de l’animal permet d’établir un diagnostic de tous les éléments dysfonctionnels. Les manipulations vont lever les tensions et redonner de la mobilité aux structures du corps qui étaient bloquées. « L’idéal est de laisser l’animal au repos à l’écart du troupeau deux jours au moins après la consultation pour qu’il puisse retrouver ses équilibres, préconise l’ostéopathe. Il est préférable d’appeler dès que l’on constate un souci afin d’intervenir dans les trois premiers jours et ainsi éviter l’apparition de dysfonctions dues à des compensations. » Ponctuellement, elle peut aussi montrer aux éleveurs des exercices à appliquer pour prolonger l’acte.

Cette médecine est complémentaire de la médecine classique. « Si le trouble ne relève pas de l’ostéopathie, je reprends ma casquette de vétérinaire pour un traitement allopathique si nécessaire, explique la praticienne. En cas de fracture et de luxation, on ne pourra parfois rien faire. Les anti-­inflammatoires sont utiles lors de déchirures musculaires ou d’entorses. » « L’intérêt, c’est que je n’ai pas besoin de refaire passer le vétérinaire dans ce cas », note Charlène Juhel.

Même s’il est difficile à établir, l’éleveuse y trouve un intérêt économique : « Après un décrochage de la production, la vache qui avait chuté a pu repartir et est revenue à niveau normal. S’agissant d’une primipare qui a toute une carrière devant elle, cela vaut le coup. » Il faut compter 60 € pour la consultation, plus un déplacement. Charlène y voit d’autres avantages : « Cette pratique va dans le sens d’une diminution des antibiotiques et d’un meilleur soin aux animaux, en réglant le problème à la base. »

Isabelle Lejas

L’expert
« Une technique pas seulement pour la locomotion » Morgane Gillardeau, vétérinaire et ostéopathe

« L’ostéopathie est une médecine holis­tique qui permet de voir l’animal dans son ensemble. Elle est basée sur l’étude de la restriction de mobilité des structures (os, articulations, muscles, organes…) en utilisant des techniques structurelles, viscérales, fasciales… Elle est souvent pratiquée pour les troubles locomoteurs, mais peut être utilisé pour des problèmes de reproduction ou des veaux qui tètent mal. Cette approche commence à faire son chemin auprès des éleveurs. Je vois une dizaine de vaches chaque semaine, le plus souvent à titre curatif, même si cette pratique peut s’envisager en préventif, par exemple pour la prépara­tion au vêlage. Elle peut être utile sur les veaux à la suite d'une extraction difficile. »