Les chiffres sont déjà connus à l’étranger. Aux États-Unis, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni, il faut entre une lactation et demie et deux lactations pour rembourser les frais d’élevage d’une génisse. La France n’avait pas encore élucidé la question pour ses systèmes d’élevage. C’est désormais chose faite grâce au projet Alonge, piloté par l’Institut de l’élevage (Idele) et financé par le fonds Casdar.
« Au minimum deux lactations pour rembourser les frais d’élevage de la génisse »
« À l’échelle de la vache, il faut au minimum deux lactations pour rembourser les frais d’élevage de la génisse et qu’elle commence à devenir rentable », explique Chris Hozé, ingénieure chez Eliance. Une conclusion rendue possible grâce à l’étude de 9 700 animaux dans 300 élevages répartis dans plusieurs bassins de production français, entre 2022 et 2024.
Un outil appelé « €fficow » recense les charges d’élevage de la génisse puis de la vache laitière et les charges de structure pour les comparer aux gains économiques par vache à la réforme. La rentabilité augmente logiquement avec le nombre de lactations de l’animal. En moyenne, à la fin de la première lactation, « il reste 1 000 € à rembourser pour payer les frais d’élevage dans les exploitations de plaine conventionnelles ».
Ces élevages atteignent le « zéro » en fin de deuxième lactation. Les élevages de montagne étudiés (système herbager AOP Comté) se différencient par un reste à rembourser plus haut à la fin de la première lactation, d’un montant de 1 700 €. Ces coûts sont remboursés en moyenne à partir de la troisième lactation. L’âge au premier vêlage influence beaucoup ce résultat.
« La durée de vie des vaches laitières baisse » (16/01/2025)
« La lactation de trop »
La durée de vie de l’animal pèse donc lourd sur sa rentabilité. Chaque lactation supplémentaire améliore le bilan économique. Le projet Alonge démontre néanmoins qu’à partir de la cinquième lactation, le gain supplémentaire par lactation devient « relativement faible », la probabilité que la vache ait un problème gagnant du terrain. Ces chiffres restent des moyennes.
Dans les élevages de plaine conventionnels suivis, un animal sur cinq devenait rentable au bout d’une lactation. En parallèle de ce focus animal par animal, l’étude s’attache à démontrer que la longévité est aussi rentable à l’échelle du troupeau. Grâce au réseau Inosys, 248 exploitations ont été passées au crible dans 54 départements, en conventionnel et bio, en montagne et en plaine.
Résultat, « on trouve des longévités plus élevées dans des troupeaux moins intensifs, moins productifs, notamment en bio », rapporte Franck Lavedrine, ingénieur à l’Idele. Pour des exploitations de productivité similaire, les troupeaux avec une meilleure longévité se distinguent par un meilleur prix de revient du lait.
La longévité participe ainsi à la performance technico-économique des fermes. Les exploitations avec une longévité plus réduite compensent avec une forte productivité de l’animal et de la main-d’œuvre. « La recherche de productivité s’accompagne d’une sélection plus accrue et donc des réformes plus fréquentes, notamment en robot de traite », avance l’ingénieur de l’Idele.
Améliorer la longévité des vaches laitières (24/03/2024)