À la ferme du Bourg, à Valherbasse (Drôme), Hubert Charvat souhaitait réduire son temps de travail tout en se lançant dans un nouveau défi. En 2008, il franchit le pas et remplace l’élevage laitier par un élevage de veaux de lait en conservant son troupeau de montbéliardes. Quinze ans plus tard, en 2023, ses filles ont hérité de ce système d’élevage atypique, hybride entre le laitier et l’allaitant.
Reconstituer le troupeau de montbéliardes
« Au-delà de la production de viande, on vise une production laitière suffisante », soulignent Manon et Marilou Charvat. En effet, pour être rentable avec un petit troupeau de 17 mères et une SAU de seulement 50 hectares, leur père avait pour objectif de produire deux veaux par vache. En plus des veaux croisés nés sur la ferme par insémination, il en achetait chaque année une dizaine à la coopérative Sicarev, pour produire au final entre 1,6 et 1,8 veau par vache. En parallèle, il achetait et engraissait des génisses montbéliardes pour renouveler le troupeau.
Quelques années avant sa retraite, en prévision de l’arrêt de l’élevage bovin initialement prévu par ses filles, il a privilégié l’achat et l’engraissement de génisses croisées plutôt que montbéliardes, afin de les revendre plus facilement. Mais Manon et Marilou ont finalement décidé de conserver l’élevage. « C’était dommage de l’arrêter, car le système était vraiment fonctionnel et prêt à l’emploi », réalisent-elles.
Aujourd’hui, elles font le chemin inverse et n’achètent plus que des velles montbéliardes pour reconstituer leur troupeau. En passant de 10 à 17 mères, elles espèrent retrouver une production laitière suffisante pour produire 27 veaux par an, contre 15 aujourd’hui.
Hormis la salle de traite remplacée par un couloir de tétée encadré par deux aires paillées pour accueillir les veaux, le reste du bâtiment, dimensionné pour l’élevage laitier, a été conservé tel quel par leur père. Les vaches sont donc élevées en logettes et le racleur à lisier fonctionne deux fois par jour. Le lisier est ensuite épandu sur la quarantaine d’hectares de prairies, pâturées par les vaches de la mi-mars à la mi-novembre.
Deux tétées par jour
Les veaux, vendus à 6 mois, sont exclusivement nourris au lait et à la farine de méteil (triticale et pois fourrager), que les agricultrices produisent sur 2,5 ha. Deux fois par jour, à 7 h et 17 h, Manon et Marilou conduisent les mères cinq par cinq dans le couloir de tétée pendant une vingtaine de minutes.
« On a une astreinte comme en laitier », compare Manon. Les sœurs ont bien tenté de laisser les vaches libres d’aller elles-mêmes dans le couloir, mais cette pratique provoquait des tarissements précoces. « Comme les vaches ne sont pas en permanence avec leur petit, le lien se distend et certaines n’allaient plus dans le couloir », explique Marilou.
À la ferme, les mises-bas s’étendent de septembre à décembre. Les veaux de trois semaines sont achetés au fur et à mesure des naissances pour s’adapter à la lactation des vaches. En moyenne, ces dernières allaitent entre sept et huit mois.
Après la saison des veaux, les éleveuses achètent leurs génisses de renouvellement âgées de trois semaines, qu’elles sèvrent à deux mois et demi. En 2026, les neuf génisses montbéliardes de deux ans seront inséminées en vue d’accroître le troupeau.
Plus tard, les éleveuses envisagent de développer l’engraissement de génisses, à condition que les marchés restent porteurs. Pour l’instant, elles ont d’autres projets en tête en dehors de l’élevage : faire tourner la pension équine et la production d’osier, deux ateliers créés à leur installation, et développer l’accueil pédagogique à la ferme. À terme, l’élevage bovin constituerait 50 % du chiffre d’affaires de l’exploitation, contre 80 % aujourd’hui.