Avec ses 90 000 litres de lait produits par an, ses 25 vaches laitières Simmental et ses 70 hectares de SAU, la ferme des Chiroux, située à Saint-Sauveur-en-Rue (Loire), semble avoir très peu évolué depuis l’installation d’Aurélien Roux, à la suite de son père, en 2014. C’est, en réalité, tout le contraire.
Porté par la dynamique locale de l’association Pâtur’en Pilat, qu’il préside, Aurélien Roux a revu sa conduite du pâturage afin de mieux valoriser la végétation naturelle et spontanée de la ferme, devenue aujourd’hui « une vraie ressource alimentaire » pour le troupeau.
La broussaille, une ressource alimentaire à part entière
« On m’a toujours appris que les vaches mangeaient de l’herbe et rien d’autre », raconte Aurélien. Le nombre d’heures passées depuis à les observer manger – et même se régaler – de feuilles de ronce, d’aubépine et d’autres ligneux sur les 30 ha de landes de sa ferme balaie cette idée reçue. « J’ai même vu des Highland manger des pousses de ronce avant l’herbe », témoigne l’éleveur.
En plus des Simmental, Aurélien élevait un petit troupeau allaitant de Highland Cattle, en pâturage intégral, arrêté en 2025 par manque de temps. Les Highlands ont toutefois été d’une aide précieuse pour apprendre aux laitières à « manger de tout ». Toutes les génisses laitières, à partir d’un an jusqu’au vêlage (vers 3 ans), étaient regroupées avec les Highlands au pré. À leurs côtés, elles ont appris, par mimétisme, à manger les ronces.
Par ailleurs, Aurélien opte pour des niveaux de chargement instantané très élevés qui, en augmentant la concurrence pour la nourriture, incitent les vaches à manger vite et sans distinction.

Suite à ces interventions, Aurélien a vu le comportement alimentaire de ses vaches évoluer rapidement. « Aujourd’hui, elles broutent immédiatement à la sortie de l’étable, alors qu’avant elles détalaient pour aller chercher l’herbe verte du pré. »
La valorisation des ronces nécessite toutefois des temps de pâture importants, et les vaches peuvent rester plusieurs semaines sur la même parcelle.
Plutôt que de se débarrasser des ligneux, Aurélien cherche désormais à les préserver sur la ferme. Pâturées au printemps, en été et à l’automne de l’année N, ses parcelles sont ensuite mises au repos pendant un an, jusqu’à l’automne de l’année N + 1. En plus de ne pas épuiser les ligneux, cette pratique permet d’avoir de l’herbe sur pied l’hiver pour nourrir les génisses laitières, en pâturage intégral depuis 5 ans.

Le report sur pied en plus de la fauche
Si Aurélien fauche chaque année une vingtaine d’hectares de prairies naturelles, il en garde aussi une quinzaine en report sur pied. Une technique intéressante, à condition de sélectionner les bonnes parcelles et d’adapter la durée de report à la végétation existante, précise Aurélien Roux.
Une analyse économique détaillée, menée sur son exploitation en partenariat avec le parc du Pilat, a montré que le report sur pied était économiquement plus intéressant que la fauche, avec 200 euros de gagnés sur une parcelle de 2 ha. Des résultats similaires ont été retrouvés chez d’autres éleveurs de Pâtur’en Pilat.
Aujourd’hui, tout le système d’Aurélien est orienté vers la diminution des charges, lui qui ne peut – et ne veut – produire davantage. L’arrêt du gyrobroyage en 2014, du chaulage en 2019, puis du labour et des semis en 2021, a permis de passer de 1 000 à 500 heures de tracteur par an et de réduire les coûts de mécanisation de près de 10 000 euros/an.
L’augmentation de la part pâturée permet en outre d’économiser du foin. La bonne santé de ses vaches, que l’éleveur attribue à leur alimentation diversifiée, a réduit les frais vétérinaires d’environ 3 000 €/an. C’est l’achat de céréales qui constitue sa plus grosse dépense, d’environ 15 000 €/an.
Aujourd’hui, Aurélien souhaite simplifier son travail pour se dégager du temps. Il est ainsi passé en monotraite l’été et, pour faciliter sa gestion du pâturage, a investi dans une salle de traite ambulante, qu’il utilise de mai à septembre.